Olivier Maulin est un drôle de pistolet qui, depuis 2006, a signé dix romans picaresques dans une veine que l’on pourrait définir comme le croisement des univers de Jacques Perret et de Marcel Aymé, avec la touche rabelaisienne qui s’impose, un je-ne-sais-quoi de féodal et de déjanté qui attire une immédiate sympathie.


L’Alsacien Maulin a quelque chose de bourguignon (et donc de belge – j’aime, comme on dit sur fesse-bouc). Les éditions rue fromentin (attention à la minuscule !) du confrère Jean-Pierre Montal, lui-même auteur de deux précieux romans (Les Années Foch et Les Leçons du vertige), publient aujourd’hui son joural intime des années 1997-1999, quand Olivier Maulin, presque trentenaire, traîne encore la savate entre l’Université, où il rêve (vaguement) à une thèse d’histoire, et ce monde lusophone qu’il aime et connaît comme sa poche, Lisbonne et le Brésil.

Le jeune thésard n’a encore rien publié, si ce n’est quelques poèmes ; il prépare un roman inspiré de son service militaire à l’Elysée, Mitterrand regnante – ce qui deviendra le désopilant Petit monarque et catacombes. Bref, il incarne alors le velléitaire qui cherche sa route avec un mixte de nonchalance et de sourde inquiétude, le flâneur inadapté, le rebelle qui comprend peu à peu comment et pourquoi les autres se fondent dans le moule – et quel moule, puisque c’est l’époque des bombardements humanitaires de l’OTAN et d’une mise au pas politico-culturelle, celle des « libertaires bottés », dont il donne quelques illustrations révélatrices.

Un sacré érudit

Nulle tricherie dans ce journal intime qui nous promène de la Bibliothèque nationale aux bars interlopes de Bahia, de Strasbourg à Lisbonne, nul narcissisme non plus – juste le cheminement erratique et les angoisses du poète qui ouvre les yeux sur le monde, les gaffes de l’amoureux tour à tour comblé et éconduit. Dieux merci, Maulin n’est pas devenu sorbonnicole, mais écrivain de bonne race, d’une probité et d’une originalité qui font chaud au cœur. En plus, il aime Léautaud, ce qui est toujours bon signe. J’adore aussi deux choses chez lui : qu’il s’émeuve d’apprendre que, dans les villages reculés du Brésil, des conteurs chantent la Chanson de Roland et qu’il soit devenu royaliste le jour où il serre la main de Baudouin, le roi des Belges en visite officielle à Paris.

Enfin, Maulin est un sacré érudit, comme le prouve sa connaissance approfondie de la langue portugaise, qui, pour désigner le dernier verre (the last for the road – le coup de l’étrier), use de deux expressions : a sadeïra, celui pour sortir, et a caïdera, celui pour tomber.

Lire la suite