Home Brèves Ne tuons pas le castor avant d’avoir eu la peau de l’ours !


Ne tuons pas le castor avant d’avoir eu la peau de l’ours !

Jean-Paul Sartre n’appelait pas sa belle acolyte, Simone de Beauvoir, « ma poulette », « cocotte », « ma colombe » ou encore « bibiche », mais – répugnant à faire comme tout le monde (sauf en matière politique) – le philosophe appelait sa muse agrégée… « le castor » .

C’est pour cette raison qu’après avoir chanté le bouc Suisse, le casoar à casque et le rhinocéros de java, je tenais à aborder la question du castor canadien qui est en ce moment, comme dit l’expression consacrée, dans-la-tourmente-médiatique.

En effet, alors que les nations européennes, ivres de frivolités, ressassent à longueur de G20 de faux problèmes superficiels et futiles, le Canada, ce pays sous-peuplé à l’accent pittoresque, s’interroge avec le plus grand sérieux sur cette question décisive : faut-il changer d’emblème, et remplacer le castor par l’ours polaire ? C’est la sénatrice conservatrice Eaton qui a jeté ce pavé dans la marre aux canards de l’identité nationale en déclarant : « Il est temps que le castor soit mis de côté comme emblème national ou du moins qu’il partage l’honneur avec l’imposant ours polaire ». C’est peu dire que Nicole Eaton n’aime pas l’astucieux rongeur à queue plate, qu’elle voit méprisamment comme un « rat aux dents anormales ». La pénible sénatrice castorophobe brandit d’ailleurs, à l’appui de sa méfiance pointilleuse, des arguments fallacieux en peau d’âne : « Les symboles d’un peuple ne sont pas pérennes, ils peuvent changer à travers l’Histoire afin de refléter l’ethos de la population et l’esprit de la nation ». Le canadien du jour ressemblerait donc davantage à un ours (ce prédateur un peu crétin aux griffes acérées qui est partout en voie de disparition…) qu’à un castor, cet animal brillant, architecte et menuisier, qui est connu pour construire des ouvrages d’art aussi divers que des barrages, des viaducs à Millau, des Clair de lune à Maubeuge ou encore des ponts à haubans ! Et le Français moyen, devrait-il abandonner le coq patriote pour le berger des Pyrénées à poil long ?

Certes le castor est un animal ravageur ; nous devons à Henri Prades, fondateur du groupe d’archéologique amateur de Painlevé en 1958, cette maxime pleine de sagesse : « Pour sauver un arbre, mangez un castor ! » Mais quoi ? Cet animal habille parfois les femmes, à l’instar du lapin, du chinchilla, du nylon d’élevage, du satin doux et du coton commun.

Espiègle, le journal National Post notait que si le Canada devait un jour opter pour l’ours polaire comme emblème national, il devrait partager l’encombrante icône poilue avec la Coca-Cola Company qui truffe, depuis des lustres, ses harassants films publicitaires de plantigrades balourds.

Aux dernières nouvelles Nicole Eaton n’a pas eu gain de cause. Le castor se marre, m’a-t-on dit, et l’ours reste dans le chapeau !


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Il est l’auteur de L’eugénisme de Platon (L’Harmattan, 2002) et a participé à l’écriture du "Dictionnaire Molière" (à paraître - collection Bouquin) ainsi qu’à un ouvrage collectif consacré à Philippe Muray.

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