Accueil Site Page 1678

Il y a vingt-sept ans, le régime des mollahs tuait Chapour Bakhtiar en France

0

Le 6 août 1991, l’assassinat en France de l’ancien Premier ministre du chah Chapour Bakhtiar enterrait l’opposition iranienne. Depuis qu’il a sapé toute opposition crédible, le régime des mollahs survit aux différentes crises qu’il traverse. Rappel des faits. 


L’islamisation massive des Iraniens commença à Paris, le 6 octobre 1978, quand l’ayatollah Khomeyni s’installa à Neauphle-le-Château. On l’a reproché au président Giscard d’Estaing. À tort : il a reçu l’ayatollah en accord avec le chah d’Iran, qui négociait alors avec son opposition. Mais en autorisant l’installation de Khomeyni si près de Paris, l’État français facilitait ses contacts avec la presse et lui procurait ainsi une tribune de premier plan. Et la proximité de l’aéroport d’Orly permettait à Khomeyni de recevoir des agents et de leur distribuer les consignes, les bakchichs et la littérature incendiaire qui étaient propagés dans les mosquées.

Khomeyni chouchou des médias tricolores

Plus grave, la couverture que les médias publics français procurèrent à Khomeyni fut si démesurément favorable et contraire à la réalité du terrain qu’elle s’apparentait à de la propagande. Ils lui consacrèrent une large portion de leurs journaux, même aux heures de grande écoute. Ils le présentèrent comme un héros romantique représentant le peuple iranien face à un chah dictatorial. L’effet de cette propagande était si fort que la plupart des étudiants qui défendaient le chah en arrivant d’Iran, se mettaient à défendre Khomeyni après avoir passé quelques semaines à Paris.

En Iran, en tout cas, Khomeyni était très minoritaire : lui et les communistes rassemblaient quelques centaines de manifestants sur 37 millions d’Iraniens. Et malgré toute la publicité mondiale dont il bénéficia durant des semaines (notamment de la part de la BBC qu’on captait en Iran), son retour au pays rassembla un million de personnes — badauds et communistes compris. Un événement historique et politique de cette envergure aurait pu attirer bien plus de monde : Téhéran, le bastion de l’opposition, comptait alors 8 millions d’habitants.

Bakhtiar et Bazargan, destins croisés

Khomeyni bénéficia aussi des trahisons de personnalités iraniennes qu’il acheta pour des prix divers. Il réussit même à faire tomber Mehdi Bazargan qui, avec Chapour Bakhtiar, était un des piliers de l’opposition laïque. Les deux hommes avaient fait leurs études en France : Bazargan était centralien, et Bakhtiar, titulaire de plusieurs doctorats de la Sorbonne. Tous deux avaient, durant la Seconde Guerre mondiale, milité dans les rangs de la Résistance française contre les nazis. Ils avaient ensuite servi le gouvernement de Mossadegh, et tenu tête au chah Mohamed Reza Pahlavi. Tous deux avaient été plusieurs fois emprisonnés par ce dernier, et ils pensaient le plus grand mal de Khomeyni, que Bazargan qualifiait d’« animal féroce ». Ce dernier passa pourtant dans le camp de Khomeyni, auquel il fournit un brevet en droits de l’homme.

Le chah demanda à Chapour Bakhtiar, fin 1978, d’être son Premier ministre. Celui-ci exigea une liberté de gouvernement totale. Le chah accepta et quitta le pays. Bakhtiar tira des dossiers des oubliettes et fit voter un grand cycle de réformes par le Parlement. Il donna liberté aux journalistes d’écrire ce qu’ils voulaient et de refuser l’entrée de leurs locaux à tout policier qui voudrait contrôler leurs publications. Il fit dissoudre la terrible police secrète (Savak) et libéra les 900 prisonniers politiques.

Le retour de Khomeyni

Mais l’ampleur des manifestations ne diminua pas. Les islamistes s’étaient alliés aux nombreux hommes politiques et marchands corrompus auxquels nuisaient les réformes. Tout ce monde avait des moyens de propagande formidables, notamment les mosquées et le bazar de Téhéran, par le biais desquels ils pouvaient propager des rumeurs… et distribuer des pourboires. Bakhtiar fut ainsi renvoyé de son parti pour avoir accepté de participer au gouvernement — alors qu’il appliquait les réformes réclamées par ledit parti.

Après le départ du chah, Khomeyni annonça qu’il allait revenir en Iran. Bakhtiar ne pouvait matériellement pas s’y opposer, à moins de provoquer un carnage. En outre, Khomeyni était citoyen iranien, et à ce titre, il avait droit à résider dans le pays : « S’il se conduit mal, il sera jugé par un tribunal compétent… [et] subira sa peine comme tout autre citoyen », dit Bakhtiar, qui affirme avoir seulement « sous-estimé sa férocité ».

Khomeyni revint le 1er février 1979, et une foule en délire l’accueillit à l’aéroport. Mais quand on lui demanda quelle impression cela lui faisait de revenir au pays après tant d’années d’exil, il répondit : « Rien. »

Deux gouvernements iraniens en même temps!

Le 5 février, il nomma Mehdi Bazargan Premier ministre du gouvernement islamique qui accepta de lui servir de caution contre son le gouvernement laïque dirigé par son ami Bakhtiar. Cela faisait deux Premier ministres, et chacun des deux était hors-la-loi pour une partie de la population. Et les intrigues se poursuivaient dans les coulisses : le 10 février, le commandement de l’armée informa Bakhtiar que l’armée resterait neutre face à une tentative de coup d’État de Khomeyni. Donc la grande manifestation que celui-ci avait organisée pour ce jour serait aussi celle de l’avènement de l’État islamique.

« Je suis convaincu, écrit Bakhtiar dans son livre Ma fidélité, qu’avec deux ou trois semaines d’appui de l’armée, Khomeyni aurait été prêt à transiger et j’en ai une preuve : mes amis décidèrent d’organiser des contre-manifestations. La première fois, il vint 5 000 personnes ; la semaine d’après, malgré les voyous de Khomeyni, les Palestiniens et les Libyens qu’il avait introduits, malgré les assassins qui infestaient les rues, il y en avait 20 000. La troisième contre-manifestation rassemblait 50 000 personnes. Ce sont des faits que tout le monde a pu vérifier. »

L’exfiltration de Bakhtiar

Bakhtiar céda la place et quitta le palais gouvernemental. Mais Bazargan ne put pas y arriver dans le calme : la populace prit le palais d’assaut, tua les domestiques et jeta les automobiles dans la piscine. Bakhtiar demeura caché pendant six mois chez des amis. Pendant ce temps, Khomeyni faisait arrêter tous les officiers supérieurs qui lui avaient livré leur pays, et il les tua presque tous. Bazargan couvrit tous les assassinats de Khomeyni, mais s’arrêta à la prise d’assaut de l’ambassade des États-Unis. N’ayant pu libérer les otages américains, il démissionna le 6 novembre 1979.

De sa cachette, Bakhtiar avait entre-temps pris contact avec le gouvernement français, qui accepta de l’aider. Il quitta l’Iran sous un déguisement et s’installa à Paris, où des policiers furent chargés de sa protection. Il voulait organiser une résistance à partir de la France, comme l’avait fait Khomeyni. Mais l’ayatollah avait réussi grâce aux bakchichs, à la propagande dans les mosquées, à la complicité de la presse et du monde politique en Occident, et aux trahisons. Bakhtiar ne disposait de rien de tout cela. Il ne disposait même pas de l’appui de l’ensemble de l’opposition à Khomeyni. Les partisans du chah salissaient sa réputation en prétendant qu’il était à la solde des Anglais et que Khomeyni l’était aussi. Si Bakhtiar avait été à la solde des Anglais, la BBC l’aurait aussi bien traité que Khomeyni…

Deux tueurs à Suresnes

Les partisans du chah prétendent aussi que Bakhtiar a permis la Révolution islamique en autorisant le retour de Khomeyni et en libérant les prisonniers politiques. C’est un moyen de cacher la responsabilité que le chah, durant des décennies, a eue dans la montée de Khomeyni. Enfin, c’est le chah et non Bakhtiar qui a autorisé l’installation de l’ayatollah en France où il pouvait être interviewé directement par la BBC que captaient les Iraniens. Auparavant, Khomeyni ne pouvait atteindre ces derniers que par le biais d’enregistrements ou d’imprimés. Et à partir du moment où Khomeyni pénétrait ainsi dans des millions de foyers iraniens, les 900 opposants politiques libérés par Bakhtiar ne pesaient plus très lourd. Surtout que nombre d’entre eux étaient des laïques et non des islamistes. Et il était impensable d’arrêter Khomeyni au milieu d’une foule d’un million de personnes.

Bakhtiar s’installa à Suresnes, dans une villa dont l’État français assura la protection. Mais Khomeyni avait acheté l’Iranien qui avait installé le réseau électrique de la demeure — et qui, après une semaine de travail, connaissait la villa par cœur. Il accepta de collaborer avec la police secrète de Khomeyni, et elle lui envoya deux tueurs pour lesquels il obtint un rendez-vous avec l’ancien Premier ministre.

Mort par strangulation

Le 6 août 1991, les deux agents furent fouillés par les policiers qui gardaient Bakhtiar. S’étant assurés qu’ils n’étaient pas armés, les policiers téléphonèrent pour avertir de leur venue. Bakhtiar déclara qu’il les attendait.

Les deux agents traversèrent quelques mètres et pénétrèrent dans la propriété. Quand ils furent reçus dans le salon de l’ancien Premier ministre iranien, ils l’étranglèrent et tuèrent aussi son secrétaire. Puis l’un des assassins alla chercher des couteaux à la cuisine. Avec un couteau à viande, il larda le corps de Bakhtiar de 13 coups. Puis il lui coupa la gorge et le poignet avec le couteau à pain. Ensuite, les meurtriers s’emparèrent de la main coupée, et s’en allèrent après avoir décroché le téléphone.

Ils passèrent devant les policiers français qui ne remarquèrent pas leurs vêtements pleins de sang. Puis ils allèrent se changer derrière les arbres au bois de Boulogne, et jetèrent leurs vêtements ensanglantés dans une poubelle.

Pendant 36 heures, il n’y eut aucun signe de vie dans la demeure de Bakhtiar. L’écran géant de sa télévision ne s’éclaira pas aux heures du journal télévisé, dont il poussait habituellement le son très fort. Aucun repas ne fut livré chez lui, et aucune lumière ne s’alluma. Il y eut un orage la nuit, et la porte battit au vent, mais personne ne la ferma.

Inquiète de ne pas l’avoir au bout du fil, la famille vint frapper à sa porte de la victime, mais personne ne lui ouvrit. Elle exigea de faire forcer la porte, et c’est alors qu’on découvrit l’horrible spectacle.

Petits arrangements diplomatiques

Remonter au commanditaire de l’assassinat n’arrangeait pas le gouvernement français, qui avait reconnu la République islamique. Il ne le fit donc pas. Pourtant, fait remarquer le petit-fils de Bakhtiar, « le ministre [iranien] des Renseignements Ali Fallahian… ne cache pas la politique de liquidation menée à l’égard des membres de l’opposition par la Vevak [police secrète ayant remplacé la Savak] qu’il dirige. Lors d’une interview à la télévision d’État iranienne le 30 août 1992, il se vante : “Nous les traquons également à l’extérieur du pays. Nous les maintenons sous surveillance. L’année dernière, nous sommes parvenus à infliger des coups fondamentaux à leurs plus hauts dirigeants”. »

Ainsi disparaissait dans la violence et le sang, le dernier espoir d’une opposition iranienne laïque libre, pour trente ans au moins.

Les années 2010 ont vu le tchador laisser place au voile en Iran, le voile tomber peu à peu, et les femmes dévoilées parler à visage découvert devant caméra. La police sévit parfois, arrêtant des dizaines de personnes. Mais le mouvement d’opposition est large et populaire. Le jeûne du ramadan lui-même est de moins en moins bien observé. Le pouvoir préfère souvent laisser faire pour ne pas avoir une nouvelle révolution sur les bras.

Voyant tout cela, on reste rêveur quand on imagine ce qu’aurait été l’Iran si Chapour Bakhtiar était resté au pouvoir, ou si, réfugié en France, il avait réussi son come-back à la manière de Khomeyni, au lieu d’être assassiné par ce dernier à Paris, le 6 août 1991, dans un silence général.

