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Le mystère de la chambre noire

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Les divergences abyssales entre les paroles et les actes des bobos progressistes ne cessent de fasciner notre contributeur.


Enfant de communistes, formé dès la prime jeunesse aux préceptes du marxisme puis, dans ma vie professionnelle (comme enseignant en philosophie), entouré de collègues plus ou moins d’extrême gauche, on peut dire que la palette des idées révolutionnaires m’est familière. J’ai très tôt trouvé ces audaces fallacieuses sur le plan intellectuel et politiquement dangereuses, mais enfin, j’ai aussi constaté que certains de leurs défenseurs ne manquaient pas de cohérence ni d’arguments. J’ai encore remarqué qu’on pouvait convoquer des arguments et enrégimenter la raison pour dire n’importe quoi, mais ce n’est pas mon sujet ici[1].

L’intimité moralo-intellectuelle des « bobos » et ses secrets

Ce qui m’intéresse – que dis-je ? ce qui me fascine ! – c’est plutôt le positionnement intellectuel et existentiel que l’on qualifie habituellement de « bobo », et qui se caractérise par un étonnant strabisme politico-comportemental : divergence entre des « valeurs » revendiquées et des modes de vie concrets.

Sans prétendre faire œuvre de sociologie ni de psychologie, j’observe depuis longtemps les tergiversations et circonlocutions de mes fréquentations de gauche, dans le cerveau desquels une armée de diplomates tentent d’accorder les fameuses « valeurs de gauche » avec les exigences et les intérêts du quotidien. Je vois d’habiles ingénieurs rétablir en permanence les déséquilibres, prévenir les courts-circuits et les « erreurs 404 ».

J’appelle mon objet d’étude « la chambre noire » pour confesser que, aujourd’hui encore, je n’ai pas fait toute la lumière sur ce théâtre secret. Pour m’aider dans mon enquête – qui prendra ici la forme d’un questionnaire – je te demande, lecteur, d’endosser le rôle d’un de ces « bourgeois-bohème » et de me permettre de te tutoyer. Ainsi, je serai plus à mon aise.

Premières perplexités et début du questionnaire

Toi qui fis de brillantes études pour mieux « casser les préjugés », comment peux-tu colporter autant d’idées reçues sur la droite, sur les aspirations des électeurs de droite, sur leur moralité, leur probité, leur droiture ou leur niveau d’information ? Tu luttes contre l’obscurantisme et t’imagines héritier des Lumières, mais tu te comportes en prêtre et refuses d’argumenter (avec la sincérité requise) contre tes adversaires. Car ils sentent mauvais, dis-tu. Ta pensée se résume à l’olfaction dès qu’on parle d’un sujet qui fâche.

Toi qui étais fort en math, d’où vient cette myopie qui t’empêche désormais de considérer les chiffres (de l’immigration, du déficit public, de la fécondité, de la délinquance…) ? Les statistiques, pourtant, ne seraient-elles pas une arme utile dans ta bataille « contre les stéréotypes » ?

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Tu veux émanciper les peuples, mais il va leur falloir marcher dans le bon sens. Tu veux libérer les esprits, mais tu bourres des crânes (à l’école, par exemple, devenue un gavage industriel d’idées progressistes). Tu es pour la liberté d’expression, mais surtout quand elle s’exprime bien. Pour la démocratie, mais pas si le démos se trompe. Pour le droit de tous les peuples du monde à l’identité culturelle, mais pas pour les Occidentaux, les Européens ou les Français – car défendre l’identité française, c’est rance…

Tu voudrais sauver l’humanité des régimes autoritaires, sans comprendre qu’ils sont historiquement des réactions aux audaces « progressistes » [2]. Tu imagines ériger des barricades contre le trumpisme, le lepénisme et autres modalités du « fascisme » (pourquoi s’embarrasser de subtilités ?), comme s’il s’agissait de simples pestilences émergeant spontanément. En réalité, c’est l’hégémonie culturelle et intellectuelle de la gauche (et ses conséquences) qui irrite le corps social. Tu rêves d’être Hercule coupant les têtes de l’Hydre fasciste, mais elles sont souvent la conséquence de ton activisme ; toi, le pompier pyromane, dont le feu justifie l’existence. Comme Lucky Luke tirant sur son ombre, tu confonds l’action et la réaction, la cause et l’effet.

Rente symbolique et gauche ontologique

Tu justifies « ta » gauche en t’accordant de la profondeur historique et en te rapportant au passé comme le gérant d’un héritage. Le dreysfusisme, la Résistance et l’abolition de la peine de mort sont à cet égard des sortes de rentes. Et toi, gestionnaire de ce capital symbolique, tu sais le faire fructifier en capitaliste avisé. Il permet par exemple de réfuter un adversaire à bon compte. Surtout, il t’assure un statut socio-symbolique de haut rang, car tes ancêtres sont nobles.

En vertu de cette généalogie, tu es homme-de-gauche ou femme-de-gauche. A t’entendre, c’est une question ontologique et tu n’y es pour rien. Mais par ailleurs, tu prétends être libre et ne jure que par l’émancipation – vis-à-vis du passé, qui est dépassé quand cela t’arrange.

Bref, tu es incohérent intellectuellement, moralement et existentiellement. J’aimerais savoir comment tu le vis, comment tu parviens à te le cacher, comment se dressent les cloisons dans ton cerveau. Explique-moi qui tu es. Voici ce que je dirai, en première approximation, avec les éléments dont je dispose.

Risquons quelques hypothèses

Tu sembles xénophobe, puisque tu édifies partout autour de toi et de tes proches des petits murs, des frontières invisibles et des zones tampons, pour éviter trop de contacts avec les étrangers. Disons que tu aimes les Tatars dans les livres, les mythes et les discours. Tu habites dans un quartier bourgeois, car tu ne veux pas te mélanger à la populace. Ou bien tu résides dans un secteur bohème, mais à l’écart de l’agitation grâce à la grille de ta résidence.

Tu mets tes enfants dans une école privée, car il y a trop d’immigrés dans le public. C’est faux ? Alors pour quelle autre raison ? Parce que tu es catholique ? Mais non, tu pestes régulièrement contre l’Eglise, son obscurantisme, ses prêtres pédophiles et son Pape réactionnaire. Parce que c’est plus pratique ? Regarde mieux la carte. Parce que tes enfants veulent apprendre le russe en « LV2 » ? Sois honnête. Parce que le public « manque de moyens » ? Examine mieux le budget de l’Education nationale et l’évolution des effectifs.

Progressiste dans le Monde des Idées, tu es conservateur prudent ici-bas. Prêt à toutes les expérimentations sociales en général, pourvu que ta famille reste stable, qu’il y ait de la dinde à Noël et des cloches de Pâques. Tu ressembles trait pour trait à ce que tu appelles « un connard de droite ». Pardon de t’insulter, mais regarde les choses en face.

Comme un « connard de droite », tu pleures devant ta feuille d’impôt, tu payes au black ta femme de ménage et les cours particuliers des gamins, tu oublies de déclarer ceci ou cela. En théorie, je sais, tu es pour l’Etat Providence – pas comme les droitistes susmentionnés qui veulent le détricoter. Mais qui doit le financer ? Les riches ? Mais c’est toi qui es riche. Ta taxe foncière en atteste.

Liste des incohérences, suite

Continuons. Tu adores polluer, consommer, gâcher. Tu n’envisages pas des vacances sans voiture ou sans avion, ni un repas sans viande. Tu jettes toutes les semaines une partie de ton frigo parce que tu as eu la flemme de regarder les dates de péremption ou parce que tu as trop de plaisir à le remplir à nouveau. Idem pour la penderie, les sacs-à-main à peine usés, les baskets démodées, etc. Je ne te jette pas la pierre (sauf sur le gâchis), mais dispense-nous de tes leçons de morale écolo. Il est vrai que tu fais un compost et tu achètes bio ; la nature te remercie.

Que reste-t-il ? Ah oui, tu aimes le pouvoir et l’autorité. Non, je ne confonds pas. Officiellement, je sais, tu es un directeur, cadre ou responsable d’équipe cool, qui tutoies tout le monde et troque costume-cravate contre T-shirt-sneakers. Tu es pour la démocratie d’entreprise, voire l’autogestion. Dans la réalité, tu fais pression pour que tes subordonnés soient à ton service le soir et le week-end ; le copinage avec « l’équipe » n’est qu’un moyen de faire sur-travailler tout le monde.

« Problemos » de Éric Judor, 2017 Albertine Productions.

