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Quand passent les gigognes

Lettre à ma cousine de province

Quand passent les gigognes
La conseillère de Paris et militante d'extrême gauche Danielle Simmonet, candidate aux législatives dans la 15e circonscription de Paris © DR.

Mélanchthon, le maître des aigreurs…


Ma cousine admirable, j’ai, cette nuit, rêvé de vous. Le lieu où vous vous trouviez, les mots que vous murmurâtes ? je les ai oubliés, ou peut-être ne devais-je point les connaître, car ils entraient pour rien dans le souvenir que je devais conserver de ce songe adorable : une sensation née d’un frôlement, d’une vibration harmonieuse, d’une pulvérisation d’atomes obligeants. Et l’on dirait bien que cette sensation s’est tout entière logée dans ma paume, sur laquelle il me suffit, par un mouvement de la main, d’exercer une légère pression pour la retrouver : c’est ainsi, en fermant les yeux, en invoquant silencieusement sa féerie, que vos traits m’apparaissent et que je ressens l’immense enveloppement d’une onde de chair, de soie et de satin… 

Le maître des aigreurs

Je voudrais ne vous écrire que sur ce mode amoureux, mon ardente, mais d’énormes nuages de suie obscurcissent le ciel du royaume de France. Une ligue de personnages hétéroclites cherche à s’emparer du pouvoir, selon moi afin d’incliner plus abruptement si c’est possible la pente du malheur que suit notre pays infortuné. Je vais répétant sans cesse que le plus déplaisant est sans conteste Jehan-Lucilien Mélanchthon (1). Il se voyait en nuée, celle qui porte l’orage. Il se voulait orateur dans la tempête, ordonnateur du bruit et de la fureur. Puis il devint une caricature, traînant après soi tous les cœurs aigris, toutes les bouches d’ombre, tous les ressentiments.

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Vous savez mon obsession, et vous me la reprochez, non par sympathie pour ce vitupérateur de préau, mais parce que – je vous cite : « il trouble désormais mon simple bonheur de vous lire ». Je le sais bien, ma Sublime, mais qu’y puis-je si je redoute la victoire de ce tribun affolé de son verbe, de cet inquiétant totem d’une tribu d’apaches des barrières qui lui sont dévoués corps et âmes, dévots de sa religion de colère, entretenus dans leur foi par le clan de ses obligés qui espèrent le faire roi pour qu’il les fassent comtes ou barons du pire faute d’empire. 

La suspicieuse femme Siphonnet

Que se passera-t-il après que Mélanchthon, pressé par l’âge et le goût de la revanche voire de la vengeance, aura placé dans l’appareil de l’État ces ambitieux, qui ne sont que l’écho de ses anathèmes et de ses obsessions d’atrabilaire ? Songez seulement, mon Adorée, que la femme Siphonet, candidate à Paris du parti LGDLGC (Les génufléchis devant le grand conducator), si elle était élue, instaurerait une police des loyers, afin de les soumettre à un contrôle sévère ! Toute la philosophie de ce parti se trouve dans ce projet : surveiller, menacer, punir. Et certes, les loyers à Paris ne connaissent plus de limites, et tel propriétaire vous soutiendra qu’il vous faut vous hâter de signer le bail de sa soupente, car il y a derrière la porte trente personnes intéressées à la louer ! Et il dira vrai. Mais une police spéciale pour régler la marche de ces affaires, ma cousine ! Un commissaire, des sergents de ville, une brigade de bâtons noueux et de chaussettes à clous postés dans la pénombre des porte-cochères, et des concierges d’immeubles en renfort de dénonciation, et, pourquoi pas, des notes, chaque matin, au Préfet qui en réfèrera au ministre de l’Intérieur, lequel en parlera au Premier ! Surveiller, menacer, punir, vous dis-je ! À ces gens, la loi en vigueur ne suffit pas, il leur faut un surcroît de contrainte, un abus administratif dans la transaction déjà réglementée : ces serviteurs de leur maître, insoumis de kermesse, ont toutes les qualités négatives des potentats de village et d’arrondissement…

Ils puisent dans la parole de Mélanchthon l’aliment de leur zèle : chaque outrance du talentueux populacier leur désigne une cible et les excite à suivre sa piste tels des chiens de sang. Ils se montreront d’autant plus agressifs, plus hargneux, plus entraînés dans une joie mauvaise qu’ils se sentiront soutenus par le gourou de la Montagne éruptive. 

Cette installation de tyrannie, d’abord mineure, commencera de tourner peut-être tantôt : où finira-t-elle ? 