Fatwas et caricatures : la stratégie de l'Islamisme

Price: ---

0 used & new available from


Ma fidélité

Price: ---

0 used & new available from

Sainte Ahed, comédienne et icône de la cause palestinienne

0

Après huit mois de prison, Ahed Tamimi, condamnée pour avoir giflé deux soldats israéliens, a retrouvé la liberté. La jeune icône palestinienne peut jouer les martyres devant des médias enamourés.


La scène qui montre Ahed Tamimi frapper les deux soldats avait été jouée sous l’œil complaisant de caméras surgies comme par hasard pour filmer l’héroïque jeune fille. La blondeur de cette dernière et son jeune âge (16 ans) favorisant les identifications occidentales sensibles aux « massacres » systématiques dont les Palestiniens seraient l’objet de la part d’Israël. Un pays sans foi ni loi qui, de toute évidence, se distingue par sa violence de tout ce que le peuple palestinien subit par ailleurs notamment en Syrie. Sans compter ce qu’il subit de «l’Autorité palestinienne» et du Hamas.

Si elle avait giflé un soldat égyptien…

Et quel sort aurait été celui de l’exquise péronnelle si elle avait giflé un soldat égyptien au terminal de Rafah ?  On n’aurait sans doute pas fêté son geste héroïque pour ne pas choquer les âmes sensibles.
Dans les médias, à ma connaissance, nul n’a relevé l’extraordinaire stoïcisme des soldats de Tsahal qui n’ont même pas esquissé un geste de défense. L’évitement étant pourtant le moindre des réflexes dans ce genre de circonstance.

Pas un mot non plus sur le respect des consignes données aux soldats poussés à bout pour éviter toute accusation de violence gratuite. Les journaleux étant à l’affût du moindre débordement, vrai ou faux, dont l’Autorité palestinienne comme l’Hamas ne manqueront pas de faire leur miel.

Jeanne d’Arc du pauvre

Mais que valent ces précautions face à la propagande des subventionnés de la Nakba. Subventions reconduites de génération en génération ? Il leur manquait une Sainte, en guise de Juive survivante de la Shoah. Promue nouvelle Jeanne d’Arc, Ahed Tamimi revendique son geste qui, contrairement au combat de la Pucelle d’Orléans, ne lui a causé aucune blessure de guerre et  l’a amené à aucun bûcher.

On aurait toutefois tort de s’étonner qu’une telle comédie soulève tant d’admiration. L’infantile habite les laudateurs à l’affût de tout et de n’importe quoi susceptible de servir la cause de l’envie, fille de l’impuissance et de la frustration.

John Wayne, l’homme qui n’a pas eu de jeunesse

0

La cinquantaine venue, John Wayne affronte les prémisses de la décrépitude ainsi qu’un cancer des poumons. Mais qui pourrait être perçu comme une malédiction est précisément ce qui va le sauver. Histoire de Rio Bravo.


 

Nous ne parlerons pas des années d’enfance de John Wayne. Son père, ruiné, achète une bicoque dans le désert des Mojave où il décide de faire pousser du maïs. Pas d’eau courante, pas de gaz, pas d’électricité. Voilà qui forme le caractère. Il en faudra à John pour s’imposer à Hollywood après des années de galère où il sera successivement accessoiriste, puis cascadeur et, enfin un acteur que personne ne remarque dans des films que tout le monde a oublié. Il tentera même de monter sur scène au théâtre. Nouvel échec : pour vaincre sa timidité, il a vidé une bouteille de vodka et au lieu de donner la réplique aux autres acteurs, il ne cesse de demander : « Mais qu’est-ce que je fous là. Et d’ailleurs où suis-je ? »

A lire aussi: « J’aime pas John Wayne » – John Wayne n’est pas mort (1/6)

Heureusement pour lui, John Ford l’a à la bonne. Et des années durant lui trouve des petits rôles. Wayne, dit Luc Moullet, offre la particularité d’avoir été la première star à retardement, après huit ans de premier rôle et soixante films dans l’anonymat, préfigurant en cela Lino Ventura. La comparaison est bien venue : Lino Ventura est notre John Wayne. Entre parenthèses, si vous n’avez pas vu Un papillon sur l’épaule de Jacques Deray, metteur en scène très sous-estimé, mais oui c’est lui qui a tourné La piscine, vous êtes passé à côté de Lino Ventura. Et, franchement, c’est minable pour un cinéphile.

A lire aussi: Mon père, ce John Wayne – John Wayne n’est pas mort (2/6)

Mais revenons à Luc Moullet et à John Wayne. On peut dire que jusqu’en 1946, l’année de Red River (son premier rôle de vieux), John Wayne n’a pas eu de jeunesse ou qu’il l’a consumée dans des westerns improbables ou, mieux encore, qu’il haïssait son image de jeune cow-boy coïncidant avec sa médiocrité.

L’homme malade à cheval

Et voici qu’avec la cinquantaine, la décrépitude se fait sentir, ainsi que les prémices d’un cancer des poumons. Ce qui pourrait être perçu comme une malédiction est précisément ce qui va sauver John Wayne. Dans Rio Bravo, note Luc Moullet, Wayne est certes encore le héros, mais il a vieilli, il a besoin d’apprendre ce qu’est la dépendance : avant la fin du film, il doit accepter l’aide d’un vieil infirme, d’un ivrogne, d’un punk et d’une fille de saloon. C’est toujours le vieux principe : « He stops to conquer » : il faut un handicap qui rende l’acteur sympathique au spectateur. Avec Wayne, ce sera la vieillesse, la déchéance physique sans pour autant que rien ne l’arrête. Dans son ultime film, Le dernier des géants (1976) de Don Siegel, on le voit encore, cancéreux en attente de la phase terminale, grimper sur son cheval à soixante-neuf ans et régler ses comptes avec son colt 45. La boucle est bouclée : Wayne assume pleinement la thématique de la décrépitude dans ce chef d’œuvre crépusculaire tourné par Don Siegel, lui aussi sur le point de mourir. Don Siegel dont chacun sait ou devrait savoir qu’il a été un maître pour Clint Eastwood. Vous vous souvenez de Siegel en barman dans Frissons dans la nuit de Clint. Si non, ne vous privez pas de ce plaisir !

A lire aussi: les Louane éplorées de notre temps auraient besoin d’un John Wayne – John Wayne n’est pas mort (3/6)

Marie m’assassine. Je la laisse faire.

Avec une moue dédaigneuse, Marie me dit :

– J’ai lu les premières pages de ton John Wayne…
– Et alors ?
– Ça date un peu (il est vrai qu’elle a cinquante ans de moins que moi). Tu vas passer pour un vieux schnock qui empile les anecdotes et qui effleure les sujets sans les approfondir (je reconnais dans le ton de sa voix l’ex-khâgneuse).
– Approfondir, m’appesantir, faire du didactique, c’est pas mon truc. Je trouve même que c’est plutôt vulgaire.

L’underplaying, c’est tout un art

Dans mon for intérieur, je me demande : « Pourquoi les femmes veulent-elles toujours qu’on approfondisse ? » Par décence, j’évite de répondre à la question. Et pour lui donner le beau rôle je lui propose de me suggérer quelques idées.

– Il y a d’autres acteurs comme Gary Cooper ou James Stewart qui cultivent ce que tu nommes l’underplaying. C’est très efficace. Mais d’où vient cette théorie que moins tu joues, meilleur tu es ?

Je sens qu’il va falloir que je lui explique la théorie de Lev Koulechov. Elle me regarde, attentive. Attendrissante. Je lui pose la question :
– Tu as entendu parler de Koulechov ?
– Vaguement…
– Bon. Alors écoute-moi bien et tu vas tout piger.
– OK. Boss…

Marie n’est jamais si attirante que lorsque je capte son attention, ce qui arrive de plus en plus rarement. Normal après plus de trois ans de vie commune. Les vieux radotent et les jeunes n’ont rien à dire. Mais on s’y fait. J’appuie donc sur la touche Koulechov de mon jukebox.

Le Dernier des géants [Version remasterisée]

Price: ---

0 used & new available from

Penseurs et Tueurs

Price: ---

0 used & new available from

Eric Poindron, autobiographie à la girafe

0

Tout écrivain écrit son autoportrait. Dans la lignée de Dante et Leiris, Eric Poindron nous livre L’ombre de la girafe.


 

L’ombre de la girafe d’Eric Poindron, c’est son Âge d’homme, vous savez, celui de Michel Leiris qui voulait faire son autoportrait comme Dante, perdu à trente-trois ans au milieu de la Forêt Obscure. Leiris se donnait un an de plus. Poindron une quinzaine d’années. Les hommes ont besoin de faire le point un peu plus tard, désormais. C’est l’espérance de vie qui augmente. Ou qui augmentait, d’ailleurs. Les derniers chiffres dans les démocraties de marché soumises à des stress climatiques de plus en plus importants nous indiquent que nous allons plutôt vers notre fin prématurée, dans un déni total, mais vers notre fin. Comme les girafes dont il est question dans le livre pétillant de Poindron qui ne parle pas d’écologie ou plutôt si : celle de l’imaginaire. Nos imaginaires sont eux aussi colonisés par la laideur marchande et il faudrait dans ce domaine-là également une démarche écologique comme le recommande Annie Le Brun dans Ce qui n’a pas de prix (Fayard), son dernier et bouleversant essai sur l’art contemporain comme reflet de la catastrophe marchande et environnementale en cours, comme produit logiquement issu de et par cette catastrophe…

Un animal que l’on a envie de câliner 

On s’éloigne d’Eric Poindron ? Pas tant que ça. Si son livre n’est pas un essai sur les girafes, les girafes y jouent la métaphore de la poésie, c’est à dire quelque chose qui ne ressemble à rien, qui semble presque extra-terrestre mais à la fois plein de maladresses, de naïvetés et de douceur. La girafe est cet animal que l’on a envie de câliner mais que son cou de géante empêche de se pencher. C’est sans doute difficile de trouver plus belle figure d’un amour impossible à donner et à recevoir.

Comme Eric Poindron est d’une exquise politesse dans la vie et dans ses livres, il fait semblant de sourire. Ou plus exactement, il sourit vraiment parce qu’il n’aime pas jouer de ses mélancolies de manière trop ostentatoire. Elles sont pourtant discrètement présentes dans ce portrait de l’artiste qui connaît le vrai goût du passage du temps. Les décennies s’égrènent dans une autobiographie fantasque à la recherche du père et du grand-père, dans la région du berceau familial : la Champagne. L’auteur se demande ce qu’il a bien pu faire des années d’une existence qui passent et repassent sous nos yeux, dans le désordre. Eric Poindron voudrait bien les collectionner, ces années, comme dans un cabinet de curiosités: et de vingt, et de trente, et de quarante, et de cinquante. Il nous les montre comme ça mais, évidemment, lui, il a la gorge serrée, l’air de rien. Prenez ce livre, si vous voulez, comme un divertissement drôle, généreux, amical et érudit. Vous en saurez un paquet sur les premières girafes montrées en France, sur les Naturalistes perdus en conjectures qui transformaient leurs description en poèmes de Francis Ponge. Oui, ce livre est incontestablement tout cela.

« Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. »

Pourtant, c’est surtout le récit d’un homme qui se raconte, avec ses rêves et ses manières d’enchanteur qui sait varier ses métamorphoses, ses inquiétudes déguisées en chasse aux chimères. Il n’a pas oublié pas la phrase de Cocteau: « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Ou celle de Neruda: « J’avoue que j’ai vécu. »

On vous parlait de Leiris, pour commencer. Leiris voulait trouver dans l’écriture, l’ombre de la corne du taureau. Eric Poindron, c’est celle du cou de la girafe. Ca a l’air plus léger, mais c’est bien d’ombre, dans les deux cas, qu’il s’agit.  Cette ombre dont on ne sait plus, dans nos vies hâtives, si elle recèle le danger ou le repos, la mort ou la rêverie estivale de la sieste quand défilent dans un demi-sommeil des caravanes foraines, des petites filles qu’on a aimées, la cloche qui sonne trois heures de l’après-midi, ce temps aboli sous les branches des étés perdus.