Tu aimes bien être servi, d’ailleurs. C’est humain. Des petites fourmis s’agitent autour de toi – Uber, UberEats, la gardienne de l’immeuble, les gars de la sécu, etc. Je sais que tu es pour l’émancipation du prolétariat, mais en attendant, il te rend bien service.

Bonus sur les champions de la tolérance

Au moins, tu es féministe – on ne peut pas te retirer ça. Si, en fait. Dans les dîners mondains, tu n’écoutes qu’à moitié les femmes, trop pressé de reprendre la parole. Le soir, pendant que tu rêves d’égalité, tu ne vois pas ta compagne signer les mots de la maîtresse, penser au goûter du petit et envoyer un texto à ta propre mère – car c’était son anniversaire. Si tu as une ouverture avec une jeune collègue, tu te laisses tenter ; mais si ta femme te trompe, ce n’est pas tout à fait pareil. Bref, la femme est l’avenir de l’homme, mais pour l’instant, on verra plus tard.

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Tu apprécies les marginaux, les saltimbanques et tous ceux qui « ne rentrent pas dans le moule du système ». Cela ne t’empêche pas d’espérer un gendre idéal pour ta fille. A tes heures, tu es champion toutes catégories de la lutte contre « l’islamophobie », mais il ne faudrait pas qu’il soit trop musulman, ce gendre idéal – et encore moins qu’il veuille imposer le voile à ton rejeton.

La police est dangereuse, car tu te souviens des chemises brunes et du bruit des bottes. Face à la répression militaro-policière, tu clames « ¡No pasarán! ». Mais si ton voisin fait du tapage nocturne, la même police devient la fée du Bois dormant.

La sombre bêtise des têtes intelligentes

Tu es diplômé et intelligent. Productif, efficient, prévoyant – je parle de tes affaires privées, pas du futur de ta civilisation. Ta culture est telle que tu triomphes aisément, avec un peu de rhétorique, des débats avec le beau-frère – celui de province, qui vote à droite. L’autre jour, tu lui as bien cloué le bec. Il confondait « immigrés » et « étrangers » ! On a bien ri.

Mais, dis-moi, avec toute cette intelligence et cette rationalité, comment expliques-tu ton propre comportement ? Et ton vote ? Est-ce que ça ne serait pas pour te faire pardonner quelque chose, ce vote à gauche ? Car la gauche, c’est bien ; tandis que la droite, c’est mal, n’est-ce pas ? A droite, on est soit bête, soit méchant. Ou égoïste – merci pour cette ultime alternative. Et toi, tu es quelqu’un de bien, puisque tu votes à gauche. Utile à ton pays, puisque tu critiques la droite.

Comment expliques-tu qu’avec une telle intelligence, tu en sois réduit à des considérations si frustres ? Une vision du monde si dichotomique, toi qui es si subtil… Une morale si infantile, toi qui es si responsable ? Tu ne l’expliques pas ? Essaye encore. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour nous, pour ton pays, pour notre avenir.

Pourquoi les intellectuels se trompent

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[1] Voir Samuel Fitroussi, Pourquoi les intellectuels se trompent, Paris, L’Observatoire, 2025.

[2] Vincent Citot, « Action et réaction : une loi de la physique sociale » [titre originaire], Le Point.fr, 21 mars 2025.

De « Lacombe Lucien » aux « Rayons et les Ombres »: comment filmer la compromission

Il y a dans le cinéma français une tentation presque irrépressible: revenir à l’Histoire comme on revient sur une scène de crime – mais une scène déjà bien balisée, déjà commentée, déjà neutralisée. La sortie de Les Rayons et les Ombres s’inscrit pleinement dans ce mouvement.


Xavier Giannoli, cinéaste du romanesque et de la dissection sociale, s’attaque dans son film à la période de l’Occupation avec une ambition manifeste : embrasser la complexité morale d’une époque sans céder ni à l’héroïsation facile ni à la condamnation sommaire. La réception critique, dans la presse généraliste comme dans les revues cinéphiles, a largement salué cette ampleur, cette volonté de faire œuvre de mémoire sans didactisme pesant, en mettant en scène des personnages pris dans des logiques de pouvoir, de séduction et d’aveuglement plutôt que dans des schémas moraux simplistes[1]. Le film déploie ainsi une mécanique où la compromission ne naît pas d’un choix brutal mais d’une série de glissements. Ce qui frappe, ce n’est pas tant la faute que son processus : une lente acclimatation au pire, un ajustement progressif à un monde où les repères se déplacent.

« Comprendre n’est pas excuser »

Ce geste s’inscrit dans une tradition désormais bien installée : celle d’un cinéma qui cherche à comprendre avant de juger, à exposer les déterminismes sociaux et psychologiques plutôt qu’à isoler des figures de coupables. Il correspond à une époque qui se méfie des verdicts trop nets et préfère interroger les zones grises de l’Histoire. Mais c’est précisément dans cette zone grise que le parallèle avec Lacombe Lucien devient éclairant. Le film de Louis Malle, coécrit avec Patrick Modiano, ne procède pas de la même manière. Il ne cherche pas à reconstituer un système ni à en démontrer les rouages. Il se concentre sur une figure presque opaque, un adolescent sans qualité particulière, dont l’adhésion à la Milice semble à la fois arbitraire et inéluctable. Là où Giannoli déploie, Malle retranche. Là où le premier contextualise, le second isole. Et de cette isolation naît un malaise d’une autre nature: non pas celui de la compréhension, mais celui de la proximité.

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Mais il faut se souvenir d’une chose que notre époque tend à lisser : Lacombe Lucien n’a pas été accueilli comme une œuvre « subtile » ou « nuancée ». Il a fait scandale. À sa sortie en 1974, le film déclenche une véritable levée de boucliers, aussi bien à gauche qu’à droite. On lui reproche d’avoir osé montrer un collaborateur sans idéologie, un garçon ordinaire qui bascule presque par hasard, et non par conviction politique. Cette représentation heurte de plein fouet le récit dominant d’une France largement résistante. Le film est accusé de banaliser le mal, voire de légitimer un collabo, certains y voyant une œuvre dangereuse parce qu’elle refuse précisément de juger son personnage. Dans une France encore travaillée par le mythe gaulliste d’un pays unanimement dressé contre l’occupant, Malle introduit une faille insupportable: celle d’une compromission possible, ordinaire, presque contingente. Ce n’est pas tant ce que montre le film qui choque, que ce qu’il retire au spectateur: la possibilité confortable de croire que le mal appartient toujours aux autres.

Trop sérieux !

En regard, Les Rayons et les Ombres apparaît comme un film profondément contemporain, non seulement par ses moyens ou son écriture, mais par sa position éthique. Il ne s’agit pas de dire qu’il édulcore ou qu’il absout ; au contraire, il met en scène la faute avec sérieux. Mais il l’inscrit dans un cadre interprétatif qui en organise la lecture. Le spectateur est accompagné, guidé à travers les méandres de la compromission. Cette médiation est sans doute ce qui permet aujourd’hui à ce type de récit d’être largement accepté, voire célébré: il offre une complexité lisible, une ambiguïté maîtrisée.

Pierre Blaise. DR

C’est là que se dessine une évolution plus large du cinéma. Celui des années 1970, dans le sillage de Malle, pouvait encore se permettre une forme de brutalité morale, une sécheresse qui laissait le spectateur face à une énigme. Le cinéma actuel, lui, semble devoir négocier en permanence avec une attente de clarification. Même lorsqu’il revendique l’ambiguïté, il la structure, il la rend intelligible. Cette différence ne tient pas seulement aux auteurs, mais à un climat intellectuel où la représentation du passé est devenue un terrain sensible, traversé par des exigences contradictoires: ne pas simplifier, mais ne pas troubler au point de désorienter complètement.

Il serait tentant de voir dans cette évolution une victoire de la bien-pensance, mais ce serait aller trop vite. Le film de Giannoli ne relève pas d’une morale militante ; il cherche plutôt un équilibre, une position tenable entre jugement et compréhension. Pourtant, cette recherche d’équilibre produit un effet particulier : elle tend à refermer ce que Lacombe Lucien laissait béant. Là où Malle exposait une faille, Giannoli construit un dispositif. Là où l’ancien film laissait persister une inquiétude sans résolution, le nouveau propose une intelligibilité.

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Mettre ces deux œuvres en miroir, ce n’est donc pas opposer un « bon » et un « mauvais » cinéma, mais interroger ce que notre époque attend de la représentation du passé. Nous voulons des récits qui éclairent sans accabler, qui complexifient sans perdre, qui montrent la faute sans nous y exposer trop directement. En ce sens, Les Rayons et les Ombres est peut-être moins un film sur l’Occupation qu’un film sur notre manière contemporaine de regarder cette période. Et c’est là, paradoxalement, qu’il rejoint Lacombe Lucien : non pas dans sa forme, mais dans sa capacité à révéler, en creux, quelque chose de nous-mêmes.

