On pourrait s’étonner de rencontrer Annick et Louis Doucet chez eux, à Paris, au moment même où l’une des foires d’art contemporain les plus courues et les plus branchées de la planète se tient à Bâle. C’est que ces collectionneurs n’ont rien du couple branché qui investit dans un lapin géant en inox signé Jeff Koons. N’ayant pas d’argent à blanchir, acquérir des pièces de quelque artiste vendu sous le label « approuvé par François Pinault » ne les intéresse pas plus. Les Doucet ne sont pas des spéculateurs. Ce sont des Français moyens, banals serait-on tenté de dire, si on ne se fiait qu’aux apparences. Mais à la différence du ménage lambda, les Doucet, au lieu d’investir une fortune qu’ils ne possèdent pas dans l’achat d’une grosse cylindrée, achètent de l’art.

Nés en province où ils ont grandi à l’époque de l’après-guerre, quand l’offre culturelle y était absente, ils ne semblaient pas prédestinés à fréquenter le monde de l’art. « Tous les deux, explique Louis, nous avons eu la chance d’être tombés sur des profs d’histoire qui nous ont sensibilisés à l’art et, évidemment, pas seulement à l’art contemporain. Et puis, par bonheur, nous avons eu l’un comme l’autre, des parents curieux des choses et qui nous emmenaient pendant les vacances visiter les musées un peu partout en France et à l’étranger. » Le résultat ? Dans leur appartement, s’entassent près de 6000 œuvres, majoritairement des dessins. Leur histoire n’est pas sans rappeler la destinée de ce couple d’Américains, Dorothy et Herbert Vogel, que d’aucuns ont qualifiés de « proletarian art collectors ». D’origine et de statut plutôt modestes, les Vogel, fonctionnaires de l’État de New York, avaient réussi à amasser, pièce par pièce, une des plus importantes collections d’art minimaliste et conceptuel des États-Unis. Louis Doucet ne cache pas son admiration pour eux. Peut-être que l’aventure extraordinaire de la collection Vogel, longtemps ignorée, avant d’être âprement disputée par des musées prestigieux, aide les Doucet à relativiser les regards moqueurs ou les remarques « entendues » de leurs relations : « Ça vaudra combien, plus tard ? » Et Louis de raconter : « Il y a quelqu’un qui est venu chez nous, récemment, et s’est mis à contempler l’œuvre accrochée sur le mur d’en face. « Oh, vous avez un Niki de Saint Phalle ! » J’ai répondu que ce n’était pas Niki de Saint Phalle, mais une artiste marseillaise de 50 ans. Immédiatement, la personne s’est désintéressée de la pièce ! »

* Photo : Hannah

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Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.
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