L'ombre de la girafe: Voyage au long cou

Price: ---

0 used & new available from

Ce qui n'a pas de prix

Price: ---

0 used & new available from

Sobres, les réseaux sociaux approuvent la lapidation d’une touriste britannique

0

Une vidéo fait le tour du Net : on y voit une touriste britannique se faire jeter des pierres après avoir tenté de négocier le prix d’un thé népalais. Sur les réseaux sociaux, il se trouve une foule d’Internautes, de droite comme de gauche, pour applaudir cette pseudo-révolte contre la mondialisation.


 

Ces derniers temps, on voit circuler une vidéo sur les réseaux sociaux, initialement publiée par le Daily Mail en septembre 2017, et sans doute réapparue à l’occasion des vacances d’été. Cette vidéo montre une femme népalaise agressant une touriste britannique, en lui lançant des pierres, en la menaçant avec des bâtons et en l’invectivant à travers la montagne.

L’histoire racontée par cette touriste est que, pendant qu’elle faisait une randonnée sur l’Annapurna avec son fils, ils se sont tous deux arrêtés au magasin de cette femme et qu’ils y ont bu du thé. Mais quand l’Anglaise a découvert le prix du thé, soit 150 roupies, alors qu’elle payait habituellement 50 roupies pour le même thé, elle a essayé de marchander, puis devant le refus de la Népalaise, elle a payé en lui disant que le thé était « sérieusement trop cher ». Après quoi, la Népalaise s’est énervée et s’est mise à la poursuivre dans la montagne, le vide dangereusement proche, en l’injuriant et en tentant de la blesser à coups de pierres.

Le tourisme, père de tous les vices?

Cette histoire sordide, dont tous sont – étonnamment – ressortis indemnes, aurait pu ne constituer qu’une de ces curiosités dont les sites Internet sont friands, comme les vidéos de personnes qui se battent dans les magasins ou, version plus gaie, de gens qui font des plats dans leur piscine, et où les commentaires se résument généralement à diverses variantes de « oh mon Dieu !! jpp, lol ». Mais ici, qu’ont voulu y voir les réseaux sociaux ? Non pas la rage heureusement sans conséquences d’une vieille folle, mais la réaction légitime d’une pauvre femme victime de l’exploitation de l’Occident.

La rhétorique qui s’est enclenchée se greffe sur la critique du tourisme mondialisé. Ou du moins dans une certaine critique marxisante, qui n’a rien à voir avec la déploration de la « disparition de l’aventure », laquelle a bien plus un fondement esthétique que politique. Elle fait du tourisme le « prolongement consumériste de l’impérialisme territorial des siècles passés », et les « violences directes du colonialisme » sont supposées avoir été remplacées par les « violences symboliques de la domination économique ». Le tourisme est donc une autre forme d’ « oppression systémique », qu’il s’agit de renverser en prenant le parti des « dominés ». Il est d’ailleurs frappant de voir gauchistes tiers-mondistes et identitaires anti-mondialistes adopter le même discours, et approuver d’une même voix la lapidation de cette touriste, assimilée à McDonald’s, Monsanto et autres bourreaux des peuples opprimés.

«Elle mérite qu’on lui jette des pierres, c’est une exploiteuse.»

Sur le site du Daily Mail, les commentaires les plus populaires pardonnent tous la « frustration » de la « pauvre femme », et blâment la touriste britannique pour avoir tenté de marchander un thé qu’elle pouvait payer au prix demandé (n’est-ce pas pourtant une coutume locale que de marchander ?). On lit, entre autres :

« Elle était en colère tout simplement parce que l’autre avait marchandé le prix d’un thé particulier. Est-ce qu’on essaie de marchander à Starbucks ou à Costa ? Non, on n’essaie pas. On aime juste profiter des pauvres. »[tooltips content= »« All she was angry was because she bargained the price of a special tea. Why don’t we try bargaining with Starbucks or Costa. No we won’t. We only like to squeeze the poor. »« ]1[/tooltips]

« Radins [l’anglais utilise une expression plus fleurie], moi je suis avec la femme qui vendait son thé, si tu peux te permettre de voyager, tu peux aussi te permettre de payer un foutu thé… Arrête d’être si radine… »[tooltips content= »« Cheap ass people, I’m with the tea lady, if you can afford traveling, you can afford buying a fucking tea… stop being a cheap ass… »« ]2[/tooltips]

« Moi aussi, je la pourchasserais comme ça. Ne viens pas dans ma foutue montagne pendant tes vacances avec ton foutu équipement REI [marque de vêtements de randonnée] et n’essaie pas de faire baisser le prix du foutu thé que je viens de faire. »[tooltips content= »« I’d chase her down too. Don’t come on my fucking mountain on your vacation with your fucking REI gear and try to haggle on the price of fucking tea I just made. »« ]3[/tooltips]

Et enfin :  « Elle mérite qu’on lui jette des pierres, c’est une exploiteuse. »[tooltips content= »« She deserves rock’s throw at her, she’s being exploitative. »« ]4[/tooltips]

Le dominant a honte de l’être

Résumons : l’Occidental, par essence, serait donc un colonisateur exploitant les pauvres du tiers-monde. Partant, l’Anglaise devrait s’excuser d’être plus riche que la Népalaise et devrait accepter toutes les humiliations qu’elle lui fait subir, vengeance de la femme pauvre contre la femme riche. Elle devrait même accepter, comme une juste rétribution, de se faire menacer de mort et lancer des pierres dessus.

Vis-à-vis de la Népalaise, l’attitude semble être celle de la compassion psychologisante (« pauvre femme, sa vie est difficile » etc). Mais en réalité, cette pseudo-compassion, ce n’est en fait que le mépris du pauvre, supposé ne pas pouvoir, parce qu’il est pauvre, avoir de dignité. Bien loin la fameuse « scène du pauvre » dans Dom Juan, qui exalte la fidélité d’un homme à ses principes, même dans la famine ! Il est normal que le pauvre non-occidental adopte un comportement proprement barbare, parce qu’il rentre dans la catégorie des « dominés ». Le « dominant », parce qu’il a tellement honte de l’être, consent à se laisser détruire pour faire disparaître les traces de ce qu’il croit être sa propre infamie.

Finalement, la réaction à cette vidéo ne signifie qu’une chose : la liste des personnes qu’il est désormais légitime, a priori, de mettre à mort s’allonge. Occidentaux, tenez-vous le pour dit.

Vilard, le dernier yéyé

 


A 72 ans, l’auteur-interprète de Capri, c’est fini a tiré sa révérence à l’Olympia. S’il ne chantera plus ses tubes sur scène, l’orphelin né dans un taxi ne renonce pas à célébrer les grands textes. Portrait.


6 mai 2018 : l’Olympia est plein d’un public impatient de céder, une fois de plus, à son envoûtement. Le moment est plus solennel qu’à l’habitude : Hervé Vilard a annoncé qu’à l’issue de ce rendez-vous, il mettait fin à ses tournées. Il ne chanterait plus ses succès innombrables, il consacrerait ses rares apparitions à des auteurs de son choix. Pour l’heure, tout est ferveur, tendre admiration, attente comblée. Il s’avance, il salue sans excès d’humilité. Les premières notes de son plus grand succès retentissent : « Nous n’irons plus jamais… » Le refrain arrive, et le chœur du peuple s’époumone : « Capri, c’est fini… » Pour lui, tout a commencé avec « c’est fini » : ce n’est pas le seul paradoxe de cette vie peu banale, et l’on pourra voir dans cet ultime récital la preuve supplémentaire de l’une des carrières les plus cohérentes de ce qu’on appelle le show-business.

Vol de mère

Il est né dans un taxi, le 24 juillet 1946, à Paris, d’une femme nommée Blanche Villard. On saura plus tard que son géniteur était une manière de don Juan, corse d’origine, qu’il n’a jamais rencontré. Une dénonciation anonyme vient informer la justice que cette femme est une pocharde, incapable d’éduquer son enfant, René Villard. Blanche est déchue de ses droits maternels, René envoyé à l’orphelinat, puis dans divers foyers. Il porte des galoches, des vêtements grossiers. Il n’est pas nécessairement maltraité, il connaît même l’affection chez les Auxiette, Nénesse et Simone, des Berrichons, qu’on eût pris pour des créatures de George Sand, et chez qui, précisément, il lit La Mare au diable. Il grandit. On lui dit que sa maman l’a abandonné, alors qu’elle le recherche : il déclarera, bien plus tard, que la République lui a volé sa mère. On le déplace encore. René n’est pas un enfant martyr, c’est un enfant « déplacé », ou plutôt qui ne tient pas en place, un jeune garçon qui imagine, très tôt, une autre place que celle que la société lui a assignée.

A lire aussi : Bernard Mabille, poids lourd de l’humour

Et voici l’abbé Denis Angrand, curé des champs à l’ancienne : il sert Dieu et aime Stendhal. Avec les instituteurs, il élève le petit Villard, et lui donne même sa bénédiction lorsque ce dernier, lassé des mares et des canards, s’enfuit à Paris. Sans qu’il le sache, se cristallisent dans sa mémoire une partie du décor qu’il retrouvera bien des années plus tard et quelques-unes des ombres qui lui feront un cortège de fidélité. On est en 1960-1961. Fuyant la campagne, l’institution, il connaît l’errance parisienne d’un adolescent livré à lui-même. Il pourrait basculer chez les voyous, il deviendra idole des jeunes ! Un nouveau visage bienveillant se penche sur lui : Dado, de son vrai nom Miodrag Djuric (1933-2010), monténégrin de naissance, artiste d’« avant-garde ». Dado l’entraîne un soir dans une galerie d’art, au 8, de la rue de Miromesnil (« un quartier chic » a prévenu Dado). Cette galerie a été fondée en 1956 (et fermée en 1964) par un homme exceptionnel, Daniel Cordier, résistant de la première heure, secrétaire de Jean Moulin. Au milieu de cet aréopage mondain, le joli adolescent plein d’arrogance produit un certain effet. Cordier apprend qu’il est « en cavale » : « Regagne l’orphelinat, je viendrai t’y chercher. ». Il tiendra parole et assumera officiellement la fonction de tuteur de René. Le temps des galoches et des fréquentations dangereuses est terminé. La métamorphose de René s’achève.

Quand c’est fini, ça commence

René veut être chanteur. Un jour, une affiche attire son œil, une publicité pour un séjour touristique à Capri. Dans le même temps, un refrain passe à la radio, qui figure dans l’album Aznavour 65. Le grand Charles s’y lamente : « C’est fini, fini. » Pour René Villard, cela finit à Capri… où tout commence pour Hervé (RV) Vilard. Le succès est immédiat, et lui garantit (il ne le sait pas encore) des royalties importantes jusqu’à la fin de sa vie ! Il figure sur la photographie du siècle des yéyés, prise par Jean-Marie Périer, dans le numéro de juin 1966 du mensuel Salut les copains. Au deuxième rang, rendu plus visible encore par son pull-over bleu ciel (un shetland très « minet »), il a l’air d’un élève des beaux-quartiers : il assimile rapidement les bienfaits de l’éducation Cordier ! On moqua longtemps ce joli garçon à la mine tendre, d’apparence fragile, dont le front disparaissait sous une longue, épaisse mèche de cheveux noirs. On avait tort : chez ce charmant petit brun gisait un « caractère ». Les beaux esprits regardaient sans amabilité ce chanteur lacrymal qui triomphait chez les concierges et les mères de famille. Il y avait, disait-on, une chanson estimable et une sous-culture. Or, certaines chansons de Léo Ferré, écrites après sa consécration en barde visionnaire, annonciateur des apocalypses sociales, ruissellent de formules afin d’émouvoir le plus sévère des vitupérateurs de la France insoumise comme de faire pleurer Margot : « Tu ne dis jamais rien, mais tu luis dans mon cœur comme luit cette étoile… »

En 2004, son CD Cris du cœur réduit au silence les malveillants : il livre une superbe interprétation de India Song (Marguerite Duras), L’Écharpe (Maurice Fanon), Alabama Song (Kurt Weill, Bertolt Brecht), Un soir au Gerpil (Bernard Dimey), en tout 13 titres, dont Le Condamné à mort, de Jean Genet mis en musique par Hélène Martin. Ce qui reste de la rive gauche est secoué. Ses fidèles le suivent. En 2005, il donne un récital au sein de la Sorbonne. Récemment, il a vendu le presbytère de l’abbé Angrand, qu’il avait restauré avec goût. Tous ses publics se sont retrouvés à l’Olympia. Il ne chantera plus Capri que dans une version piano-voix inaugurée en mai. Néanmoins, il aurait tort de négliger son public sulpicien, toujours renouvelé, le plus fidèle, le plus avisé aussi : c’est dans ses rangs que, longtemps encore après qu’il aura disparu, on sifflera les airs de sa grande célébrité. Nous sommes des créatures de détresse, les humbles paroles des chansons alimentent notre réserve de chagrin et d’espérance.