Entre la faille ouverte par Malle et le dispositif construit par Giannoli, c’est toute une évolution du regard qui se dessine – et, avec elle, une question plus inconfortable qu’il n’y paraît: à force de vouloir comprendre la compromission, n’avons-nous pas fini par la rendre supportable?

https://www.youtube.com/watch?v=f3z46ECvYsk

[1] Lire dans le magazine la critique du film de Jean Chauvet

Gaza, le Liban et la guerre révélée

L’armée israélienne a encore mené, dans la nuit de mardi à mercredi, des frappes aériennes visant notamment des positions du Hezbollah à Beyrouth ainsi que dans le sud du Liban, à Saïda. Selon les autorités israéliennes, ces opérations ciblaient plusieurs sites stratégiques du groupe armé, proxy iranien bien connu. D’après le gouvernement libanais, ces bombardements ont fait au moins douze morts et 41 blessés. Malgré l’émotion, il faut voir au-delà de ces drames, analyse Charles Rojzman.


Ils ont regardé Gaza comme on regarde une plaie ouverte : avec horreur, avec fascination, avec cette mauvaise conscience qui tient lieu aujourd’hui de pensée. Ils ont regardé les ruines, les immeubles éventrés, les enfants extraits de la poussière comme des statues brisées, et ils ont cru voir là le cœur du monde. Mais Gaza n’était pas le cœur. Elle était le théâtre.

Un théâtre de pierres et de sang, offert à la liturgie morale d’un Occident qui ne croit plus en rien sinon à la sainteté de la victime, et qui confond désormais la vérité avec l’émotion. Car pendant que leurs regards se fixaient sur ce rectangle de misère, pendant que leurs consciences s’y agenouillaient, la guerre, la vraie, poursuivait ailleurs son travail lent, obscur, patient. À Téhéran.

L’empire invisible

Téhéran n’est pas seulement une capitale. C’est une volonté. Une volonté longue, enracinée, nourrie d’humiliation et de revanche, portée par une foi politique qui ne sépare pas le sacré du pouvoir. Depuis plus de quarante ans, la République islamique avance comme avancent les empires anciens : sans bruit inutile, sans gestes spectaculaires, avec la patience de ceux qui savent que le temps travaille pour eux.

Elle n’a pas cherché la guerre frontale. Elle l’aurait perdue. Elle a inventé autre chose. Une guerre sans visage. Une guerre sans centre. Une guerre disséminée.

L’anneau de feu

Au Liban, le Hezbollah s’est imposé — non pas comme une milice, mais comme une armée clandestine devenue puissance, disciplinée, fanatique, équipée comme un État, tournée vers un seul horizon : la destruction. À Gaza, le Hamas — plus fragile, mais infiniment plus utile. Car Gaza n’est pas seulement un territoire : c’est une image. Une image qui circule, qui accuse, qui condamne. Et puis, plus loin, les milices irakiennes, les relais syriens, les Houthis. Une constellation de forces, dispersées en apparence, unifiées en profondeur. Ils ont appelé cela « l’axe de la résistance ». C’est un mot pauvre. C’est un encerclement.

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La guerre sans nom

Ce qui s’est construit là ne correspond à rien de connu. Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas la paix. C’est une guerre sans nom. Israël frappe en Syrie. Le Hezbollah répond. Le Hamas embrase Gaza.
Des milices attaquent ailleurs. Chaque événement semble isolé. Rien ne l’est. Une cohérence existe, mais elle ne se donne pas à voir. Elle agit dans la durée, dans la répétition, dans l’usure. Il ne s’agit pas de vaincre. Il s’agit d’épuiser.

Le moment de la déchirure

Mais les guerres invisibles ne le restent jamais. Il vient un moment où l’ombre se fissure. Ce moment est là. Les frappes deviennent plus directes. Les ripostes moins dissimulées. Les lignes apparaissent. L’Iran ne se contente plus d’agir par relais. Il apparaît. Et avec lui, la réalité d’un affrontement ouvert.

Gaza ou la religion occidentale

Et pourtant, ils continuent de regarder Gaza. Toujours Gaza. Comme si tout se jouait là. Comme si le reste n’existait pas. Car Gaza correspond à ce qu’ils sont devenus incapables de dépasser. Ils ont fait de la victime leur dernière croyance. Non pas une réalité humaine tragique — mais une figure sacrée. Celui qui souffre a raison. Celui qui frappe a tort. Le monde se simplifie. Le réel disparaît. Gaza leur donne ce qu’ils cherchent : de la souffrance visible, immédiate, incontestable. Mais cette visibilité les aveugle. Car ce qu’ils regardent n’est pas le centre. C’est la scène.

Le Liban ou l’attente de la catastrophe

Au nord, le Liban tient. Ou plutôt, il ne tient plus vraiment. Il attend. Le Hezbollah y est installé comme une force en veille, prête à transformer la guerre diffuse en guerre totale. Chaque échange de tirs contient une promesse d’embrasement. Le Liban n’est plus un pays. C’est une fracture.

Au-delà de Téhéran

Mais même Téhéran ne suffit pas à comprendre. Car derrière l’Iran, d’autres avancent. La Russie, avec sa brutalité froide, son art de désorganiser, de fragmenter, de maintenir le chaos utile. La Chine, plus silencieuse encore, plus patiente, qui ne frappe pas mais s’installe, qui ne détruit pas mais remplace, qui prépare un monde où l’Occident ne serait plus qu’un souvenir. La Russie affaiblit. La Chine redessine. L’Iran agite. Ce n’est pas une alliance. C’est une convergence. Et cela suffit.

Le miroir

Alors le miroir de Téhéran apparaît. Et ce qu’il reflète n’est pas seulement une guerre. C’est une cécité. Ils voient des victimes. Ils ne voient pas les stratégies. Ils voient des ruines. Ils ne voient pas les structures. Ils voient Gaza. Ils ne voient pas Téhéran. Et derrière Téhéran, ils ne voient rien encore. Car ce qui s’avance n’a pas encore de nom clair. Un monde plus dur.
Moins lisible. Moins moral. Un monde où leur langage ne suffit plus. Et c’est peut-être cela qui se joue, au fond. Non pas seulement une guerre. Mais la fin d’un regard. La fin d’un monde qui croyait encore comprendre ce qu’il regardait.

Joue-la comme Vilas!

Monsieur Nostalgie nous conseille d’aller faire un tour en Italie dans les années 1980 en compagnie d’un ex-joueur de tennis professionnel fragile et de son jeune élève besogneux pour une série de défaites qui sont autant de victoires personnelles. Il Maestro d’Andrea Di Stefano est une balle de tennis indécise comme la vie, à cheval sur le filet. Où tombera-t-on ? Du bon ou du mauvais côté du terrain ?


Raul Gatti (Pierfrancesco Favino) est un ancien pro crédible, puissant et à bout de nerf. Fanfaron et apeuré. Caricatural et tendre. Il porte un haut de survêtement en velours de la marque Fila largement ouvert sur un poitrail nu et velu, un short court et des lunettes de soleil de type aviateur. Il roule dans une Jaguar qui ne lui appartient pas. Il s’endort dans les tribunes quand les balles sont trop hautes. Il déteste l’immobilisme de la ligne de fond de court et les lobs soporifiques. Il drague à tout-va, au bar de l’hôtel ou au camping. Il a l’endurance d’un James Hunt au lit et la désinvolture racée d’un Vitas Gerulaitis sans le palmarès, ni l’argent des deux. Il est sous traitement médicamenteux. Hautement explosif. Il sort de clinique. Il va mal.

Il tente d’oublier son passé en souriant obstinément à la vie devant une glace. Cet homme-là souffre. Il aurait atteint les huitièmes de finale au tournoi de Rome, il y a quelques années déjà. Felice (Tiziano Menichelli), treize ans, vit avec sa famille dans une HLM, son père ingénieur en télécoms se saigne pour qu’il devienne joueur professionnel, il donne des cours de mathématiques aux enfants de l’immeuble et répare du petit électroménager, sa grande sœur le déteste car l’argent du ménage passe dans une utopique carrière et sa mère pleure comme toutes les mères italiennes. Felice a-t-il le potentiel de devenir un grand ?