Le roi, cet adolescent sarcastique

Quel est aujourd’hui l’esprit de notre souverain ? Eh bien, ma charnelle, je le crois semblable absolument à ce qu’il fut hier et cinq ans auparavant, et à ce qu’il sera demain et bien au-delà : il ne veut que nous arracher de la mémoire des hommes et du monde qu’il appelle nouveaux ! Entendez par là qu’il a inventé de réduire la France à ce qu’elle sera et de nier ce qu’elle fut. C’est que le poids considérable de notre pays le gêne pour avancer. Il ne veut pas s’encombrer de sa gloire. Il faut l’entendre et le voir, cet homme aux manières d’adolescent sarcastique, balancer entre les paroles doucereuses, les physionomies d’apitoiement et les traits de langage infectés de mépris, les regards d’éloignement et les défis de grand seigneur qui n’abandonne pas sans irritation son dialogue avec l’Univers, dont il sera le maître. 

Avec cela, il possède le charme des princes bien faits, il frôle, il ondoie, il sourit, il séduit. Et derrière ce masque de monarque à rayons, se tient et opère le sortilège toujours recommencé d’une intelligence très supérieure à toutes celles qui osent une opposition. 

La religion de McCaron…

D’où vient vraiment ce garçon, ma Délicieuse ? Vous m’avez dit, un jour que vous contempliez son portrait, que vous déceliez dans ses prunelles la lueur des créatures dressées par le Prince des ténèbres à la conquête des cœurs et des âmes. Vous avez ri, bien sûr, mais vous n’avez pu dissimuler tout à fait le désarroi mêlé de crainte qui vint, en un éclair, brouiller les traits plus que parfaits de votre visage. 

Les mains du Diable tirent-elles, dans la coulisse de l’Élysée les ficelles par quoi s’anime McCaron ? Je sais que l’hypothèse ne vous convainc pas véritablement, mais je n’ignore pas qu’elle excite votre imagination, qu’elle trouble la chrétienne animée d’une foi sincère (qu’elle n’autorise pas cependant à gouverner ses sens), et qu’elle suscite en elle un effroi énigmatique. 

Si McCaron n’est pas une marionnette du Prince de ce monde, il veut en tous les cas poursuivre jusqu’à l’accomplir le projet qu’il s’est donné : qu’après lui, la France ait cessé de vivre, car elle est en quelque sorte « excessive » et, dans le concert des nations atones, surnuméraire ! Voyez, ma cousine si joliment « endiablée » au déduit, l’éternel sourire de satisfaction railleuse que le monarque arbore jusque dans la fausse contrariété. 

La religion de McCaron est faite : la France doit consentir à se dépouiller définitivement, elle guidera la gomme qui effacera son prestige et sa grâce. Le souverain manie supérieurement la langue, il sait les subtilités innombrables du français : malgré cela, il aggrave les dommages qu’elle subit depuis trop longtemps et l’abandonne aux outrages des imbéciles, des boutiquiers, des voyous à plastron, des ministres parfumés, bref, de tous les courtiers en sabir qui veulent nous exclure du vieil entendement des choses et des êtres…

L’Europe, théâtre subventionné 

Il peut compter pour accomplir ce forfait sur l’aide empressée de ses courtisans et sur le dévouement sans faille de deux d’entre eux, qui sont comme ses perroquets, ses doublures d’essayage costumier. Ils se ressemblent, aussi fats, aussi suffisants l’un que l’autre, et froids comme deux lames. L’un, 1er secrétaire du roi, se nomme Nestor Mancpa-Dair, l’autre Gaspard Kôte-Debône, secrétaire d’État aux Affaires de l’Europe. Celui-ci est blafard, celui-là très pâle. Le premier ne tient que des propos officiels, ne rapporte que des faits de gouvernement, et, surtout, se tient au plus près du roi. Le second traduit avec servilité le dessein de McCaron : réduire la France au rôle de figurante dans le théâtre subventionné d’une Europe, si l’on ose dire, « réduite aux acquêts ». Elle abandonnera le vaste paysage de son histoire mouvementée pour une vue sur un jardin potager, loin des orages de la passion. La mariée n’apportera point de dot, et ses souvenirs ne commenceront qu’après cette noce pacifiée. 

Pour moi, je veux les nations et je veux l’Europe, je veux un orchestre et je veux des solistes, une musique de chambre et une symphonie. Je veux la faute et la rémission, l’incertitude et la conviction, le point final et celui de suspension. Je veux l’Europe des cathédrales et des clochers, du raisonnement cartésien et du questionnement byzantin, je veux encore l’enchantement de Merlin et la nécessité de Spinoza, je veux… mais je m’égare !

Un accident de sororité

Le temps me presse, la malle-poste n’attendra pas. Sachez encore que Paris n’ose plus rire du spectacle pourtant hilarant que donne la congrégation des nouveaux bas-bleus, ces femmes irascibles pour qui la seule vision d’un homme très modeste et doux est un spectacle odieux. Elles ont repris les plaintes et toute la « geignarderie » misandre de Caroline de Vergelasse, heureusement éloignée des tribunes et des gazettes (je vous en rapporterai quelque jour, sur le mode plaisant, les causes).

Mais écoutez ceci : un couple de théâtreux du Nouveau monde a récemment fait la une des gazettes. Rien ne nous fut épargné de leurs querelles ni de leur basse intimité. En Amérique, deux camps s’étaient formés : l’un soutenait la femme, l’autre, peuplé, joyeux, fervent prit fait et cause pour l’homme, au reste comédien fameux. Un premier jugement fut rendu en faveur de ce dernier, sous les applaudissements de la foule. Aussitôt, chez nous, une clameur (plutôt les cris d’orfraie d’une poignée de gardiennes des mœurs en vogue) retentit : « C’est une femme qu’on bafoue, ce sont toutes les femmes qui sont trahies, faisons entendre la clameur de la sororité solidaire. ». L’ineffable Vergelasse donna sa bénédiction à la jolie blonde, naguère encore plaignante, puis accusée. Alexandrine Woke et d’autres renchérirent dans le ridicule de « sororité ». 

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Elles se passaient le mot, se complaisaient dans une même déploration, dénonçaient un commun bourreau. C’est ainsi que deux tables sont dites gigognes quand elles sont identiques et que l’une, plus petite, peut se glisser sous l’autre ; dans les poupées russes, on soulève une figurine, qui en contient une autre en tout point conforme, qui en enferme une troisième, jusqu’à une miniature impossible à réduire. 

Ces dames outrées présentaient des pensées « russes » (j’admets que le terme est audacieux par les temps qui courent, cependant n’y voyez pas malice), des répliques, des répétitions : oserai-je prétendre qu’avec elles passaient les gigognes ? Verra-t-on naître de cette engeance bruyante un « comité de salaud public », qui voguera vers la « sœur » infortunée pour la soustraire aux affres d’un jugement inégal ? (2)

De l’autre côté de l’Atlantique deux anciens amants se déchiraient…

Des voyous anglais dans nos faubourgs !

Je n’aurai pas le temps d’évoquer les circonvolutions du ministre de la police, Gédéon Dort-Mhalin, peut-être égaré dans le lacis de ses ambitions, pour une fois perdu de maladresses et de mensonges, lui d’ordinaire si roué. Sachez que Dort-Mhalin accuse l’Angleterre, plus que jamais perfide Albion, de lancer vers la France les assauts répétés de voyous, et de les précipiter, tels des nuages de frelons, sur d’innocents jeunes gens de nos faubourgs afin de les dévaliser. L’affaire est à la fois sérieuse, dérisoire, comique et navrante : c’est assez dire qu’elle est française et d’actualité.

Le fer des chevaux de poste résonne, je n’ai que le temps de vous dire que je vois en vous une pièce d’or dont j’aime autant l’avers que le revers. Je baise votre profil de médaille, j’embrasse vos lèvres et je suis la pente naturelle de mon désir et celle de votre souhait, qui me conduisent au même endroit… Commencez à gémir, j’arrive !

Tout à vous et toute à moi,

Votre dévoué cousin


Notes

1) Philipp Mélanchthon (1497-1560) est un théologien protestant allemand. On le connaît par son œuvre et par un portrait que fit Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553). Le personnage de Jehan-Lucilien Mélanchthon apparaît pour la première fois dans Lettre à ma cousine de province : Un tribun au tribunal.

2) Nous recommandons vivement la vision de C ce soir, émission du 1er juin. Ce tribunal où, en règle générale, le président, Karim Rissouli, demande à comparaître un témoin « de droite » (c’est à dire hostile ou étranger aux idées reçues)  qui devient rapidement suspect voire accusé par le jury « de gauche » dont le membre le plus véhément est sans conteste Laure Adler, laquelle fait office de procureur. Ce soir-là, comme tous les soirs, elle se surpassa. À noter : souvent, Laure Adler cherche du regard l’approbation de ceux qui, visiblement et assurément pensent comme elle. Et ils l’approuvent en effet.


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Né à Paris, il n’est pas pressé d’y mourir, mais se livre tout de même à des repérages dans les cimetières (sa préférence va à Charonne). Feint souvent de comprendre, mais n’en tire aucune conclusion. Par ailleurs éditeur-paquageur, traducteur, auteur, amateur, élémenteur.

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