N.B. Merci à Nicolas Perron.

L'Âme seule

Price: ---

0 used & new available from

Osons le bob!


Le bob se glisse dans la poche de votre bermuda ou dans votre cabas. En toutes circonstances, il garde sa forme informe, son inimitable froissé. 


 

Pour les hommes, le choix du couvre-chef en dit long sur leur psychologie profonde. Sur une certaine façon d’appréhender la vie en société. Sur une manière de draguer et même de penser. Des modes viennent parfois parasiter les élégances usuelles. Ces dernières années, le panama s’est imposé comme le nouvel accessoire masculin de l’été, un attribut de la virilité urbaine au même titre que la barbe de trois jours et les sneakers au pied. Un étendard grégaire et passe-partout. Une panoplie servile et transparente. Le panama a le même effet que le soutien-gorge pigeonnant, il trahit les vrais sentiments.

A lire aussi : Laissez-moi manger des barbecues tout l’été! – Les plaisirs coupables (1/9)

Au lieu de distinguer, cet ersatz relègue son propriétaire dans une zone nuageuse, à la limite du ringard et du risible. Le vendeur de téléphonie le porte en espérant se faire passer pour un propriétaire terrien. Le professeur de collège singe le marquis de Vargas Llosa. Et le député En marche se prend pour sir Winston Churchill. La pampa se mue en Bérézina. C’est dire si l’usurpation d’identité est ratée. Panama, casquette, melon ou béret, l’habit ne fait pas l’idoine. Tout le monde veut avoir l’air de ce qu’il n’est pas. Le bourgeois se grime en poulbot. La caillera en Julio Iglesias. L’intello en métallo. La peur du conformisme aboutit à une uniformité des genres et des pratiques. Un jeu de rôles qui ne dupe personne mais a l’avantage de distraire sur la plage ou au bal du 14 juillet. Les colonnes de retraités en panama amusent autant que les pétards mouillés, le soir du feu d’artifice. En vacances, évitez donc les déguisements tropicaux pour les marchés bio.

A lire aussi : Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es – Les plaisirs coupables (2/9)

Ne poussez pas la panoplie du commerce équitable jusqu’à la caricature. Los gringos, no pasáran ! Laissez ces colifichets aux Sud-Américains et préférez un retour aux sources. Pensez français ! Buvez local ! Les alcools exotiques et les bikinis riquiquis tournent la tête. Misez plutôt sur le bob Ricard ! Comble du snobisme, il fera de vous une personne responsable qui ne rejette pas en bloc la tradition de l’apéro et de la pétanque. Et qui tient à le faire savoir. Affirmation suprême du pittoresque mauresque, ce fichu provençal, voile balnéaire ouvert sur les cultures du monde, est un message de paix. Les ouvriers du bâtiment l’ont adopté depuis longtemps. Lusitaniens ou maghrébins, ils savent ce qu’ils doivent au bob dans leur intégration. Bob ou laïcité, même combat républicain. Qu’attend l’humaniste Patrick Sébastien pour déclarer sa flamme à ce symbole de la fraternité ? Un hymne païen lui irait comme un gant.

A lire aussi : Et la nouvelle miss Camping s’appelle – Les plaisirs coupables (3/9)

En dehors de son côté pratique, pliable à l’envi, modulable comme un monospace sept places, il se glisse dans la poche de votre bermuda ou dans votre cabas. En toutes circonstances, il garde sa forme informe, son inimitable froissé. Il n’est pas démodé car son intemporalité le range parmi les classiques de l’été. Il y a en lui une insoupçonnable langueur érotique. Il transgresse les classes sociales. Son œcuménisme dérange. Par principe, certains refusent de l’essayer, peur du ridicule ou soumission à une société de l’image. Le bob demande du courage et de l’abandon. Pourtant dès que vous l’avez installé sur le sommet de votre tête, il la moule à la perfection, il s’accommode de toutes les coupes de cheveux. Aussi à l’aise avec le chauve que le rasta, il surmonte tous les handicaps capillaires. Ce caméléon ne craint aucune particularité physique.

Avec lui, vous redevenez désirable, tout en conservant une part de mystère. Vous vous transformez en inconnu des buvettes. Tantôt mystique ou étrange, il complète une tenue avec cette touche d’indéfinissable charme français. En short ou en smoking, il surprendra. À Cannes ou Palavas, il séduira. Les jeunes femmes loueront votre audace et votre sens de l’humour. Elles ne sauront dans quelle case vous ranger. Un garçon qui s’affiche en bob avance sans œillères. Il se moque du qu’en-dira-t-on, il protège seulement son crâne en laissant sa personnalité s’exprimer.

Noblesse du barbecue

Price: ---

0 used & new available from

Olivier Maulin à l’ombre des cocotiers


Olivier Maulin est un drôle de pistolet qui, depuis 2006, a signé dix romans picaresques dans une veine que l’on pourrait définir comme le croisement des univers de Jacques Perret et de Marcel Aymé, avec la touche rabelaisienne qui s’impose, un je-ne-sais-quoi de féodal et de déjanté qui attire une immédiate sympathie.


L’Alsacien Maulin a quelque chose de bourguignon (et donc de belge – j’aime, comme on dit sur fesse-bouc). Les éditions rue fromentin (attention à la minuscule !) du confrère Jean-Pierre Montal, lui-même auteur de deux précieux romans (Les Années Foch et Les Leçons du vertige), publient aujourd’hui son joural intime des années 1997-1999, quand Olivier Maulin, presque trentenaire, traîne encore la savate entre l’Université, où il rêve (vaguement) à une thèse d’histoire, et ce monde lusophone qu’il aime et connaît comme sa poche, Lisbonne et le Brésil.

Le jeune thésard n’a encore rien publié, si ce n’est quelques poèmes ; il prépare un roman inspiré de son service militaire à l’Elysée, Mitterrand regnante – ce qui deviendra le désopilant Petit monarque et catacombes. Bref, il incarne alors le velléitaire qui cherche sa route avec un mixte de nonchalance et de sourde inquiétude, le flâneur inadapté, le rebelle qui comprend peu à peu comment et pourquoi les autres se fondent dans le moule – et quel moule, puisque c’est l’époque des bombardements humanitaires de l’OTAN et d’une mise au pas politico-culturelle, celle des « libertaires bottés », dont il donne quelques illustrations révélatrices.

Un sacré érudit

Nulle tricherie dans ce journal intime qui nous promène de la Bibliothèque nationale aux bars interlopes de Bahia, de Strasbourg à Lisbonne, nul narcissisme non plus – juste le cheminement erratique et les angoisses du poète qui ouvre les yeux sur le monde, les gaffes de l’amoureux tour à tour comblé et éconduit. Dieux merci, Maulin n’est pas devenu sorbonnicole, mais écrivain de bonne race, d’une probité et d’une originalité qui font chaud au cœur. En plus, il aime Léautaud, ce qui est toujours bon signe. J’adore aussi deux choses chez lui : qu’il s’émeuve d’apprendre que, dans les villages reculés du Brésil, des conteurs chantent la Chanson de Roland et qu’il soit devenu royaliste le jour où il serre la main de Baudouin, le roi des Belges en visite officielle à Paris.

Enfin, Maulin est un sacré érudit, comme le prouve sa connaissance approfondie de la langue portugaise, qui, pour désigner le dernier verre (the last for the road – le coup de l’étrier), use de deux expressions : a sadeïra, celui pour sortir, et a caïdera, celui pour tomber.

Histoire des cocotiers

Price: ---

0 used & new available from

Art contemporain: les sermons de Kader Attia


Vous aimez l’art contemporain et ses discours ronflants ? Kader Attia est votre homme! Avec son exposition « Les racines poussent aussi dans le béton » au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC VAL de Vitry-sur-Seine), le fils prodigue des ZEP vend ses œuvres à prix d’or en prétendant combattre « toutes les formes de domination, d’oppression et de colonisation». Quelle pensée complexe!


Dès que j’ai vu les images envoyées par un des amis qui me signalent régulièrement les expos d’art dit contemporain les plus croquignoles du mois, ça m’a fait saliver en pensant à la réjouissante friandise pétillante d’imbécillité textuelle qui devait immanquablement accompagner ces œuvres grossièrement  métaphoriques (sur la première image jointe, on voit les idées, symbolisées par des feuilles de papier froissé, stoppées net dans leur envol par une clôture grillagée symbolisant tous les enfermements et les oppressions….)

L’esthétique gaucho-duchampiste d’Etat

Je n’ai pas été déçue en effet par le texte attenant, et je vous place le lien vers cette pièce d’anthologie de la délirante sur-intellectualisation de l’emballage verbeux conçu pour  un art dit contemporain proche du naufrage final dans un océan de ridicule et de tourbillonnante crétinade…

Kader Attia, On n emprisonne pas les idées, 2018. vue expo Les racines poussent aussi dans le béton, MAC VAL. Photo : Aurélien Mole.j
Kader Attia, On n emprisonne pas les idées, 2018. vue expo Les racines poussent aussi dans le béton, MAC VAL. Photo : Aurélien Mole.

Ainsi, Kader Attia, fils prodigue des Zones d’éducation prioritaire (ZEP), y est de retour.  Ce pur produit (tel Mehdi Meklat alias Marcelin Deschamps) de l’esthétique gaucho-duchampiste  d’Etat et de sa repentance envers le Maghreb, et  qui a reçu pour cela et comme il convient le Prix ADIAF-Marcel Duchamp en 2016, côtoie-t-il  aujourd’hui les collectionneurs milliardaires et les plus hautes autorités artistiques  de ce monde, et expose-t-il  donc au MAC VAL , lieu exemplaire pour le  rapprochement  d’un art contemporain « de haut niveau » avec des populations suburbaines culturellement défavorisées.

Culture du luxe pour tous!

Il expose en ce MAC VAL, après avoir exposé au Musée d’Art contemporain de Lyon, (autre lieu d’art international visant plutôt le blaireau culturel middle-class lyonnais)… MAC Lyon, MAC VAL : deux lieux aux environnements socioculs différents, mais prouvant ainsi que le questionnement sociétal qui nourrit la « pensée artistique » d’Attia est ouvert à tous vents, complexe , ambigu, multi-directionnel, dialectique, hybride, trans-sociétal, polymorphe, passe-partout, éminemment contemporain donc et trans-national, par son absence même de contenu, comme celui de beaucoup de ces « financial artists » internationaux, qui offrent généreusement leur misère de fond aux damnés de cette terre, pour les faire accéder à la culture du luxe…

Un engagement compassionnel très lucratif

Pour se faire aussi beaucoup d’argent en partageant la lutte avec eux contre « toutes les formes de domination, d’oppression et de colonisation» et « leur résistance face aux pouvoirs », à la grande satisfaction des Pinault et des fonctionnaires de l’art, qui encaissent les plus-value à divers titres de ce très lucratif engagement compassionnel…Lequel, de surcroît , permet de blanchir les plus noirs desseins d’aliénation et d’exploitation du bon peuple, par l’onction culturelle.

Question :  pendant combien de temps encore cette insupportable grotesquerie, faite d’un mélange « complexe » de cynisme et de niaiserie, va être crédible et opératoire ? …et pendant combien de temps encore la critique d’art française va-t’elle  apporter son soutien à de telles opérations de rétrécissement mental et sensible de l’humain…au nom de l’ « humanitaire »?

ABC de l'art dit contemporain

Price: ---

0 used & new available from


L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

Price: ---

0 used & new available from

Il y a vingt-sept ans, le régime des mollahs tuait Chapour Bakhtiar en France

0
iran bakhtiar islam chapour
Chapour Bakhtiar. Wikipedia. Ali Khamenei, successuer de Khomeyni et Guide de la Révolution iranienne. Sipa. Feature Reference: 00171027_000007.

Le 6 août 1991, l’assassinat en France de l’ancien Premier ministre du chah Chapour Bakhtiar enterrait l’opposition iranienne. Depuis qu’il a sapé toute opposition crédible, le régime des mollahs survit aux différentes crises qu’il traverse. Rappel des faits. 