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À l’âge des premiers émois, il s’entraîne comme un forcené, mécaniquement, studieusement, laborieusement. Les filles ne l’intéressent pas. Il s’applique une discipline de fer sans goût, ni déplaisir. Il récite à la perfection un tennis défensif, ennuyeux et efficace. Il suit même un régime alimentaire et des règles martiales qui lui ouvrent les portes des tournois nationaux. Son père est aux anges, sa sœur l’insulte et sa mère pleure de joie ou de peine, on ne sait jamais vraiment. Pour passer le cap et progresser, le père aimant et tortionnaire comme tous les pères d’hypothétiques champions fait appel à un Raul Gatti sur la touche, miné par les fantômes de sa jeunesse. Cet ancien pro, à l’humeur changeante, passant du playboy latin au neurasthénique suicidaire sera le tuteur et l’entraîneur du jeune garçon durant un été orageux. Ce vieux beau cabossé et charmeur aimerait avoir l’audace d’être un autre. Il se rêve en Guillermo Vilas, poète incompris et bambocheur notoire. Il professe un tennis offensif, un tennis jouissif, un tennis de gosses de riches qui n’ont pas peur de monter à la volée pour conclure un point. Un tennis champagne qui ne cadre plus vraiment avec ses terreurs nocturnes. Le tennis est ici un prétexte, un décor de vacances, une atmosphère d’époque, celle des années 1980, l’engouement populaire pour un sport longtemps pratiqué par une élite, sa démocratisation accélérée, sa médiatisation et les rêves d’ascenseur social pour les classes moyennes. Le tennis est ici le miroir d’une société qui cherche une voie, une lumière, une accalmie, une idole, une échappatoire.

On retrouve la flambe et la dramaturgie des années 1980, le vieux monde est en train de mourir, les idéaux sont absents des conversations, le fric a pris possession des derniers espaces de liberté, le factice l’emportera sur la sincérité, la sensualité jette son dernier coup de rein, le feu d’artifice est triste. Déjà, la raideur morale et la réussite matérielle sont en marche. Plus rien ne les arrêtera. « Il maestro » a le charme ébréché des contes d’été sans la lenteur de Rohmer. Les filles sont belles comme des promesses d’avenir, la musique dansante panse les blessures et les Hommes, malgré le poids de leurs errances, continuent d’avancer. Cette comédie amère sur l’entraide entre un enfant en devenir et un adulte à la dérive n’est pas révolutionnaire, elle est mieux que ça, elle est juste. On suit la déambulation de ces deux-là sur la bande étroite de leur destin. Et puis, dans un couloir d’hôpital, on croise le regard d’Edwige Fenech. Alors, on sourit à la vie.

2h05


Que vaut la parole d’un socialiste?

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A l’exception notable de « Gabegie le Magnifique » – Emmanuel Grégoire – à Paris, qui pense pouvoir l’emporter face à Rachida Dati sans l’aide de LFI, et malgré les grandiloquentes déclarations de premier tour fustigeant les allusions soi-disant antisémites du parti de Jean-Luc Mélenchon, la gauche pactise dans de nombreuses villes avec le parti pestiféré afin de conserver des places. Plutôt honteux… Face à l’enjeu civilisationnel qu’il perçoit dans ces municipales, notre chroniqueur ne voit d’issue possible que dans un sursaut des abstentionnistes.


La gauche s’allie et se salit. Son engagement solennel à ne pas rejoindre la France Insoumise et ses vitupérations judéophobes n’aura duré que quelques jours. En fait, les socialistes amoraux sont semblables aux multi-délinquants: leur sentiment d’impunité explique leur récidive dans leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon et son projet d’une « nouvelle France » islamisée et anti-occidentale.

Celui qui a trompé une fois recommencera !

Cette énième trahison de prétendus « humanistes » ajoute au dégoût que les Français disent ressentir, dans les sondages, devant les cuisines politicardes des donneurs de leçons. Mais cette fois, la caution apportée par les « progressistes » en déroute à la France « créolisée » bouleverse les enjeux du second tour des municipales. Les intérêts ne sont plus seulement locaux. Ils deviennent civilisationnels. A Nantes, par exemple, une victoire de la maire PS Johanna Rolland, ralliée à LFI (comme bien d’autres) pour tenter de contrer la percée à droite de Foulques Chombart de Lauwe, précipiterait définitivement la Cité des Ducs de Bretagne dans le grand remplacement conflictuel recherché par Mélenchon, qui se présente comme « Maghrébin français ».

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A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko (LFI) a été élu dès le premier tour dans ce qu’il appelle la ville « des rois de France et du peuple vivant ». Il explique :« Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Les populations historiques sont celles de l’immigration récente. Ses supporters ont scandé, à son élection : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Dans la basilique qui voisine la mairie, le gisant de Charles Martel, qui repoussa les Sarrasins à Poitiers en 732, est à portée de main de possibles revanchards.

Contexte tendu

La France française est en légitime défense. Dans ce contexte tendu, puisse le parti des abstentionnistes, premier parti de France, redescendre de son Aventin ! La fracturation de la nation est un processus qui peut encore être stoppé si les citoyens, fâchés avec la démocratie bloquée, le décident. Ceux qui, majoritairement, réclament un référendum sur l’immigration de masse ont l’occasion dès à présent de résister au projet remplaciste conçu par Mélenchon, qui n’est fort que de la lâcheté de la gauche socialiste d’Olivier Faure et de la déroute des Républicains de Bruno Retailleau. Ce dernier a poussé Sarah Knafo (Reconquête) à se retirer, mardi soir, de la course parisienne sans avoir obtenu d’accord avec Rachida Dati. Parallèlement, Retailleau a encouragé Martine Vassal (LR) à se maintenir à Marseille pour entraver la dynamique de Franck Allisio (RN). Ce faisant, il a achevé de décrédibiliser son mouvement comme force de résistance et d’alternance.

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De surcroit le patron LR a confirmé, dans sa soumission à la droite molle, une faiblesse de caractère l’empêchant de rompre avec ceux de son groupe qui persistent à diaboliser, par réflexe de classe, la droite populaire. Ceci sous les encouragements de la gauche sans vergogne qui se précipite, elle, dans les bras de la 5e colonne islamo-gauchiste.

Une victoire d’Éric Ciotti à Nice, issue probable ce dimanche, serait le couronnement de sa stratégie d’union des droites refusée par LR. Dès lors, l’histoire se ferait sans eux.

La révolution des oubliés

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Nucléaire or not nucléaire: das ist nicht mehr la question!

La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.


En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.

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Politique énergétique dogmatique

Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.    

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Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.

Avenir radieux

L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.

Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA

Egarements

Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.

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Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.

Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…           

Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Municipales: bienvenue dans la République des intouchables

La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.

Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »

On n’est plus d’accord pour s’engueuler

Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.

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Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.

Chacun dans sa bulle

La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio

Pourquoi le RN n’a pas (encore) transformé l’essai aux municipales

Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.


Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.

Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?

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Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.

Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement

La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.

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La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.

Le barrage républicain reste actif

Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.

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La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.

Une vie politique prise dans une tenaille

La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.

Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.

Quand les médias se prosternent devant les mollahs

La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…


Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.

Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.

“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.

Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !

Si malins…

Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout  dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.

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“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.

Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau :  “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !

Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère

Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.

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Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.

Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.

La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.

Identité de genre, la nouvelle valeur européenne obligatoire

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Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…


La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?

Question réthorique, votre honneur, car la jurisprudence de la Cour du Luxembourg ne fait plus aucun doute. En vertu du droit européen, la Bulgarie est obligée de reconnaitre la filiation de l’enfant de deux femmes né en Espagne et la Roumanie celle d’un de ses citoyens qui a effectué une transition de genre au Royaume-Uni même après le Brexit. La Hongrie est censée inscrire un réfugié iranien sous le sexe qu’il prétend avoir et la SNCF française est priée de ne plus utiliser « Monsieur, madame » dans ses formulaires d’achat de billets de train. La Pologne est désormais sommée de se plier au mariage homosexuel et, depuis le 12 mars, la Bulgarie doit admettre le nouveau genre d’un de ces ressortissants qui a entamé une transition en Italie et ce, même si la Cour Constitutionnelle bulgare ne reconnaît que le sexe biologique.

La Hongrie mauvais élève

Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.

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La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire,  elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.

Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !

Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.

Pas pressés

Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.

Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke. 

Le mystère de la chambre noire

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Les divergences abyssales entre les paroles et les actes des bobos progressistes ne cessent de fasciner notre contributeur.


Enfant de communistes, formé dès la prime jeunesse aux préceptes du marxisme puis, dans ma vie professionnelle (comme enseignant en philosophie), entouré de collègues plus ou moins d’extrême gauche, on peut dire que la palette des idées révolutionnaires m’est familière. J’ai très tôt trouvé ces audaces fallacieuses sur le plan intellectuel et politiquement dangereuses, mais enfin, j’ai aussi constaté que certains de leurs défenseurs ne manquaient pas de cohérence ni d’arguments. J’ai encore remarqué qu’on pouvait convoquer des arguments et enrégimenter la raison pour dire n’importe quoi, mais ce n’est pas mon sujet ici[1].

