Le dernier clip d’Ariana Grande proclame la divinité des femmes et l’impureté des hommes. La Bible augmentée du parti néo-féministe.


J’ai été assaillie par une publicité Youtube, parmi les pires : celles où l’on ne peut pas cliquer sur « ignorer la vidéo » et où l’on doit se résigner à n’être qu’un réceptacle de propagande capitaliste. Il s’agissait en l’occurrence de l’extrait du dernier single d’Ariana Grande, God is a woman (« Dieu est une femme »). Le titre, alors que la starlette se déhanche flanquée d’un casque à oreilles de chat, m’a intriguée. Dieu n’est-il pas un vieux monsieur barbu, comme l’a si bien dessiné Marjane Satrapi. Prise comme un pigeon, je jette un coup d’œil au clip.

La chanteuse domine la planète et fait du hula hoop avec la galaxie, talons aiguilles plantés au sommet de la Terre. Les réjouissances se poursuivent avec la jeune américaine se prélassant en tenue d’Eve dans un océan de peinture. Et les hommes dans tout ça ? Celle qui se prend pour une déesse dominatrice ne les a pas oubliés. Dans le plan suivant, ils forment un groupe ridiculement petit, qui ne fait que proférer en vain des insultes au pied d’une Ariana Grande « king size » qui adopte la sage position du Penseur de Rodin. Et lorsque les hommes ne sont pas des petites choses injurieuses, ils rampent comme des insectes couverts de mousse dans un lit.

Ariana « Ezéchiel » Grande

Malheur à ceux qui prétendraient à une quelconque élévation : la femme est une déesse qui domine et punit. Massue en main, Ariana Grande proclame avec la voix de Madonna le sermon – féminisé pour l’occasion – tiré du Pulp Fiction de Quentin Tarantino et inspiré du Livre d’Ezéchiel : « Et J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant mes sœurs [à la place des « brebis de Dieu »]. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’Éternel, quand sur toi s’abattra la vengeance de la Toute-puissante [en lieu et place du « Tout-Puissant]. » Dans le film, Jules Winnfield (joué par Samuel L. Jackson) prononce la tirade quand il est sur le point d’abattre quelqu’un.

Retour ensuite à un plan plus serein avec un cœur de gospel, bien sûr exclusivement féminin, entonnant avec ferveur « Dieu est une femme ». Le clip est triomphalement clos par une reproduction de la fresque de Michel Ange, La Création d’Adam, et devinez quoi ? Les corps masculins dénudés ont été envoyés au diable, remplacés par des femmes, issues de la diversité s’il-vous-plaît.

Osez le « féminisme pop » !

Côté paroles, on est dans le nec plus ultra de l’homélie : « Tu aimes ça la manière dont je te fais bouger, tu aimes ça la manière dont je te touche. » Et gare aux pudibonds : « Mec, j’aime quand tu n’as pas peur, mec allonge-moi et prions. Je te dis comment j’aime le faire, comment je veux le faire. » Le magazine Glamour, visiblement touché par sa grâce divine, voit dans ce clip et l’album à venir LE nouveau concept du siècle : le « féminisme pop ». Eh oui, se dandiner en bottes lamées à talons aiguilles, rayer avec mépris les hommes de la carte, et les réduire à un moyen de jouissance sur un air pop, eh bien ça c’est diablement féministe. Mettez-vous donc à la page.

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