L’islamisation massive des Iraniens commença à Paris, le 6 octobre 1978, quand l’ayatollah Khomeyni s’installa à Neauphle-le-Château. On l’a reproché au président Giscard d’Estaing. À tort : il a reçu l’ayatollah en accord avec le chah d’Iran, qui négociait alors avec son opposition. Mais en autorisant l’installation de Khomeyni si près de Paris, l’État français facilitait ses contacts avec la presse et lui procurait ainsi une tribune de premier plan. Et la proximité de l’aéroport d’Orly permettait à Khomeyni de recevoir des agents et de leur distribuer les consignes, les bakchichs et la littérature incendiaire qui étaient propagés dans les mosquées.

Khomeyni chouchou des médias tricolores

Plus grave, la couverture que les médias publics français procurèrent à Khomeyni fut si démesurément favorable et contraire à la réalité du terrain qu’elle s’apparentait à de la propagande. Ils lui consacrèrent une large portion de leurs journaux, même aux heures de grande écoute. Ils le présentèrent comme un héros romantique représentant le peuple iranien face à un chah dictatorial. L’effet de cette propagande était si fort que la plupart des étudiants qui défendaient le chah en arrivant d’Iran, se mettaient à défendre Khomeyni après avoir passé quelques semaines à Paris.

En Iran, en tout cas, Khomeyni était très minoritaire : lui et les communistes rassemblaient quelques centaines de manifestants sur 37 millions d’Iraniens. Et malgré toute la publicité mondiale dont il bénéficia durant des semaines (notamment de la part de la BBC qu’on captait en Iran), son retour au pays rassembla un million de personnes — badauds et communistes compris. Un événement historique et politique de cette envergure aurait pu attirer bien plus de monde : Téhéran, le bastion de l’opposition, comptait alors 8 millions d’habitants.

Bakhtiar et Bazargan, destins croisés

Khomeyni bénéficia aussi des trahisons de personnalités iraniennes qu’il acheta pour des prix divers. Il réussit même à faire tomber Mehdi Bazargan qui, avec Chapour Bakhtiar, était un des piliers de l’opposition laïque. Les deux hommes avaient fait leurs études en France : Bazargan était centralien, et Bakhtiar, titulaire de plusieurs doctorats de la Sorbonne. Tous deux avaient, durant la Seconde Guerre mondiale, milité dans les rangs de la Résistance française contre les nazis. Ils avaient ensuite servi le gouvernement de Mossadegh, et tenu tête au chah Mohamed Reza Pahlavi. Tous deux avaient été plusieurs fois emprisonnés par ce dernier, et ils pensaient le plus grand mal de Khomeyni, que Bazargan qualifiait d’« animal féroce ». Ce dernier passa pourtant dans le camp de Khomeyni, auquel il fournit un brevet en droits de l’homme.

Le chah demanda à Chapour Bakhtiar, fin 1978, d’être son Premier ministre. Celui-ci exigea une liberté de gouvernement totale. Le chah accepta et quitta le pays. Bakhtiar tira des dossiers des oubliettes et fit voter un grand cycle de réformes par le Parlement. Il donna liberté aux journalistes d’écrire ce qu’ils voulaient et de refuser l’entrée de leurs locaux à tout policier qui voudrait contrôler leurs publications. Il fit dissoudre la terrible police secrète (Savak) et libéra les 900 prisonniers politiques.

Le retour de Khomeyni

Mais l’ampleur des manifestations ne diminua pas. Les islamistes s’étaient alliés aux nombreux hommes politiques et marchands corrompus auxquels nuisaient les réformes. Tout ce monde avait des moyens de propagande formidables, notamment les mosquées et le bazar de Téhéran, par le biais desquels ils pouvaient propager des rumeurs… et distribuer des pourboires. Bakhtiar fut ainsi renvoyé de son parti pour avoir accepté de participer au gouvernement — alors qu’il appliquait les réformes réclamées par ledit parti.

Après le départ du chah, Khomeyni annonça qu’il allait revenir en Iran. Bakhtiar ne pouvait matériellement pas s’y opposer, à moins de provoquer un carnage. En outre, Khomeyni était citoyen iranien, et à ce titre, il avait droit à résider dans le pays : « S’il se conduit mal, il sera jugé par un tribunal compétent… [et] subira sa peine comme tout autre citoyen », dit Bakhtiar, qui affirme avoir seulement « sous-estimé sa férocité ».

Khomeyni revint le 1er février 1979, et une foule en délire l’accueillit à l’aéroport. Mais quand on lui demanda quelle impression cela lui faisait de revenir au pays après tant d’années d’exil, il répondit : « Rien. »

Deux gouvernements iraniens en même temps!

Le 5 février, il nomma Mehdi Bazargan Premier ministre du gouvernement islamique qui accepta de lui servir de caution contre son le gouvernement laïque dirigé par son ami Bakhtiar. Cela faisait deux Premier ministres, et chacun des deux était hors-la-loi pour une partie de la population. Et les intrigues se poursuivaient dans les coulisses : le 10 février, le commandement de l’armée informa Bakhtiar que l’armée resterait neutre face à une tentative de coup d’État de Khomeyni. Donc la grande manifestation que celui-ci avait organisée pour ce jour serait aussi celle de l’avènement de l’État islamique.

« Je suis convaincu, écrit Bakhtiar dans son livre Ma fidélité, qu’avec deux ou trois semaines d’appui de l’armée, Khomeyni aurait été prêt à transiger et j’en ai une preuve : mes amis décidèrent d’organiser des contre-manifestations. La première fois, il vint 5 000 personnes ; la semaine d’après, malgré les voyous de Khomeyni, les Palestiniens et les Libyens qu’il avait introduits, malgré les assassins qui infestaient les rues, il y en avait 20 000. La troisième contre-manifestation rassemblait 50 000 personnes. Ce sont des faits que tout le monde a pu vérifier. »

L’exfiltration de Bakhtiar

Bakhtiar céda la place et quitta le palais gouvernemental. Mais Bazargan ne put pas y arriver dans le calme : la populace prit le palais d’assaut, tua les domestiques et jeta les automobiles dans la piscine. Bakhtiar demeura caché pendant six mois chez des amis. Pendant ce temps, Khomeyni faisait arrêter tous les officiers supérieurs qui lui avaient livré leur pays, et il les tua presque tous. Bazargan couvrit tous les assassinats de Khomeyni, mais s’arrêta à la prise d’assaut de l’ambassade des États-Unis. N’ayant pu libérer les otages américains, il démissionna le 6 novembre 1979.

De sa cachette, Bakhtiar avait entre-temps pris contact avec le gouvernement français, qui accepta de l’aider. Il quitta l’Iran sous un déguisement et s’installa à Paris, où des policiers furent chargés de sa protection. Il voulait organiser une résistance à partir de la France, comme l’avait fait Khomeyni. Mais l’ayatollah avait réussi grâce aux bakchichs, à la propagande dans les mosquées, à la complicité de la presse et du monde politique en Occident, et aux trahisons. Bakhtiar ne disposait de rien de tout cela. Il ne disposait même pas de l’appui de l’ensemble de l’opposition à Khomeyni. Les partisans du chah salissaient sa réputation en prétendant qu’il était à la solde des Anglais et que Khomeyni l’était aussi. Si Bakhtiar avait été à la solde des Anglais, la BBC l’aurait aussi bien traité que Khomeyni…

Deux tueurs à Suresnes

Les partisans du chah prétendent aussi que Bakhtiar a permis la Révolution islamique en autorisant le retour de Khomeyni et en libérant les prisonniers politiques. C’est un moyen de cacher la responsabilité que le chah, durant des décennies, a eue dans la montée de Khomeyni. Enfin, c’est le chah et non Bakhtiar qui a autorisé l’installation de l’ayatollah en France où il pouvait être interviewé directement par la BBC que captaient les Iraniens. Auparavant, Khomeyni ne pouvait atteindre ces derniers que par le biais d’enregistrements ou d’imprimés. Et à partir du moment où Khomeyni pénétrait ainsi dans des millions de foyers iraniens, les 900 opposants politiques libérés par Bakhtiar ne pesaient plus très lourd. Surtout que nombre d’entre eux étaient des laïques et non des islamistes. Et il était impensable d’arrêter Khomeyni au milieu d’une foule d’un million de personnes.

Bakhtiar s’installa à Suresnes, dans une villa dont l’État français assura la protection. Mais Khomeyni avait acheté l’Iranien qui avait installé le réseau électrique de la demeure — et qui, après une semaine de travail, connaissait la villa par cœur. Il accepta de collaborer avec la police secrète de Khomeyni, et elle lui envoya deux tueurs pour lesquels il obtint un rendez-vous avec l’ancien Premier ministre.

Mort par strangulation

Le 6 août 1991, les deux agents furent fouillés par les policiers qui gardaient Bakhtiar. S’étant assurés qu’ils n’étaient pas armés, les policiers téléphonèrent pour avertir de leur venue. Bakhtiar déclara qu’il les attendait.

Les deux agents traversèrent quelques mètres et pénétrèrent dans la propriété. Quand ils furent reçus dans le salon de l’ancien Premier ministre iranien, ils l’étranglèrent et tuèrent aussi son secrétaire. Puis l’un des assassins alla chercher des couteaux à la cuisine. Avec un couteau à viande, il larda le corps de Bakhtiar de 13 coups. Puis il lui coupa la gorge et le poignet avec le couteau à pain. Ensuite, les meurtriers s’emparèrent de la main coupée, et s’en allèrent après avoir décroché le téléphone.

Ils passèrent devant les policiers français qui ne remarquèrent pas leurs vêtements pleins de sang. Puis ils allèrent se changer derrière les arbres au bois de Boulogne, et jetèrent leurs vêtements ensanglantés dans une poubelle.

Pendant 36 heures, il n’y eut aucun signe de vie dans la demeure de Bakhtiar. L’écran géant de sa télévision ne s’éclaira pas aux heures du journal télévisé, dont il poussait habituellement le son très fort. Aucun repas ne fut livré chez lui, et aucune lumière ne s’alluma. Il y eut un orage la nuit, et la porte battit au vent, mais personne ne la ferma.

Inquiète de ne pas l’avoir au bout du fil, la famille vint frapper à sa porte de la victime, mais personne ne lui ouvrit. Elle exigea de faire forcer la porte, et c’est alors qu’on découvrit l’horrible spectacle.

Petits arrangements diplomatiques

Remonter au commanditaire de l’assassinat n’arrangeait pas le gouvernement français, qui avait reconnu la République islamique. Il ne le fit donc pas. Pourtant, fait remarquer le petit-fils de Bakhtiar, « le ministre [iranien] des Renseignements Ali Fallahian… ne cache pas la politique de liquidation menée à l’égard des membres de l’opposition par la Vevak [police secrète ayant remplacé la Savak] qu’il dirige. Lors d’une interview à la télévision d’État iranienne le 30 août 1992, il se vante : “Nous les traquons également à l’extérieur du pays. Nous les maintenons sous surveillance. L’année dernière, nous sommes parvenus à infliger des coups fondamentaux à leurs plus hauts dirigeants”. »

Ainsi disparaissait dans la violence et le sang, le dernier espoir d’une opposition iranienne laïque libre, pour trente ans au moins.

Les années 2010 ont vu le tchador laisser place au voile en Iran, le voile tomber peu à peu, et les femmes dévoilées parler à visage découvert devant caméra. La police sévit parfois, arrêtant des dizaines de personnes. Mais le mouvement d’opposition est large et populaire. Le jeûne du ramadan lui-même est de moins en moins bien observé. Le pouvoir préfère souvent laisser faire pour ne pas avoir une nouvelle révolution sur les bras.

Voyant tout cela, on reste rêveur quand on imagine ce qu’aurait été l’Iran si Chapour Bakhtiar était resté au pouvoir, ou si, réfugié en France, il avait réussi son come-back à la manière de Khomeyni, au lieu d’être assassiné par ce dernier à Paris, le 6 août 1991, dans un silence général.