L’intimité moralo-intellectuelle des « bobos » et ses secrets

Ce qui m’intéresse – que dis-je ? ce qui me fascine ! – c’est plutôt le positionnement intellectuel et existentiel que l’on qualifie habituellement de « bobo », et qui se caractérise par un étonnant strabisme politico-comportemental : divergence entre des « valeurs » revendiquées et des modes de vie concrets.

Sans prétendre faire œuvre de sociologie ni de psychologie, j’observe depuis longtemps les tergiversations et circonlocutions de mes fréquentations de gauche, dans le cerveau desquels une armée de diplomates tentent d’accorder les fameuses « valeurs de gauche » avec les exigences et les intérêts du quotidien. Je vois d’habiles ingénieurs rétablir en permanence les déséquilibres, prévenir les courts-circuits et les « erreurs 404 ».

J’appelle mon objet d’étude « la chambre noire » pour confesser que, aujourd’hui encore, je n’ai pas fait toute la lumière sur ce théâtre secret. Pour m’aider dans mon enquête – qui prendra ici la forme d’un questionnaire – je te demande, lecteur, d’endosser le rôle d’un de ces « bourgeois-bohème » et de me permettre de te tutoyer. Ainsi, je serai plus à mon aise.

Premières perplexités et début du questionnaire

Toi qui fis de brillantes études pour mieux « casser les préjugés », comment peux-tu colporter autant d’idées reçues sur la droite, sur les aspirations des électeurs de droite, sur leur moralité, leur probité, leur droiture ou leur niveau d’information ? Tu luttes contre l’obscurantisme et t’imagines héritier des Lumières, mais tu te comportes en prêtre et refuses d’argumenter (avec la sincérité requise) contre tes adversaires. Car ils sentent mauvais, dis-tu. Ta pensée se résume à l’olfaction dès qu’on parle d’un sujet qui fâche.

Toi qui étais fort en math, d’où vient cette myopie qui t’empêche désormais de considérer les chiffres (de l’immigration, du déficit public, de la fécondité, de la délinquance…) ? Les statistiques, pourtant, ne seraient-elles pas une arme utile dans ta bataille « contre les stéréotypes » ?

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Tu veux émanciper les peuples, mais il va leur falloir marcher dans le bon sens. Tu veux libérer les esprits, mais tu bourres des crânes (à l’école, par exemple, devenue un gavage industriel d’idées progressistes). Tu es pour la liberté d’expression, mais surtout quand elle s’exprime bien. Pour la démocratie, mais pas si le démos se trompe. Pour le droit de tous les peuples du monde à l’identité culturelle, mais pas pour les Occidentaux, les Européens ou les Français – car défendre l’identité française, c’est rance…

Tu voudrais sauver l’humanité des régimes autoritaires, sans comprendre qu’ils sont historiquement des réactions aux audaces « progressistes » [2]. Tu imagines ériger des barricades contre le trumpisme, le lepénisme et autres modalités du « fascisme » (pourquoi s’embarrasser de subtilités ?), comme s’il s’agissait de simples pestilences émergeant spontanément. En réalité, c’est l’hégémonie culturelle et intellectuelle de la gauche (et ses conséquences) qui irrite le corps social. Tu rêves d’être Hercule coupant les têtes de l’Hydre fasciste, mais elles sont souvent la conséquence de ton activisme ; toi, le pompier pyromane, dont le feu justifie l’existence. Comme Lucky Luke tirant sur son ombre, tu confonds l’action et la réaction, la cause et l’effet.

Rente symbolique et gauche ontologique

Tu justifies « ta » gauche en t’accordant de la profondeur historique et en te rapportant au passé comme le gérant d’un héritage. Le dreysfusisme, la Résistance et l’abolition de la peine de mort sont à cet égard des sortes de rentes. Et toi, gestionnaire de ce capital symbolique, tu sais le faire fructifier en capitaliste avisé. Il permet par exemple de réfuter un adversaire à bon compte. Surtout, il t’assure un statut socio-symbolique de haut rang, car tes ancêtres sont nobles.

En vertu de cette généalogie, tu es homme-de-gauche ou femme-de-gauche. A t’entendre, c’est une question ontologique et tu n’y es pour rien. Mais par ailleurs, tu prétends être libre et ne jure que par l’émancipation – vis-à-vis du passé, qui est dépassé quand cela t’arrange.

Bref, tu es incohérent intellectuellement, moralement et existentiellement. J’aimerais savoir comment tu le vis, comment tu parviens à te le cacher, comment se dressent les cloisons dans ton cerveau. Explique-moi qui tu es. Voici ce que je dirai, en première approximation, avec les éléments dont je dispose.

Risquons quelques hypothèses

Tu sembles xénophobe, puisque tu édifies partout autour de toi et de tes proches des petits murs, des frontières invisibles et des zones tampons, pour éviter trop de contacts avec les étrangers. Disons que tu aimes les Tatars dans les livres, les mythes et les discours. Tu habites dans un quartier bourgeois, car tu ne veux pas te mélanger à la populace. Ou bien tu résides dans un secteur bohème, mais à l’écart de l’agitation grâce à la grille de ta résidence.

Tu mets tes enfants dans une école privée, car il y a trop d’immigrés dans le public. C’est faux ? Alors pour quelle autre raison ? Parce que tu es catholique ? Mais non, tu pestes régulièrement contre l’Eglise, son obscurantisme, ses prêtres pédophiles et son Pape réactionnaire. Parce que c’est plus pratique ? Regarde mieux la carte. Parce que tes enfants veulent apprendre le russe en « LV2 » ? Sois honnête. Parce que le public « manque de moyens » ? Examine mieux le budget de l’Education nationale et l’évolution des effectifs.

Progressiste dans le Monde des Idées, tu es conservateur prudent ici-bas. Prêt à toutes les expérimentations sociales en général, pourvu que ta famille reste stable, qu’il y ait de la dinde à Noël et des cloches de Pâques. Tu ressembles trait pour trait à ce que tu appelles « un connard de droite ». Pardon de t’insulter, mais regarde les choses en face.

Comme un « connard de droite », tu pleures devant ta feuille d’impôt, tu payes au black ta femme de ménage et les cours particuliers des gamins, tu oublies de déclarer ceci ou cela. En théorie, je sais, tu es pour l’Etat Providence – pas comme les droitistes susmentionnés qui veulent le détricoter. Mais qui doit le financer ? Les riches ? Mais c’est toi qui es riche. Ta taxe foncière en atteste.

Liste des incohérences, suite

Continuons. Tu adores polluer, consommer, gâcher. Tu n’envisages pas des vacances sans voiture ou sans avion, ni un repas sans viande. Tu jettes toutes les semaines une partie de ton frigo parce que tu as eu la flemme de regarder les dates de péremption ou parce que tu as trop de plaisir à le remplir à nouveau. Idem pour la penderie, les sacs-à-main à peine usés, les baskets démodées, etc. Je ne te jette pas la pierre (sauf sur le gâchis), mais dispense-nous de tes leçons de morale écolo. Il est vrai que tu fais un compost et tu achètes bio ; la nature te remercie.

Que reste-t-il ? Ah oui, tu aimes le pouvoir et l’autorité. Non, je ne confonds pas. Officiellement, je sais, tu es un directeur, cadre ou responsable d’équipe cool, qui tutoies tout le monde et troque costume-cravate contre T-shirt-sneakers. Tu es pour la démocratie d’entreprise, voire l’autogestion. Dans la réalité, tu fais pression pour que tes subordonnés soient à ton service le soir et le week-end ; le copinage avec « l’équipe » n’est qu’un moyen de faire sur-travailler tout le monde.

« Problemos » de Éric Judor, 2017 Albertine Productions.

Tu aimes bien être servi, d’ailleurs. C’est humain. Des petites fourmis s’agitent autour de toi – Uber, UberEats, la gardienne de l’immeuble, les gars de la sécu, etc. Je sais que tu es pour l’émancipation du prolétariat, mais en attendant, il te rend bien service.

Bonus sur les champions de la tolérance

Au moins, tu es féministe – on ne peut pas te retirer ça. Si, en fait. Dans les dîners mondains, tu n’écoutes qu’à moitié les femmes, trop pressé de reprendre la parole. Le soir, pendant que tu rêves d’égalité, tu ne vois pas ta compagne signer les mots de la maîtresse, penser au goûter du petit et envoyer un texto à ta propre mère – car c’était son anniversaire. Si tu as une ouverture avec une jeune collègue, tu te laisses tenter ; mais si ta femme te trompe, ce n’est pas tout à fait pareil. Bref, la femme est l’avenir de l’homme, mais pour l’instant, on verra plus tard.

