Dans plusieurs élections universitaires, des listes intitulées « Active ta fac » portaient – discrètement mais pas trop – le sigle des Etudiants musulmans de France (EMF). Les objectifs de ces listes n’étant pas précisés, on comprend qu’ils allaient mieux sans dire qu’en les disant. Alors, disons-les.

Vers une « République » multi-communautariste ?

De deux choses l’une. Ou bien ces listes particularistes ne prennent en charge que leurs intérêts particuliers, qu’elles placent au-dessus de l’intérêt commun de l’université et de tous les étudiants. C’est alors ce qui définit précisément le communautarisme antirépublicain.

Ou bien ces listes considèrent que leur point de vue particulier a vocation à devenir, un jour, le point de vue général. C’est ce qui définit une offensive de conquête du pouvoir à long terme.

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Dans la première hypothèse, si le communautarisme musulman obtenait de facto droit de cité en France, c’est la conception française de la société qui serait mise à mal. C’est son ADN qui serait modifié, dès lors que, contrairement à l’esprit du Contrat social, les individus et les groupes particuliers qui participent aux décisions collectives s’en tiennent à leurs seuls particularismes et ne visent plus à l’élaboration d’un point de vue général et d’une volonté générale sur un objet d’intérêt commun. La société fait alors place à une mosaïque de communautés.

Dans la seconde hypothèse, si ce point de vue particulier réussissait finalement à s’imposer comme celui de la volonté générale, on aboutirait à un changement complet de société. Pour le moment, l’opinion publique française n’est disposée à accepter aucune de ces deux issues. Ni le multi-communautarisme, ni la charia.

L’exception qui menace la règle

On est heureusement encore loin de la réalisation de cette dernière hypothèse, car les listes dont il est question ici n’ont obtenu que 20% des 10 % d’électeurs qui se sont prononcés, ce qui ne leur assure qu’un modeste score de 2% des étudiants. Pas de quoi crier au loup, me direz-vous. Mais pas de quoi non plus refuser de voir qu’une stratégie de communautarisation de la France est à l’œuvre jusque dans cette fraction favorisée de la jeunesse de France que sont les étudiants.

Il serait prudent de réagir sans attendre. Dans l’immédiat, la plus simple façon de prouver qu’on est résolu à faire barrage au communautarisme antirépublicain serait de déclarer irrecevables les listes électorales communautaristes, et de frapper de nullité les élections universitaires qui ont franchi cette ligne rouge.

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Jusqu’à présent, les listes musulmanes sont l’exception : aux élections syndicales à l’université, il n’y a jamais eu de listes communautaires, qu’elles soient cathos ou corses, juives ou bouddhistes, homosexuelles, basques ou féministes.

Si on laissait sans réagir se multiplier ces avancées du communautarisme, par crainte d’un procès en islamophobie, les dégâts seraient doubles. D’un côté, on tournerait le dos aux musulmans de France et on les pousserait vers les plus intégristes d’entre eux.

De l’autre côté, une poussée de l’islamisation du paysage français déclencherait des réactions de défense, dont certains effets dangereux pour la démocratie libérale sont déjà visibles un peu partout en Europe. Sauf le respect qu’on doit à Blaise Pascal, il nous faut admette que vérité au-delà de nos frontières, vérité en deçà aussi !

« Ne serait-il pas temps de briser un tabou, celui du ‘français moyen’ uniformisé, issu de siècles de politiques d’assimilation ? »

Il n’est d’ailleurs que temps pour réagir car le ver est dans le fruit. Les récentes réactions provoquées au sein de la majorité présidentielle et parlementaire par l’élection d’une étudiante voilée à la direction d’un syndicat d’étudiants nous révèlent que le communautarisme islamiste qui est en marche dans la République l’est également dans le mouvement La République en marche (LREM).