Fatwas et caricatures : la stratégie de l'Islamisme

Price: ---

0 used & new available from


Ma fidélité

Price: ---

0 used & new available from

Sainte Ahed, comédienne et icône de la cause palestinienne

0
ahed tamimi israel palestine
Ahed Tamimi à Ramallah, 29 juillet 2018. Sipa. Feature Reference: 00869736_000011

Après huit mois de prison, Ahed Tamimi, condamnée pour avoir giflé deux soldats israéliens, a retrouvé la liberté. La jeune icône palestinienne peut jouer les martyres devant des médias enamourés.


La scène qui montre Ahed Tamimi frapper les deux soldats avait été jouée sous l’œil complaisant de caméras surgies comme par hasard pour filmer l’héroïque jeune fille. La blondeur de cette dernière et son jeune âge (16 ans) favorisant les identifications occidentales sensibles aux « massacres » systématiques dont les Palestiniens seraient l’objet de la part d’Israël. Un pays sans foi ni loi qui, de toute évidence, se distingue par sa violence de tout ce que le peuple palestinien subit par ailleurs notamment en Syrie. Sans compter ce qu’il subit de «l’Autorité palestinienne» et du Hamas.

Si elle avait giflé un soldat égyptien…

Et quel sort aurait été celui de l’exquise péronnelle si elle avait giflé un soldat égyptien au terminal de Rafah ?  On n’aurait sans doute pas fêté son geste héroïque pour ne pas choquer les âmes sensibles.
Dans les médias, à ma connaissance, nul n’a relevé l’extraordinaire stoïcisme des soldats de Tsahal qui n’ont même pas esquissé un geste de défense. L’évitement étant pourtant le moindre des réflexes dans ce genre de circonstance.

Pas un mot non plus sur le respect des consignes données aux soldats poussés à bout pour éviter toute accusation de violence gratuite. Les journaleux étant à l’affût du moindre débordement, vrai ou faux, dont l’Autorité palestinienne comme l’Hamas ne manqueront pas de faire leur miel.

Jeanne d’Arc du pauvre

Mais que valent ces précautions face à la propagande des subventionnés de la Nakba. Subventions reconduites de génération en génération ? Il leur manquait une Sainte, en guise de Juive survivante de la Shoah. Promue nouvelle Jeanne d’Arc, Ahed Tamimi revendique son geste qui, contrairement au combat de la Pucelle d’Orléans, ne lui a causé aucune blessure de guerre et  l’a amené à aucun bûcher.

On aurait toutefois tort de s’étonner qu’une telle comédie soulève tant d’admiration. L’infantile habite les laudateurs à l’affût de tout et de n’importe quoi susceptible de servir la cause de l’envie, fille de l’impuissance et de la frustration.

John Wayne, l’homme qui n’a pas eu de jeunesse

0
john wayne rio bravo
John Wayne dans "Rio Bravo". AFP. Byline / Source / Credit Armada Productions / Collection ChristopheL

La cinquantaine venue, John Wayne affronte les prémisses de la décrépitude ainsi qu’un cancer des poumons. Mais qui pourrait être perçu comme une malédiction est précisément ce qui va le sauver. Histoire de Rio Bravo.


 

Nous ne parlerons pas des années d’enfance de John Wayne. Son père, ruiné, achète une bicoque dans le désert des Mojave où il décide de faire pousser du maïs. Pas d’eau courante, pas de gaz, pas d’électricité. Voilà qui forme le caractère. Il en faudra à John pour s’imposer à Hollywood après des années de galère où il sera successivement accessoiriste, puis cascadeur et, enfin un acteur que personne ne remarque dans des films que tout le monde a oublié. Il tentera même de monter sur scène au théâtre. Nouvel échec : pour vaincre sa timidité, il a vidé une bouteille de vodka et au lieu de donner la réplique aux autres acteurs, il ne cesse de demander : « Mais qu’est-ce que je fous là. Et d’ailleurs où suis-je ? »

A lire aussi: « J’aime pas John Wayne » – John Wayne n’est pas mort (1/6)

Heureusement pour lui, John Ford l’a à la bonne. Et des années durant lui trouve des petits rôles. Wayne, dit Luc Moullet, offre la particularité d’avoir été la première star à retardement, après huit ans de premier rôle et soixante films dans l’anonymat, préfigurant en cela Lino Ventura. La comparaison est bien venue : Lino Ventura est notre John Wayne. Entre parenthèses, si vous n’avez pas vu Un papillon sur l’épaule de Jacques Deray, metteur en scène très sous-estimé, mais oui c’est lui qui a tourné La piscine, vous êtes passé à côté de Lino Ventura. Et, franchement, c’est minable pour un cinéphile.

A lire aussi: Mon père, ce John Wayne – John Wayne n’est pas mort (2/6)

Mais revenons à Luc Moullet et à John Wayne. On peut dire que jusqu’en 1946, l’année de Red River (son premier rôle de vieux), John Wayne n’a pas eu de jeunesse ou qu’il l’a consumée dans des westerns improbables ou, mieux encore, qu’il haïssait son image de jeune cow-boy coïncidant avec sa médiocrité.

L’homme malade à cheval

Et voici qu’avec la cinquantaine, la décrépitude se fait sentir, ainsi que les prémices d’un cancer des poumons. Ce qui pourrait être perçu comme une malédiction est précisément ce qui va sauver John Wayne. Dans Rio Bravo, note Luc Moullet, Wayne est certes encore le héros, mais il a vieilli, il a besoin d’apprendre ce qu’est la dépendance : avant la fin du film, il doit accepter l’aide d’un vieil infirme, d’un ivrogne, d’un punk et d’une fille de saloon. C’est toujours le vieux principe : « He stops to conquer » : il faut un handicap qui rende l’acteur sympathique au spectateur. Avec Wayne, ce sera la vieillesse, la déchéance physique sans pour autant que rien ne l’arrête. Dans son ultime film, Le dernier des géants (1976) de Don Siegel, on le voit encore, cancéreux en attente de la phase terminale, grimper sur son cheval à soixante-neuf ans et régler ses comptes avec son colt 45. La boucle est bouclée : Wayne assume pleinement la thématique de la décrépitude dans ce chef d’œuvre crépusculaire tourné par Don Siegel, lui aussi sur le point de mourir. Don Siegel dont chacun sait ou devrait savoir qu’il a été un maître pour Clint Eastwood. Vous vous souvenez de Siegel en barman dans Frissons dans la nuit de Clint. Si non, ne vous privez pas de ce plaisir !

A lire aussi: les Louane éplorées de notre temps auraient besoin d’un John Wayne – John Wayne n’est pas mort (3/6)

Marie m’assassine. Je la laisse faire.

Avec une moue dédaigneuse, Marie me dit :

– J’ai lu les premières pages de ton John Wayne…
– Et alors ?
– Ça date un peu (il est vrai qu’elle a cinquante ans de moins que moi). Tu vas passer pour un vieux schnock qui empile les anecdotes et qui effleure les sujets sans les approfondir (je reconnais dans le ton de sa voix l’ex-khâgneuse).
– Approfondir, m’appesantir, faire du didactique, c’est pas mon truc. Je trouve même que c’est plutôt vulgaire.

L’underplaying, c’est tout un art

Dans mon for intérieur, je me demande : « Pourquoi les femmes veulent-elles toujours qu’on approfondisse ? » Par décence, j’évite de répondre à la question. Et pour lui donner le beau rôle je lui propose de me suggérer quelques idées.

– Il y a d’autres acteurs comme Gary Cooper ou James Stewart qui cultivent ce que tu nommes l’underplaying. C’est très efficace. Mais d’où vient cette théorie que moins tu joues, meilleur tu es ?

Je sens qu’il va falloir que je lui explique la théorie de Lev Koulechov. Elle me regarde, attentive. Attendrissante. Je lui pose la question :
– Tu as entendu parler de Koulechov ?
– Vaguement…
– Bon. Alors écoute-moi bien et tu vas tout piger.
– OK. Boss…

Marie n’est jamais si attirante que lorsque je capte son attention, ce qui arrive de plus en plus rarement. Normal après plus de trois ans de vie commune. Les vieux radotent et les jeunes n’ont rien à dire. Mais on s’y fait. J’appuie donc sur la touche Koulechov de mon jukebox.

Le Dernier des géants [Version remasterisée]

Price: ---

0 used & new available from

Penseurs et Tueurs

Price: ---

0 used & new available from

Eric Poindron, autobiographie à la girafe

0
Deux girafes du zoo de Topeka. ©SIPA, Numéro de reportage : AP22225102_000008

Tout écrivain écrit son autoportrait. Dans la lignée de Dante et Leiris, Eric Poindron nous livre L’ombre de la girafe.


 

L’ombre de la girafe d’Eric Poindron, c’est son Âge d’homme, vous savez, celui de Michel Leiris qui voulait faire son autoportrait comme Dante, perdu à trente-trois ans au milieu de la Forêt Obscure. Leiris se donnait un an de plus. Poindron une quinzaine d’années. Les hommes ont besoin de faire le point un peu plus tard, désormais. C’est l’espérance de vie qui augmente. Ou qui augmentait, d’ailleurs. Les derniers chiffres dans les démocraties de marché soumises à des stress climatiques de plus en plus importants nous indiquent que nous allons plutôt vers notre fin prématurée, dans un déni total, mais vers notre fin. Comme les girafes dont il est question dans le livre pétillant de Poindron qui ne parle pas d’écologie ou plutôt si : celle de l’imaginaire. Nos imaginaires sont eux aussi colonisés par la laideur marchande et il faudrait dans ce domaine-là également une démarche écologique comme le recommande Annie Le Brun dans Ce qui n’a pas de prix (Fayard), son dernier et bouleversant essai sur l’art contemporain comme reflet de la catastrophe marchande et environnementale en cours, comme produit logiquement issu de et par cette catastrophe…

Un animal que l’on a envie de câliner 

On s’éloigne d’Eric Poindron ? Pas tant que ça. Si son livre n’est pas un essai sur les girafes, les girafes y jouent la métaphore de la poésie, c’est à dire quelque chose qui ne ressemble à rien, qui semble presque extra-terrestre mais à la fois plein de maladresses, de naïvetés et de douceur. La girafe est cet animal que l’on a envie de câliner mais que son cou de géante empêche de se pencher. C’est sans doute difficile de trouver plus belle figure d’un amour impossible à donner et à recevoir.

Comme Eric Poindron est d’une exquise politesse dans la vie et dans ses livres, il fait semblant de sourire. Ou plus exactement, il sourit vraiment parce qu’il n’aime pas jouer de ses mélancolies de manière trop ostentatoire. Elles sont pourtant discrètement présentes dans ce portrait de l’artiste qui connaît le vrai goût du passage du temps. Les décennies s’égrènent dans une autobiographie fantasque à la recherche du père et du grand-père, dans la région du berceau familial : la Champagne. L’auteur se demande ce qu’il a bien pu faire des années d’une existence qui passent et repassent sous nos yeux, dans le désordre. Eric Poindron voudrait bien les collectionner, ces années, comme dans un cabinet de curiosités: et de vingt, et de trente, et de quarante, et de cinquante. Il nous les montre comme ça mais, évidemment, lui, il a la gorge serrée, l’air de rien. Prenez ce livre, si vous voulez, comme un divertissement drôle, généreux, amical et érudit. Vous en saurez un paquet sur les premières girafes montrées en France, sur les Naturalistes perdus en conjectures qui transformaient leurs description en poèmes de Francis Ponge. Oui, ce livre est incontestablement tout cela.

« Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. »

Pourtant, c’est surtout le récit d’un homme qui se raconte, avec ses rêves et ses manières d’enchanteur qui sait varier ses métamorphoses, ses inquiétudes déguisées en chasse aux chimères. Il n’a pas oublié pas la phrase de Cocteau: « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Ou celle de Neruda: « J’avoue que j’ai vécu. »

On vous parlait de Leiris, pour commencer. Leiris voulait trouver dans l’écriture, l’ombre de la corne du taureau. Eric Poindron, c’est celle du cou de la girafe. Ca a l’air plus léger, mais c’est bien d’ombre, dans les deux cas, qu’il s’agit.  Cette ombre dont on ne sait plus, dans nos vies hâtives, si elle recèle le danger ou le repos, la mort ou la rêverie estivale de la sieste quand défilent dans un demi-sommeil des caravanes foraines, des petites filles qu’on a aimées, la cloche qui sonne trois heures de l’après-midi, ce temps aboli sous les branches des étés perdus.