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Tu apprécies les marginaux, les saltimbanques et tous ceux qui « ne rentrent pas dans le moule du système ». Cela ne t’empêche pas d’espérer un gendre idéal pour ta fille. A tes heures, tu es champion toutes catégories de la lutte contre « l’islamophobie », mais il ne faudrait pas qu’il soit trop musulman, ce gendre idéal – et encore moins qu’il veuille imposer le voile à ton rejeton.

La police est dangereuse, car tu te souviens des chemises brunes et du bruit des bottes. Face à la répression militaro-policière, tu clames « ¡No pasarán! ». Mais si ton voisin fait du tapage nocturne, la même police devient la fée du Bois dormant.

La sombre bêtise des têtes intelligentes

Tu es diplômé et intelligent. Productif, efficient, prévoyant – je parle de tes affaires privées, pas du futur de ta civilisation. Ta culture est telle que tu triomphes aisément, avec un peu de rhétorique, des débats avec le beau-frère – celui de province, qui vote à droite. L’autre jour, tu lui as bien cloué le bec. Il confondait « immigrés » et « étrangers » ! On a bien ri.

Mais, dis-moi, avec toute cette intelligence et cette rationalité, comment expliques-tu ton propre comportement ? Et ton vote ? Est-ce que ça ne serait pas pour te faire pardonner quelque chose, ce vote à gauche ? Car la gauche, c’est bien ; tandis que la droite, c’est mal, n’est-ce pas ? A droite, on est soit bête, soit méchant. Ou égoïste – merci pour cette ultime alternative. Et toi, tu es quelqu’un de bien, puisque tu votes à gauche. Utile à ton pays, puisque tu critiques la droite.

Comment expliques-tu qu’avec une telle intelligence, tu en sois réduit à des considérations si frustres ? Une vision du monde si dichotomique, toi qui es si subtil… Une morale si infantile, toi qui es si responsable ? Tu ne l’expliques pas ? Essaye encore. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour nous, pour ton pays, pour notre avenir.

Pourquoi les intellectuels se trompent

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[1] Voir Samuel Fitroussi, Pourquoi les intellectuels se trompent, Paris, L’Observatoire, 2025.

[2] Vincent Citot, « Action et réaction : une loi de la physique sociale » [titre originaire], Le Point.fr, 21 mars 2025.

De « Lacombe Lucien » aux « Rayons et les Ombres »: comment filmer la compromission

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Il y a dans le cinéma français une tentation presque irrépressible: revenir à l’Histoire comme on revient sur une scène de crime – mais une scène déjà bien balisée, déjà commentée, déjà neutralisée. La sortie de Les Rayons et les Ombres s’inscrit pleinement dans ce mouvement.


Xavier Giannoli, cinéaste du romanesque et de la dissection sociale, s’attaque dans son film à la période de l’Occupation avec une ambition manifeste : embrasser la complexité morale d’une époque sans céder ni à l’héroïsation facile ni à la condamnation sommaire. La réception critique, dans la presse généraliste comme dans les revues cinéphiles, a largement salué cette ampleur, cette volonté de faire œuvre de mémoire sans didactisme pesant, en mettant en scène des personnages pris dans des logiques de pouvoir, de séduction et d’aveuglement plutôt que dans des schémas moraux simplistes[1]. Le film déploie ainsi une mécanique où la compromission ne naît pas d’un choix brutal mais d’une série de glissements. Ce qui frappe, ce n’est pas tant la faute que son processus : une lente acclimatation au pire, un ajustement progressif à un monde où les repères se déplacent.

« Comprendre n’est pas excuser »

Ce geste s’inscrit dans une tradition désormais bien installée : celle d’un cinéma qui cherche à comprendre avant de juger, à exposer les déterminismes sociaux et psychologiques plutôt qu’à isoler des figures de coupables. Il correspond à une époque qui se méfie des verdicts trop nets et préfère interroger les zones grises de l’Histoire. Mais c’est précisément dans cette zone grise que le parallèle avec Lacombe Lucien devient éclairant. Le film de Louis Malle, coécrit avec Patrick Modiano, ne procède pas de la même manière. Il ne cherche pas à reconstituer un système ni à en démontrer les rouages. Il se concentre sur une figure presque opaque, un adolescent sans qualité particulière, dont l’adhésion à la Milice semble à la fois arbitraire et inéluctable. Là où Giannoli déploie, Malle retranche. Là où le premier contextualise, le second isole. Et de cette isolation naît un malaise d’une autre nature: non pas celui de la compréhension, mais celui de la proximité.

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Mais il faut se souvenir d’une chose que notre époque tend à lisser : Lacombe Lucien n’a pas été accueilli comme une œuvre « subtile » ou « nuancée ». Il a fait scandale. À sa sortie en 1974, le film déclenche une véritable levée de boucliers, aussi bien à gauche qu’à droite. On lui reproche d’avoir osé montrer un collaborateur sans idéologie, un garçon ordinaire qui bascule presque par hasard, et non par conviction politique. Cette représentation heurte de plein fouet le récit dominant d’une France largement résistante. Le film est accusé de banaliser le mal, voire de légitimer un collabo, certains y voyant une œuvre dangereuse parce qu’elle refuse précisément de juger son personnage. Dans une France encore travaillée par le mythe gaulliste d’un pays unanimement dressé contre l’occupant, Malle introduit une faille insupportable: celle d’une compromission possible, ordinaire, presque contingente. Ce n’est pas tant ce que montre le film qui choque, que ce qu’il retire au spectateur: la possibilité confortable de croire que le mal appartient toujours aux autres.

Trop sérieux !

En regard, Les Rayons et les Ombres apparaît comme un film profondément contemporain, non seulement par ses moyens ou son écriture, mais par sa position éthique. Il ne s’agit pas de dire qu’il édulcore ou qu’il absout ; au contraire, il met en scène la faute avec sérieux. Mais il l’inscrit dans un cadre interprétatif qui en organise la lecture. Le spectateur est accompagné, guidé à travers les méandres de la compromission. Cette médiation est sans doute ce qui permet aujourd’hui à ce type de récit d’être largement accepté, voire célébré: il offre une complexité lisible, une ambiguïté maîtrisée.

Pierre Blaise. DR

C’est là que se dessine une évolution plus large du cinéma. Celui des années 1970, dans le sillage de Malle, pouvait encore se permettre une forme de brutalité morale, une sécheresse qui laissait le spectateur face à une énigme. Le cinéma actuel, lui, semble devoir négocier en permanence avec une attente de clarification. Même lorsqu’il revendique l’ambiguïté, il la structure, il la rend intelligible. Cette différence ne tient pas seulement aux auteurs, mais à un climat intellectuel où la représentation du passé est devenue un terrain sensible, traversé par des exigences contradictoires: ne pas simplifier, mais ne pas troubler au point de désorienter complètement.

Il serait tentant de voir dans cette évolution une victoire de la bien-pensance, mais ce serait aller trop vite. Le film de Giannoli ne relève pas d’une morale militante ; il cherche plutôt un équilibre, une position tenable entre jugement et compréhension. Pourtant, cette recherche d’équilibre produit un effet particulier : elle tend à refermer ce que Lacombe Lucien laissait béant. Là où Malle exposait une faille, Giannoli construit un dispositif. Là où l’ancien film laissait persister une inquiétude sans résolution, le nouveau propose une intelligibilité.

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Mettre ces deux œuvres en miroir, ce n’est donc pas opposer un « bon » et un « mauvais » cinéma, mais interroger ce que notre époque attend de la représentation du passé. Nous voulons des récits qui éclairent sans accabler, qui complexifient sans perdre, qui montrent la faute sans nous y exposer trop directement. En ce sens, Les Rayons et les Ombres est peut-être moins un film sur l’Occupation qu’un film sur notre manière contemporaine de regarder cette période. Et c’est là, paradoxalement, qu’il rejoint Lacombe Lucien : non pas dans sa forme, mais dans sa capacité à révéler, en creux, quelque chose de nous-mêmes.