Quatre adhérents de ce mouvement, et un des conseillers d’Emmanuel Macron, viennent de prendre publiquement leurs distances avec la position récemment formulée par leur président à propos du voile. Ce dernier avait pourtant déclaré, lors de l’interview donnée à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin : « Pourquoi le voile nous insécurise ? Cela n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays. Nous sommes attachés à l’égalité entre l’homme et la femme. On doit l’expliquer, on doit convaincre. Je ne veux pas de loi qui l’interdise dans la rue, ce serait contre-productif. La société elle n’est pas laïque et doit leur permettre de porter leur voile. Ce que je veux c’est qu’aucune femme ne soit obligée de porter le voile. C’est une bataille pour l’émancipation. »

Il faut saluer cette prise de position présidentielle, qui rectifie au passage son très regrettable « il n’y a pas de culture française ». Oui il y a une civilité et une culture françaises, concernant en particulier mais pas uniquement les rapports entre les femmes et les hommes, civilité et culture qui ne sont pas en tout point compatibles avec ce qu’il en est dans l’Islam.

Or, dans une tribune, parue le 27 mai, dans Libération, les mutins de LREM voient un signe « d’ignorance, de confusion et de désarroi » dans ce type de prise de position. Pire, elle s’expliquerait par le provincialisme de « personnes qui ne voyagent guère »:

« En tant que membres de La République en marche (LREM), ajoutent-ils, nous avons été très étonnés d’entendre des membres du gouvernement critiquer cette responsable musulmane de l’UNEF qui aurait fait ‘du prosélytisme’ islamique sous couvert de ses responsabilités à l’UNEF. […] Ici il y a une véritable confusion, partagée par la majorité des journalistes et de nombreux experts, pour qui la ‘signification’ sexiste du voile serait démontrée : dans la doctrine de l’islam, le voile est imposé à la femme pour cacher son corps au désir des hommes qui n’ont pas de droit sur elle, contrairement à son mari ou ses frères. Qui peut décréter que la « signification » profonde du voile c’est d’être le symbole de l‘oppression de la femme ? Ce débat, mené à l’intérieur même de la majorité LREM, montre l’ampleur de l’ignorance, de la confusion et du désarroi qui existent en France à propos de l’islam et de ses signes. […] Il est vrai, pour les personnes qui ne voyagent guère, que le voile peut surprendre, voire déranger car, comme le dit Emmanuel Macron, le voile semble s’éloigner de la ‘civilité’ à laquelle est habituée la société française. Cette nouvelle « affaire de voile» révèle une chose, c’est l’impréparation de la société comme de la classe politique et des médias à l’égard de l’islam, qui est devenu en peu de temps la deuxième religion française. Qui dit impréparation, dit responsabilité de la classe politique et des gouvernements successifs. Ne serait-il pas temps de briser un tabou, celui du ‘français moyen’ uniformisé, issu de siècles de politiques d’assimilation ? Ne faut-il pas admettre que le monde change, et la France aussi ? Ne peut-on pas voir que sous l’unicité de la République et de ses valeurs, il existe en France une pluralité de cultures, qui devraient coexister et enrichir la République ? Nier cette réalité, n’est-ce pas fertiliser le terreau de l’islamisme ? »

La République fait-elle le jeu de l’islamisme ?

Fermez le ban. Si je comprends bien ce qu’écrivent ces membres de LREM, refuser que la France devienne une République biculturelle et bicommunautaire, ce serait faire le jeu de l’islamisme. Quel islamisme ? Je suppose qu’il s’agit des islamistes qui ont pour projet d’imposer la charia à la France, toute la charia et rien que la charia.

Ces quatre signataires ne sont pas seuls au sein de LREM. Interrogé sur BFM TV par Apolline de Malherbe, un conseiller du président, Yassine Belattar, qui a l’excuse d’être en même temps un humoriste professionnel, a refusé obstinément de faire sienne la formule du président sur le voile et la civilité, et a répété en assénant tous les éléments de langage, que le voile islamique n’est pas un signe culturel ou politique.

La France est donc à un carrefour. Soit elle choisit la voie de l’intégration des musulmans de France à notre culture, et elle sauve sa culture, une culture accueillante à tous les apports extérieurs compatibles, tout en se défendant sans inhibition contre les éléments agressifs qui tendent à la désagréger. Cela exige qu’elle soit claire et ferme sur sa culture et sa politique d’intégration. Soit elle laisse s’installer un bi-communautarisme et un biculturalisme de fait au risque de faire gagner le sentiment que rien n’est fait contre une islamisation rampante. Elle se prépare dans cette hypothèse à connaître à son tour une réaction nationale-populiste et illibérale qui a déjà triomphé ailleurs en Europe.

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