L'ombre de la girafe: Voyage au long cou

Price: ---

0 used & new available from

Ce qui n'a pas de prix

Price: ---

0 used & new available from

Sobres, les réseaux sociaux approuvent la lapidation d’une touriste britannique

0
Des randonneurs au Népal, mars 2016. ©SIPA, Numéro de reportage : AP21884595_000006

Une vidéo fait le tour du Net : on y voit une touriste britannique se faire jeter des pierres après avoir tenté de négocier le prix d’un thé népalais. Sur les réseaux sociaux, il se trouve une foule d’Internautes, de droite comme de gauche, pour applaudir cette pseudo-révolte contre la mondialisation.


 

Ces derniers temps, on voit circuler une vidéo sur les réseaux sociaux, initialement publiée par le Daily Mail en septembre 2017, et sans doute réapparue à l’occasion des vacances d’été. Cette vidéo montre une femme népalaise agressant une touriste britannique, en lui lançant des pierres, en la menaçant avec des bâtons et en l’invectivant à travers la montagne.

L’histoire racontée par cette touriste est que, pendant qu’elle faisait une randonnée sur l’Annapurna avec son fils, ils se sont tous deux arrêtés au magasin de cette femme et qu’ils y ont bu du thé. Mais quand l’Anglaise a découvert le prix du thé, soit 150 roupies, alors qu’elle payait habituellement 50 roupies pour le même thé, elle a essayé de marchander, puis devant le refus de la Népalaise, elle a payé en lui disant que le thé était « sérieusement trop cher ». Après quoi, la Népalaise s’est énervée et s’est mise à la poursuivre dans la montagne, le vide dangereusement proche, en l’injuriant et en tentant de la blesser à coups de pierres.

Le tourisme, père de tous les vices?

Cette histoire sordide, dont tous sont – étonnamment – ressortis indemnes, aurait pu ne constituer qu’une de ces curiosités dont les sites Internet sont friands, comme les vidéos de personnes qui se battent dans les magasins ou, version plus gaie, de gens qui font des plats dans leur piscine, et où les commentaires se résument généralement à diverses variantes de « oh mon Dieu !! jpp, lol ». Mais ici, qu’ont voulu y voir les réseaux sociaux ? Non pas la rage heureusement sans conséquences d’une vieille folle, mais la réaction légitime d’une pauvre femme victime de l’exploitation de l’Occident.

La rhétorique qui s’est enclenchée se greffe sur la critique du tourisme mondialisé. Ou du moins dans une certaine critique marxisante, qui n’a rien à voir avec la déploration de la « disparition de l’aventure », laquelle a bien plus un fondement esthétique que politique. Elle fait du tourisme le « prolongement consumériste de l’impérialisme territorial des siècles passés », et les « violences directes du colonialisme » sont supposées avoir été remplacées par les « violences symboliques de la domination économique ». Le tourisme est donc une autre forme d’ « oppression systémique », qu’il s’agit de renverser en prenant le parti des « dominés ». Il est d’ailleurs frappant de voir gauchistes tiers-mondistes et identitaires anti-mondialistes adopter le même discours, et approuver d’une même voix la lapidation de cette touriste, assimilée à McDonald’s, Monsanto et autres bourreaux des peuples opprimés.

«Elle mérite qu’on lui jette des pierres, c’est une exploiteuse.»

Sur le site du Daily Mail, les commentaires les plus populaires pardonnent tous la « frustration » de la « pauvre femme », et blâment la touriste britannique pour avoir tenté de marchander un thé qu’elle pouvait payer au prix demandé (n’est-ce pas pourtant une coutume locale que de marchander ?). On lit, entre autres :

« Elle était en colère tout simplement parce que l’autre avait marchandé le prix d’un thé particulier. Est-ce qu’on essaie de marchander à Starbucks ou à Costa ? Non, on n’essaie pas. On aime juste profiter des pauvres. »[tooltips content= »« All she was angry was because she bargained the price of a special tea. Why don’t we try bargaining with Starbucks or Costa. No we won’t. We only like to squeeze the poor. »« ]1[/tooltips]

« Radins [l’anglais utilise une expression plus fleurie], moi je suis avec la femme qui vendait son thé, si tu peux te permettre de voyager, tu peux aussi te permettre de payer un foutu thé… Arrête d’être si radine… »[tooltips content= »« Cheap ass people, I’m with the tea lady, if you can afford traveling, you can afford buying a fucking tea… stop being a cheap ass… »« ]2[/tooltips]

« Moi aussi, je la pourchasserais comme ça. Ne viens pas dans ma foutue montagne pendant tes vacances avec ton foutu équipement REI [marque de vêtements de randonnée] et n’essaie pas de faire baisser le prix du foutu thé que je viens de faire. »[tooltips content= »« I’d chase her down too. Don’t come on my fucking mountain on your vacation with your fucking REI gear and try to haggle on the price of fucking tea I just made. »« ]3[/tooltips]

Et enfin :  « Elle mérite qu’on lui jette des pierres, c’est une exploiteuse. »[tooltips content= »« She deserves rock’s throw at her, she’s being exploitative. »« ]4[/tooltips]

Le dominant a honte de l’être

Résumons : l’Occidental, par essence, serait donc un colonisateur exploitant les pauvres du tiers-monde. Partant, l’Anglaise devrait s’excuser d’être plus riche que la Népalaise et devrait accepter toutes les humiliations qu’elle lui fait subir, vengeance de la femme pauvre contre la femme riche. Elle devrait même accepter, comme une juste rétribution, de se faire menacer de mort et lancer des pierres dessus.

Vis-à-vis de la Népalaise, l’attitude semble être celle de la compassion psychologisante (« pauvre femme, sa vie est difficile » etc). Mais en réalité, cette pseudo-compassion, ce n’est en fait que le mépris du pauvre, supposé ne pas pouvoir, parce qu’il est pauvre, avoir de dignité. Bien loin la fameuse « scène du pauvre » dans Dom Juan, qui exalte la fidélité d’un homme à ses principes, même dans la famine ! Il est normal que le pauvre non-occidental adopte un comportement proprement barbare, parce qu’il rentre dans la catégorie des « dominés ». Le « dominant », parce qu’il a tellement honte de l’être, consent à se laisser détruire pour faire disparaître les traces de ce qu’il croit être sa propre infamie.

Finalement, la réaction à cette vidéo ne signifie qu’une chose : la liste des personnes qu’il est désormais légitime, a priori, de mettre à mort s’allonge. Occidentaux, tenez-vous le pour dit.

Vilard, le dernier yéyé

0
Hervé Vilard à Cobourg, 2015. ©Charly Triballeau

 


A 72 ans, l’auteur-interprète de Capri, c’est fini a tiré sa révérence à l’Olympia. S’il ne chantera plus ses tubes sur scène, l’orphelin né dans un taxi ne renonce pas à célébrer les grands textes. Portrait.


6 mai 2018 : l’Olympia est plein d’un public impatient de céder, une fois de plus, à son envoûtement. Le moment est plus solennel qu’à l’habitude : Hervé Vilard a annoncé qu’à l’issue de ce rendez-vous, il mettait fin à ses tournées. Il ne chanterait plus ses succès innombrables, il consacrerait ses rares apparitions à des auteurs de son choix. Pour l’heure, tout est ferveur, tendre admiration, attente comblée. Il s’avance, il salue sans excès d’humilité. Les premières notes de son plus grand succès retentissent : « Nous n’irons plus jamais… » Le refrain arrive, et le chœur du peuple s’époumone : « Capri, c’est fini… » Pour lui, tout a commencé avec « c’est fini » : ce n’est pas le seul paradoxe de cette vie peu banale, et l’on pourra voir dans cet ultime récital la preuve supplémentaire de l’une des carrières les plus cohérentes de ce qu’on appelle le show-business.

Vol de mère

Il est né dans un taxi, le 24 juillet 1946, à Paris, d’une femme nommée Blanche Villard. On saura plus tard que son géniteur était une manière de don Juan, corse d’origine, qu’il n’a jamais rencontré. Une dénonciation anonyme vient informer la justice que cette femme est une pocharde, incapable d’éduquer son enfant, René Villard. Blanche est déchue de ses droits maternels, René envoyé à l’orphelinat, puis dans divers foyers. Il porte des galoches, des vêtements grossiers. Il n’est pas nécessairement maltraité, il connaît même l’affection chez les Auxiette, Nénesse et Simone, des Berrichons, qu’on eût pris pour des créatures de George Sand, et chez qui, précisément, il lit La Mare au diable. Il grandit. On lui dit que sa maman l’a abandonné, alors qu’elle le recherche : il déclarera, bien plus tard, que la République lui a volé sa mère. On le déplace encore. René n’est pas un enfant martyr, c’est un enfant « déplacé », ou plutôt qui ne tient pas en place, un jeune garçon qui imagine, très tôt, une autre place que celle que la société lui a assignée.

A lire aussi : Bernard Mabille, poids lourd de l’humour

Et voici l’abbé Denis Angrand, curé des champs à l’ancienne : il sert Dieu et aime Stendhal. Avec les instituteurs, il élève le petit Villard, et lui donne même sa bénédiction lorsque ce dernier, lassé des mares et des canards, s’enfuit à Paris. Sans qu’il le sache, se cristallisent dans sa mémoire une partie du décor qu’il retrouvera bien des années plus tard et quelques-unes des ombres qui lui feront un cortège de fidélité. On est en 1960-1961. Fuyant la campagne, l’institution, il connaît l’errance parisienne d’un adolescent livré à lui-même. Il pourrait basculer chez les voyous, il deviendra idole des jeunes ! Un nouveau visage bienveillant se penche sur lui : Dado, de son vrai nom Miodrag Djuric (1933-2010), monténégrin de naissance, artiste d’« avant-garde ». Dado l’entraîne un soir dans une galerie d’art, au 8, de la rue de Miromesnil (« un quartier chic » a prévenu Dado). Cette galerie a été fondée en 1956 (et fermée en 1964) par un homme exceptionnel, Daniel Cordier, résistant de la première heure, secrétaire de Jean Moulin. Au milieu de cet aréopage mondain, le joli adolescent plein d’arrogance produit un certain effet. Cordier apprend qu’il est « en cavale » : « Regagne l’orphelinat, je viendrai t’y chercher. ». Il tiendra parole et assumera officiellement la fonction de tuteur de René. Le temps des galoches et des fréquentations dangereuses est terminé. La métamorphose de René s’achève.

Quand c’est fini, ça commence

René veut être chanteur. Un jour, une affiche attire son œil, une publicité pour un séjour touristique à Capri. Dans le même temps, un refrain passe à la radio, qui figure dans l’album Aznavour 65. Le grand Charles s’y lamente : « C’est fini, fini. » Pour René Villard, cela finit à Capri… où tout commence pour Hervé (RV) Vilard. Le succès est immédiat, et lui garantit (il ne le sait pas encore) des royalties importantes jusqu’à la fin de sa vie ! Il figure sur la photographie du siècle des yéyés, prise par Jean-Marie Périer, dans le numéro de juin 1966 du mensuel Salut les copains. Au deuxième rang, rendu plus visible encore par son pull-over bleu ciel (un shetland très « minet »), il a l’air d’un élève des beaux-quartiers : il assimile rapidement les bienfaits de l’éducation Cordier ! On moqua longtemps ce joli garçon à la mine tendre, d’apparence fragile, dont le front disparaissait sous une longue, épaisse mèche de cheveux noirs. On avait tort : chez ce charmant petit brun gisait un « caractère ». Les beaux esprits regardaient sans amabilité ce chanteur lacrymal qui triomphait chez les concierges et les mères de famille. Il y avait, disait-on, une chanson estimable et une sous-culture. Or, certaines chansons de Léo Ferré, écrites après sa consécration en barde visionnaire, annonciateur des apocalypses sociales, ruissellent de formules afin d’émouvoir le plus sévère des vitupérateurs de la France insoumise comme de faire pleurer Margot : « Tu ne dis jamais rien, mais tu luis dans mon cœur comme luit cette étoile… »

En 2004, son CD Cris du cœur réduit au silence les malveillants : il livre une superbe interprétation de India Song (Marguerite Duras), L’Écharpe (Maurice Fanon), Alabama Song (Kurt Weill, Bertolt Brecht), Un soir au Gerpil (Bernard Dimey), en tout 13 titres, dont Le Condamné à mort, de Jean Genet mis en musique par Hélène Martin. Ce qui reste de la rive gauche est secoué. Ses fidèles le suivent. En 2005, il donne un récital au sein de la Sorbonne. Récemment, il a vendu le presbytère de l’abbé Angrand, qu’il avait restauré avec goût. Tous ses publics se sont retrouvés à l’Olympia. Il ne chantera plus Capri que dans une version piano-voix inaugurée en mai. Néanmoins, il aurait tort de négliger son public sulpicien, toujours renouvelé, le plus fidèle, le plus avisé aussi : c’est dans ses rangs que, longtemps encore après qu’il aura disparu, on sifflera les airs de sa grande célébrité. Nous sommes des créatures de détresse, les humbles paroles des chansons alimentent notre réserve de chagrin et d’espérance.