Entre la faille ouverte par Malle et le dispositif construit par Giannoli, c’est toute une évolution du regard qui se dessine – et, avec elle, une question plus inconfortable qu’il n’y paraît: à force de vouloir comprendre la compromission, n’avons-nous pas fini par la rendre supportable?

https://www.youtube.com/watch?v=f3z46ECvYsk

[1] Lire dans le magazine la critique du film de Jean Chauvet

Gaza, le Liban et la guerre révélée

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Beyrouth, Liban, 18 mars 2026 © Hassan Ammar/AP/SIPA

L’armée israélienne a encore mené, dans la nuit de mardi à mercredi, des frappes aériennes visant notamment des positions du Hezbollah à Beyrouth ainsi que dans le sud du Liban, à Saïda. Selon les autorités israéliennes, ces opérations ciblaient plusieurs sites stratégiques du groupe armé, proxy iranien bien connu. D’après le gouvernement libanais, ces bombardements ont fait au moins douze morts et 41 blessés. Malgré l’émotion, il faut voir au-delà de ces drames, analyse Charles Rojzman.


Ils ont regardé Gaza comme on regarde une plaie ouverte : avec horreur, avec fascination, avec cette mauvaise conscience qui tient lieu aujourd’hui de pensée. Ils ont regardé les ruines, les immeubles éventrés, les enfants extraits de la poussière comme des statues brisées, et ils ont cru voir là le cœur du monde. Mais Gaza n’était pas le cœur. Elle était le théâtre.

Un théâtre de pierres et de sang, offert à la liturgie morale d’un Occident qui ne croit plus en rien sinon à la sainteté de la victime, et qui confond désormais la vérité avec l’émotion. Car pendant que leurs regards se fixaient sur ce rectangle de misère, pendant que leurs consciences s’y agenouillaient, la guerre, la vraie, poursuivait ailleurs son travail lent, obscur, patient. À Téhéran.

L’empire invisible

Téhéran n’est pas seulement une capitale. C’est une volonté. Une volonté longue, enracinée, nourrie d’humiliation et de revanche, portée par une foi politique qui ne sépare pas le sacré du pouvoir. Depuis plus de quarante ans, la République islamique avance comme avancent les empires anciens : sans bruit inutile, sans gestes spectaculaires, avec la patience de ceux qui savent que le temps travaille pour eux.

Elle n’a pas cherché la guerre frontale. Elle l’aurait perdue. Elle a inventé autre chose. Une guerre sans visage. Une guerre sans centre. Une guerre disséminée.

L’anneau de feu

Au Liban, le Hezbollah s’est imposé — non pas comme une milice, mais comme une armée clandestine devenue puissance, disciplinée, fanatique, équipée comme un État, tournée vers un seul horizon : la destruction. À Gaza, le Hamas — plus fragile, mais infiniment plus utile. Car Gaza n’est pas seulement un territoire : c’est une image. Une image qui circule, qui accuse, qui condamne. Et puis, plus loin, les milices irakiennes, les relais syriens, les Houthis. Une constellation de forces, dispersées en apparence, unifiées en profondeur. Ils ont appelé cela « l’axe de la résistance ». C’est un mot pauvre. C’est un encerclement.

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La guerre sans nom

Ce qui s’est construit là ne correspond à rien de connu. Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas la paix. C’est une guerre sans nom. Israël frappe en Syrie. Le Hezbollah répond. Le Hamas embrase Gaza.
Des milices attaquent ailleurs. Chaque événement semble isolé. Rien ne l’est. Une cohérence existe, mais elle ne se donne pas à voir. Elle agit dans la durée, dans la répétition, dans l’usure. Il ne s’agit pas de vaincre. Il s’agit d’épuiser.

Le moment de la déchirure

Mais les guerres invisibles ne le restent jamais. Il vient un moment où l’ombre se fissure. Ce moment est là. Les frappes deviennent plus directes. Les ripostes moins dissimulées. Les lignes apparaissent. L’Iran ne se contente plus d’agir par relais. Il apparaît. Et avec lui, la réalité d’un affrontement ouvert.

Gaza ou la religion occidentale

Et pourtant, ils continuent de regarder Gaza. Toujours Gaza. Comme si tout se jouait là. Comme si le reste n’existait pas. Car Gaza correspond à ce qu’ils sont devenus incapables de dépasser. Ils ont fait de la victime leur dernière croyance. Non pas une réalité humaine tragique — mais une figure sacrée. Celui qui souffre a raison. Celui qui frappe a tort. Le monde se simplifie. Le réel disparaît. Gaza leur donne ce qu’ils cherchent : de la souffrance visible, immédiate, incontestable. Mais cette visibilité les aveugle. Car ce qu’ils regardent n’est pas le centre. C’est la scène.

Le Liban ou l’attente de la catastrophe

Au nord, le Liban tient. Ou plutôt, il ne tient plus vraiment. Il attend. Le Hezbollah y est installé comme une force en veille, prête à transformer la guerre diffuse en guerre totale. Chaque échange de tirs contient une promesse d’embrasement. Le Liban n’est plus un pays. C’est une fracture.

Au-delà de Téhéran

Mais même Téhéran ne suffit pas à comprendre. Car derrière l’Iran, d’autres avancent. La Russie, avec sa brutalité froide, son art de désorganiser, de fragmenter, de maintenir le chaos utile. La Chine, plus silencieuse encore, plus patiente, qui ne frappe pas mais s’installe, qui ne détruit pas mais remplace, qui prépare un monde où l’Occident ne serait plus qu’un souvenir. La Russie affaiblit. La Chine redessine. L’Iran agite. Ce n’est pas une alliance. C’est une convergence. Et cela suffit.

Le miroir

Alors le miroir de Téhéran apparaît. Et ce qu’il reflète n’est pas seulement une guerre. C’est une cécité. Ils voient des victimes. Ils ne voient pas les stratégies. Ils voient des ruines. Ils ne voient pas les structures. Ils voient Gaza. Ils ne voient pas Téhéran. Et derrière Téhéran, ils ne voient rien encore. Car ce qui s’avance n’a pas encore de nom clair. Un monde plus dur.
Moins lisible. Moins moral. Un monde où leur langage ne suffit plus. Et c’est peut-être cela qui se joue, au fond. Non pas seulement une guerre. Mais la fin d’un regard. La fin d’un monde qui croyait encore comprendre ce qu’il regardait.

Joue-la comme Vilas!

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"Il maestro" (2026) avec Tiziano Menichelli et Pierfrancesco Favino © Universal

Monsieur Nostalgie nous conseille d’aller faire un tour en Italie dans les années 1980 en compagnie d’un ex-joueur de tennis professionnel fragile et de son jeune élève besogneux pour une série de défaites qui sont autant de victoires personnelles. Il Maestro d’Andrea Di Stefano est une balle de tennis indécise comme la vie, à cheval sur le filet. Où tombera-t-on ? Du bon ou du mauvais côté du terrain ?


Raul Gatti (Pierfrancesco Favino) est un ancien pro crédible, puissant et à bout de nerf. Fanfaron et apeuré. Caricatural et tendre. Il porte un haut de survêtement en velours de la marque Fila largement ouvert sur un poitrail nu et velu, un short court et des lunettes de soleil de type aviateur. Il roule dans une Jaguar qui ne lui appartient pas. Il s’endort dans les tribunes quand les balles sont trop hautes. Il déteste l’immobilisme de la ligne de fond de court et les lobs soporifiques. Il drague à tout-va, au bar de l’hôtel ou au camping. Il a l’endurance d’un James Hunt au lit et la désinvolture racée d’un Vitas Gerulaitis sans le palmarès, ni l’argent des deux. Il est sous traitement médicamenteux. Hautement explosif. Il sort de clinique. Il va mal.

Il tente d’oublier son passé en souriant obstinément à la vie devant une glace. Cet homme-là souffre. Il aurait atteint les huitièmes de finale au tournoi de Rome, il y a quelques années déjà. Felice (Tiziano Menichelli), treize ans, vit avec sa famille dans une HLM, son père ingénieur en télécoms se saigne pour qu’il devienne joueur professionnel, il donne des cours de mathématiques aux enfants de l’immeuble et répare du petit électroménager, sa grande sœur le déteste car l’argent du ménage passe dans une utopique carrière et sa mère pleure comme toutes les mères italiennes. Felice a-t-il le potentiel de devenir un grand ?

