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Et si ce n’était pas lui?

Il est déplorable qu'Emmanuel Macron n'ait pas eu à répondre de son bilan durant la campagne

Et si ce n’était pas lui?
© SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

À la veille de la présidentielle, retrouvez un dossier de 25 pages consacré à Emmanuel Macron dans le nouveau magazine Causeur. Avec notamment: notre grand entretien avec Marion Maréchal, les analyses de Michel Onfray, Gil Mihaely, Jeremy Stubbs, Jean-Luc Gréau ou Philippe Murer, et les révélations d’Erwan Seznec sur les derniers ralliements enregistrés par le président sortant… Pour notre directrice de la rédaction, une réélection d’Emmanuel Macron serait un choix par défaut. Il n’a pas eu à répondre de son bilan. Analyse.


On savait déjà qu’Emmanuel Macron multipliait les petits pains – dans le nouvel Évangile, on appelle ça le « quoi qu’il en coûte ». On ne l’a pas encore vu changer l’eau en vin. Mais il n’y a pas de doute : il marche sur l’eau. Quoi qu’il fasse et quoi qu’il se passe, rien ne semble pouvoir entraver la marche du président sortant vers un deuxième mandat (sauf débâcle des sondeurs).

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Certes, on peut créditer le président sortant d’une intelligence et d’une capacité de séduction hors du commun. Sur la scène internationale, il fait preuve d’une grande prestance à défaut d’obtenir de grands résultats – et pour qui aime le genre Top Gun, quand il cause à Poutine mal rasé et en bras de chemise, il est irrésistible.

© Soazig de la Moissonnière / Présidence de la République

Reste que la France ne va pas mieux qu’en 2017. Et on ne peut pas tout imputer au Covid ou à la guerre en Ukraine, déjà usés comme jokers. Sur le front régalien – sécurité, immigration, islam radical –, c’est même de pire en pire. Chaque jour, l’actualité fournit une nouvelle preuve de l’ensauvagement du pays sans que la fameuse réponse pénale dont on nous parle à longueur de discours ait bougé d’un iota. La lutte contre le séparatisme se résume à la fermeture de quelques mosquées et à l’expulsion de quelques imams – en supposant qu’elles aient été effectives. Cela n’empêche pas les grands moralistes du Printemps républicain et la troupe des « Francs-Tireurs » emmenée par Caroline Fourest de trouver mille vertus au président-candidat– on n’ose imaginer qu’ils aient troqué leurs principes contre quelques postes.

À peine incommodé par la malencontreuse affaire McKinsey

La société est plus divisée que jamais, les classes moyennes se paupérisent, les pauvres se clochardisent. Quant à la fin des archaïsmes français, annoncée en grande pompe il y a cinq ans, on aimerait bien en voir le début alors que ce quinquennat a vu se déployer l’omniprésence de notre administration.

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Or, non seulement Emmanuel Macron n’a pas eu à répondre de son bilan, mais il s’est quasiment dispensé de faire campagne, évitant ainsi d’expliquer à quoi ressemblerait Macron II (ah oui, il gouvernera avec les gens, la bonne blague). Vaguement interrogé par des journalistes dont les questions avaient été soigneusement sélectionnées, il a semblé à peine incommodé par la malencontreuse affaire McKinsey. Qu’un cabinet américain dont nombre de cadres sont des amis du président ait bénéficié de juteux contrats du gouvernement français est peut-être légal (si l’on en croit Le Canard enchaîné, la carambouille fiscale qui lui a permis d’échapper à l’impôt était parfaitement connue des services de Bercy). C’est politiquement fâcheux. Et cela aurait pu faire tiquer les spécialistes du soupçon qu’on a vu monter sur leurs ergots pour moins que ça. Bizarrement, on n’a pas entendu Mediapart sur ce dossier. Nos fins limiers, généralement intraitables sur la morale publique, devaient avoir piscine.

Il est possible que nombre d’électeurs choisissent Emmanuel Macron par défaut, parce qu’ils considèrent que ses concurrents ne valent pas mieux. Après tout, si Le Pen, Mélenchon, Pécresse et Zemmour ne convainquent pas (que lmes autres candidats me pardonnent), ce n’est pas de la faute de Macron. Les commentateurs qui semblent également avoir enjambé le scrutin annoncent déjà un quinquennat mouvementé. Désolée, mais les électeurs ne peuvent pas se conduire comme des enfants qui jettent leur jouet cinq minutes après l’avoir choisi (d’ailleurs, même pour des enfants ce n’est pas bien). S’ils décident de reconduire Macron, il sera leur président légitime pendant les cinq prochaines années. Quelle que soit la couleur de leur gilet.

Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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