N.B. Merci à Nicolas Perron.

L'Âme seule

Price: ---

0 used & new available from

Osons le bob!

0
"Las Vegas Parano", un film de Terry Gilliam.

Le bob se glisse dans la poche de votre bermuda ou dans votre cabas. En toutes circonstances, il garde sa forme informe, son inimitable froissé. 


 

Pour les hommes, le choix du couvre-chef en dit long sur leur psychologie profonde. Sur une certaine façon d’appréhender la vie en société. Sur une manière de draguer et même de penser. Des modes viennent parfois parasiter les élégances usuelles. Ces dernières années, le panama s’est imposé comme le nouvel accessoire masculin de l’été, un attribut de la virilité urbaine au même titre que la barbe de trois jours et les sneakers au pied. Un étendard grégaire et passe-partout. Une panoplie servile et transparente. Le panama a le même effet que le soutien-gorge pigeonnant, il trahit les vrais sentiments.

A lire aussi : Laissez-moi manger des barbecues tout l’été! – Les plaisirs coupables (1/9)

Au lieu de distinguer, cet ersatz relègue son propriétaire dans une zone nuageuse, à la limite du ringard et du risible. Le vendeur de téléphonie le porte en espérant se faire passer pour un propriétaire terrien. Le professeur de collège singe le marquis de Vargas Llosa. Et le député En marche se prend pour sir Winston Churchill. La pampa se mue en Bérézina. C’est dire si l’usurpation d’identité est ratée. Panama, casquette, melon ou béret, l’habit ne fait pas l’idoine. Tout le monde veut avoir l’air de ce qu’il n’est pas. Le bourgeois se grime en poulbot. La caillera en Julio Iglesias. L’intello en métallo. La peur du conformisme aboutit à une uniformité des genres et des pratiques. Un jeu de rôles qui ne dupe personne mais a l’avantage de distraire sur la plage ou au bal du 14 juillet. Les colonnes de retraités en panama amusent autant que les pétards mouillés, le soir du feu d’artifice. En vacances, évitez donc les déguisements tropicaux pour les marchés bio.

A lire aussi : Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es – Les plaisirs coupables (2/9)

Ne poussez pas la panoplie du commerce équitable jusqu’à la caricature. Los gringos, no pasáran ! Laissez ces colifichets aux Sud-Américains et préférez un retour aux sources. Pensez français ! Buvez local ! Les alcools exotiques et les bikinis riquiquis tournent la tête. Misez plutôt sur le bob Ricard ! Comble du snobisme, il fera de vous une personne responsable qui ne rejette pas en bloc la tradition de l’apéro et de la pétanque. Et qui tient à le faire savoir. Affirmation suprême du pittoresque mauresque, ce fichu provençal, voile balnéaire ouvert sur les cultures du monde, est un message de paix. Les ouvriers du bâtiment l’ont adopté depuis longtemps. Lusitaniens ou maghrébins, ils savent ce qu’ils doivent au bob dans leur intégration. Bob ou laïcité, même combat républicain. Qu’attend l’humaniste Patrick Sébastien pour déclarer sa flamme à ce symbole de la fraternité ? Un hymne païen lui irait comme un gant.

A lire aussi : Et la nouvelle miss Camping s’appelle – Les plaisirs coupables (3/9)

En dehors de son côté pratique, pliable à l’envi, modulable comme un monospace sept places, il se glisse dans la poche de votre bermuda ou dans votre cabas. En toutes circonstances, il garde sa forme informe, son inimitable froissé. Il n’est pas démodé car son intemporalité le range parmi les classiques de l’été. Il y a en lui une insoupçonnable langueur érotique. Il transgresse les classes sociales. Son œcuménisme dérange. Par principe, certains refusent de l’essayer, peur du ridicule ou soumission à une société de l’image. Le bob demande du courage et de l’abandon. Pourtant dès que vous l’avez installé sur le sommet de votre tête, il la moule à la perfection, il s’accommode de toutes les coupes de cheveux. Aussi à l’aise avec le chauve que le rasta, il surmonte tous les handicaps capillaires. Ce caméléon ne craint aucune particularité physique.

Avec lui, vous redevenez désirable, tout en conservant une part de mystère. Vous vous transformez en inconnu des buvettes. Tantôt mystique ou étrange, il complète une tenue avec cette touche d’indéfinissable charme français. En short ou en smoking, il surprendra. À Cannes ou Palavas, il séduira. Les jeunes femmes loueront votre audace et votre sens de l’humour. Elles ne sauront dans quelle case vous ranger. Un garçon qui s’affiche en bob avance sans œillères. Il se moque du qu’en-dira-t-on, il protège seulement son crâne en laissant sa personnalité s’exprimer.

Noblesse du barbecue

Price: ---

0 used & new available from

Olivier Maulin à l’ombre des cocotiers

0
Olivier Maulin. ©Hannah Assouline

Olivier Maulin est un drôle de pistolet qui, depuis 2006, a signé dix romans picaresques dans une veine que l’on pourrait définir comme le croisement des univers de Jacques Perret et de Marcel Aymé, avec la touche rabelaisienne qui s’impose, un je-ne-sais-quoi de féodal et de déjanté qui attire une immédiate sympathie.


L’Alsacien Maulin a quelque chose de bourguignon (et donc de belge – j’aime, comme on dit sur fesse-bouc). Les éditions rue fromentin (attention à la minuscule !) du confrère Jean-Pierre Montal, lui-même auteur de deux précieux romans (Les Années Foch et Les Leçons du vertige), publient aujourd’hui son joural intime des années 1997-1999, quand Olivier Maulin, presque trentenaire, traîne encore la savate entre l’Université, où il rêve (vaguement) à une thèse d’histoire, et ce monde lusophone qu’il aime et connaît comme sa poche, Lisbonne et le Brésil.

Le jeune thésard n’a encore rien publié, si ce n’est quelques poèmes ; il prépare un roman inspiré de son service militaire à l’Elysée, Mitterrand regnante – ce qui deviendra le désopilant Petit monarque et catacombes. Bref, il incarne alors le velléitaire qui cherche sa route avec un mixte de nonchalance et de sourde inquiétude, le flâneur inadapté, le rebelle qui comprend peu à peu comment et pourquoi les autres se fondent dans le moule – et quel moule, puisque c’est l’époque des bombardements humanitaires de l’OTAN et d’une mise au pas politico-culturelle, celle des « libertaires bottés », dont il donne quelques illustrations révélatrices.

Un sacré érudit

Nulle tricherie dans ce journal intime qui nous promène de la Bibliothèque nationale aux bars interlopes de Bahia, de Strasbourg à Lisbonne, nul narcissisme non plus – juste le cheminement erratique et les angoisses du poète qui ouvre les yeux sur le monde, les gaffes de l’amoureux tour à tour comblé et éconduit. Dieux merci, Maulin n’est pas devenu sorbonnicole, mais écrivain de bonne race, d’une probité et d’une originalité qui font chaud au cœur. En plus, il aime Léautaud, ce qui est toujours bon signe. J’adore aussi deux choses chez lui : qu’il s’émeuve d’apprendre que, dans les villages reculés du Brésil, des conteurs chantent la Chanson de Roland et qu’il soit devenu royaliste le jour où il serre la main de Baudouin, le roi des Belges en visite officielle à Paris.

Enfin, Maulin est un sacré érudit, comme le prouve sa connaissance approfondie de la langue portugaise, qui, pour désigner le dernier verre (the last for the road – le coup de l’étrier), use de deux expressions : a sadeïra, celui pour sortir, et a caïdera, celui pour tomber.

Histoire des cocotiers

Price: ---

0 used & new available from

Art contemporain: les sermons de Kader Attia

0
kader attia art contemporain
Kader Attia, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00826980_000002.

Vous aimez l’art contemporain et ses discours ronflants ? Kader Attia est votre homme! Avec son exposition « Les racines poussent aussi dans le béton » au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC VAL de Vitry-sur-Seine), le fils prodigue des ZEP vend ses œuvres à prix d’or en prétendant combattre « toutes les formes de domination, d’oppression et de colonisation». Quelle pensée complexe!


Dès que j’ai vu les images envoyées par un des amis qui me signalent régulièrement les expos d’art dit contemporain les plus croquignoles du mois, ça m’a fait saliver en pensant à la réjouissante friandise pétillante d’imbécillité textuelle qui devait immanquablement accompagner ces œuvres grossièrement  métaphoriques (sur la première image jointe, on voit les idées, symbolisées par des feuilles de papier froissé, stoppées net dans leur envol par une clôture grillagée symbolisant tous les enfermements et les oppressions….)

L’esthétique gaucho-duchampiste d’Etat

Je n’ai pas été déçue en effet par le texte attenant, et je vous place le lien vers cette pièce d’anthologie de la délirante sur-intellectualisation de l’emballage verbeux conçu pour  un art dit contemporain proche du naufrage final dans un océan de ridicule et de tourbillonnante crétinade…

Kader Attia, On n emprisonne pas les idées, 2018. vue expo Les racines poussent aussi dans le béton, MAC VAL. Photo : Aurélien Mole.j
Kader Attia, On n emprisonne pas les idées, 2018. vue expo Les racines poussent aussi dans le béton, MAC VAL. Photo : Aurélien Mole.

Ainsi, Kader Attia, fils prodigue des Zones d’éducation prioritaire (ZEP), y est de retour.  Ce pur produit (tel Mehdi Meklat alias Marcelin Deschamps) de l’esthétique gaucho-duchampiste  d’Etat et de sa repentance envers le Maghreb, et  qui a reçu pour cela et comme il convient le Prix ADIAF-Marcel Duchamp en 2016, côtoie-t-il  aujourd’hui les collectionneurs milliardaires et les plus hautes autorités artistiques  de ce monde, et expose-t-il  donc au MAC VAL , lieu exemplaire pour le  rapprochement  d’un art contemporain « de haut niveau » avec des populations suburbaines culturellement défavorisées.

Culture du luxe pour tous!

Il expose en ce MAC VAL, après avoir exposé au Musée d’Art contemporain de Lyon, (autre lieu d’art international visant plutôt le blaireau culturel middle-class lyonnais)… MAC Lyon, MAC VAL : deux lieux aux environnements socioculs différents, mais prouvant ainsi que le questionnement sociétal qui nourrit la « pensée artistique » d’Attia est ouvert à tous vents, complexe , ambigu, multi-directionnel, dialectique, hybride, trans-sociétal, polymorphe, passe-partout, éminemment contemporain donc et trans-national, par son absence même de contenu, comme celui de beaucoup de ces « financial artists » internationaux, qui offrent généreusement leur misère de fond aux damnés de cette terre, pour les faire accéder à la culture du luxe…

Un engagement compassionnel très lucratif

Pour se faire aussi beaucoup d’argent en partageant la lutte avec eux contre « toutes les formes de domination, d’oppression et de colonisation» et « leur résistance face aux pouvoirs », à la grande satisfaction des Pinault et des fonctionnaires de l’art, qui encaissent les plus-value à divers titres de ce très lucratif engagement compassionnel…Lequel, de surcroît , permet de blanchir les plus noirs desseins d’aliénation et d’exploitation du bon peuple, par l’onction culturelle.

Question :  pendant combien de temps encore cette insupportable grotesquerie, faite d’un mélange « complexe » de cynisme et de niaiserie, va être crédible et opératoire ? …et pendant combien de temps encore la critique d’art française va-t’elle  apporter son soutien à de telles opérations de rétrécissement mental et sensible de l’humain…au nom de l’ « humanitaire »?

ABC de l'art dit contemporain

Price: ---

0 used & new available from


L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

Price: ---

0 used & new available from