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À l’âge des premiers émois, il s’entraîne comme un forcené, mécaniquement, studieusement, laborieusement. Les filles ne l’intéressent pas. Il s’applique une discipline de fer sans goût, ni déplaisir. Il récite à la perfection un tennis défensif, ennuyeux et efficace. Il suit même un régime alimentaire et des règles martiales qui lui ouvrent les portes des tournois nationaux. Son père est aux anges, sa sœur l’insulte et sa mère pleure de joie ou de peine, on ne sait jamais vraiment. Pour passer le cap et progresser, le père aimant et tortionnaire comme tous les pères d’hypothétiques champions fait appel à un Raul Gatti sur la touche, miné par les fantômes de sa jeunesse. Cet ancien pro, à l’humeur changeante, passant du playboy latin au neurasthénique suicidaire sera le tuteur et l’entraîneur du jeune garçon durant un été orageux. Ce vieux beau cabossé et charmeur aimerait avoir l’audace d’être un autre. Il se rêve en Guillermo Vilas, poète incompris et bambocheur notoire. Il professe un tennis offensif, un tennis jouissif, un tennis de gosses de riches qui n’ont pas peur de monter à la volée pour conclure un point. Un tennis champagne qui ne cadre plus vraiment avec ses terreurs nocturnes. Le tennis est ici un prétexte, un décor de vacances, une atmosphère d’époque, celle des années 1980, l’engouement populaire pour un sport longtemps pratiqué par une élite, sa démocratisation accélérée, sa médiatisation et les rêves d’ascenseur social pour les classes moyennes. Le tennis est ici le miroir d’une société qui cherche une voie, une lumière, une accalmie, une idole, une échappatoire.

On retrouve la flambe et la dramaturgie des années 1980, le vieux monde est en train de mourir, les idéaux sont absents des conversations, le fric a pris possession des derniers espaces de liberté, le factice l’emportera sur la sincérité, la sensualité jette son dernier coup de rein, le feu d’artifice est triste. Déjà, la raideur morale et la réussite matérielle sont en marche. Plus rien ne les arrêtera. « Il maestro » a le charme ébréché des contes d’été sans la lenteur de Rohmer. Les filles sont belles comme des promesses d’avenir, la musique dansante panse les blessures et les Hommes, malgré le poids de leurs errances, continuent d’avancer. Cette comédie amère sur l’entraide entre un enfant en devenir et un adulte à la dérive n’est pas révolutionnaire, elle est mieux que ça, elle est juste. On suit la déambulation de ces deux-là sur la bande étroite de leur destin. Et puis, dans un couloir d’hôpital, on croise le regard d’Edwige Fenech. Alors, on sourit à la vie.

2h05


Que vaut la parole d’un socialiste?

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Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et la maire de Nantes Johanna Rolland, Nantes, 18 janvier 2023. «Ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter pour le second tour. Quand ils disent pas d’accord national, ça veut dire faites votre tambouille localement » déclarait Jean-Luc Mélenchon à Bondy le 4 mars dernier © Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

A l’exception notable de « Gabegie le Magnifique » – Emmanuel Grégoire – à Paris, qui pense pouvoir l’emporter face à Rachida Dati sans l’aide de LFI, et malgré les grandiloquentes déclarations de premier tour fustigeant les allusions soi-disant antisémites du parti de Jean-Luc Mélenchon, la gauche pactise dans de nombreuses villes avec le parti pestiféré afin de conserver des places. Plutôt honteux… Face à l’enjeu civilisationnel qu’il perçoit dans ces municipales, notre chroniqueur ne voit d’issue possible que dans un sursaut des abstentionnistes.


La gauche s’allie et se salit. Son engagement solennel à ne pas rejoindre la France Insoumise et ses vitupérations judéophobes n’aura duré que quelques jours. En fait, les socialistes amoraux sont semblables aux multi-délinquants: leur sentiment d’impunité explique leur récidive dans leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon et son projet d’une « nouvelle France » islamisée et anti-occidentale.

Celui qui a trompé une fois recommencera !

Cette énième trahison de prétendus « humanistes » ajoute au dégoût que les Français disent ressentir, dans les sondages, devant les cuisines politicardes des donneurs de leçons. Mais cette fois, la caution apportée par les « progressistes » en déroute à la France « créolisée » bouleverse les enjeux du second tour des municipales. Les intérêts ne sont plus seulement locaux. Ils deviennent civilisationnels. A Nantes, par exemple, une victoire de la maire PS Johanna Rolland, ralliée à LFI (comme bien d’autres) pour tenter de contrer la percée à droite de Foulques Chombart de Lauwe, précipiterait définitivement la Cité des Ducs de Bretagne dans le grand remplacement conflictuel recherché par Mélenchon, qui se présente comme « Maghrébin français ».

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A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko (LFI) a été élu dès le premier tour dans ce qu’il appelle la ville « des rois de France et du peuple vivant ». Il explique :« Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Les populations historiques sont celles de l’immigration récente. Ses supporters ont scandé, à son élection : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Dans la basilique qui voisine la mairie, le gisant de Charles Martel, qui repoussa les Sarrasins à Poitiers en 732, est à portée de main de possibles revanchards.

Contexte tendu

La France française est en légitime défense. Dans ce contexte tendu, puisse le parti des abstentionnistes, premier parti de France, redescendre de son Aventin ! La fracturation de la nation est un processus qui peut encore être stoppé si les citoyens, fâchés avec la démocratie bloquée, le décident. Ceux qui, majoritairement, réclament un référendum sur l’immigration de masse ont l’occasion dès à présent de résister au projet remplaciste conçu par Mélenchon, qui n’est fort que de la lâcheté de la gauche socialiste d’Olivier Faure et de la déroute des Républicains de Bruno Retailleau. Ce dernier a poussé Sarah Knafo (Reconquête) à se retirer, mardi soir, de la course parisienne sans avoir obtenu d’accord avec Rachida Dati. Parallèlement, Retailleau a encouragé Martine Vassal (LR) à se maintenir à Marseille pour entraver la dynamique de Franck Allisio (RN). Ce faisant, il a achevé de décrédibiliser son mouvement comme force de résistance et d’alternance.

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De surcroit le patron LR a confirmé, dans sa soumission à la droite molle, une faiblesse de caractère l’empêchant de rompre avec ceux de son groupe qui persistent à diaboliser, par réflexe de classe, la droite populaire. Ceci sous les encouragements de la gauche sans vergogne qui se précipite, elle, dans les bras de la 5e colonne islamo-gauchiste.

Une victoire d’Éric Ciotti à Nice, issue probable ce dimanche, serait le couronnement de sa stratégie d’union des droites refusée par LR. Dès lors, l’histoire se ferait sans eux.

La révolution des oubliés

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Nucléaire or not nucléaire: das ist nicht mehr la question!

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Le président Macron, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, arrivent au sommet international sur l’énergie nucléaire à Boulogne-Billancourt, le 10 mars 2026 © Christian Liewig-Pool/SIPA

La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.


En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.

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Politique énergétique dogmatique

Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.    

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Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.

Avenir radieux

L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.

Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA

Egarements

Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.

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Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.

Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…           

Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Municipales: bienvenue dans la République des intouchables

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© Pierre Olivier / Sud Radio

La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.

Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »

On n’est plus d’accord pour s’engueuler

Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.

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Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.

Chacun dans sa bulle

La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio

Pourquoi le RN n’a pas (encore) transformé l’essai aux municipales

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A Beaucaire dans le Gard, le député Yoann Gillet (à gauche) et le président du Rassemblement national Jordan Bardella (à droite) félicitent Nelson Chaudon pour sa victoire à l'élection minipale de la ville dès le premier tour, 15 mars 2026 © Leo Vignal/SIPA

Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.


Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.

Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?

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Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.

Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement

La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.

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La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.

Le barrage républicain reste actif

Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.

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La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.

Une vie politique prise dans une tenaille

La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.

Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.

Quand les médias se prosternent devant les mollahs

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Manifestante opposée à la guerre en Iran, Los Angeles, 7 mars 2026 © Ted Soqui/Sipa USA/SIPA

La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…


Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.

Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.

“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.

Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !

Si malins…

Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout  dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.

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“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.

Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau :  “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !

Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère

Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.

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Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.

Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.

La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.

Identité de genre, la nouvelle valeur européenne obligatoire

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Parlement européen, Strasbourg © Antonin Utz/SIPA

Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…


La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?

Question réthorique, votre honneur, car la jurisprudence de la Cour du Luxembourg ne fait plus aucun doute. En vertu du droit européen, la Bulgarie est obligée de reconnaitre la filiation de l’enfant de deux femmes né en Espagne et la Roumanie celle d’un de ses citoyens qui a effectué une transition de genre au Royaume-Uni même après le Brexit. La Hongrie est censée inscrire un réfugié iranien sous le sexe qu’il prétend avoir et la SNCF française est priée de ne plus utiliser « Monsieur, madame » dans ses formulaires d’achat de billets de train. La Pologne est désormais sommée de se plier au mariage homosexuel et, depuis le 12 mars, la Bulgarie doit admettre le nouveau genre d’un de ces ressortissants qui a entamé une transition en Italie et ce, même si la Cour Constitutionnelle bulgare ne reconnaît que le sexe biologique.

La Hongrie mauvais élève

Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.

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La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire,  elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.

Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !

Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.

Pas pressés

Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.

Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke.