Selon Elisabeth Lévy, le Panthéon ne peut pas devenir un moyen de nous donner bonne conscience quand nous avons collectivement failli.
Faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Alors que quatre complices présumés de son assassin sont jugés en appel à partir cette semaine, c’est la demande d’un collectif dont fait partie sa sœur Gaëlle. Pour « dire que l’assassinat d’un enseignant n’est pas un fait divers mais une atteinte à l’un des fondements de la République. » Pour les signataires, ce serait un message de fermeté civique à tous ces professeurs, héritiers des hussards noirs qui « chaque jour font tenir la promesse républicaine, souvent dans la fatigue et l’isolement » – une façon de leur dire « vous n’êtes pas seuls », donc.
Je suis réservée
Nous devons évidemment honorer Paty, rappeler qu’il est mort pour avoir voulu apprendre à ses élèves à penser librement. On peut donner des places, nommer des écoles, bien sûr il faut le faire, néanmoins je suis un peu sceptique sur la panthéonisation.
Au Panthéon, on ne célèbre pas les symboles, les grandes causes ou les corporations méritantes mais des individus d’exception qui ont « marqué l’histoire de France ». Ce n’est pas une maison des victimes, ni même des héros car il faudrait une tour. C’est petit, le Panthéon ! Pourquoi pas le père Hamel ? Ou Arnaud Beltrame ? Ou Alfred Dreyfus comme le demandent certains ? Dreyfus a subi l’injustice avec dignité et courage mais si la vérité a triomphé contre l’injustice, c’est grâce à Zola. Qui est au Panthéon.
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Et pour finir, le Panthéon n’est pas non plus un moyen de nous donner bonne conscience quand nous avons failli. La France n’a pas su protéger Samuel Paty et elle ne protège toujours pas les professeurs menacés. Déni, « pas de vagues » et fausse compassion sévissent encore à l’Education nationale et ailleurs. Alors que toutes les études montrent que l’islam européen est gangrené par l’islamisme, que la jeunesse musulmane française est de plus en plus acquise aux thèses fréristes, que l’islamisme d’atmosphère s’étend dans l’espace public, la doxa médiatique reste inchangée : pas d’amalgame, attention à ne pas confondre la « toute petite » minorité séparatiste et l’écrasante majorité laïque et républicaine…
Ce n’est pas ce que disent les études
On n’honorera pas la mémoire de Samuel Paty avec des grands discours sur les valeurs de la République et de tels mensonges, mais en rappelant chaque jour dans les écoles qu’au pays de Voltaire, on a le droit de critiquer voire détester les religions. En disant ce qu’on voit sans avoir peur d’être accusé d’islamophobie comme nous y invite la courageuse Elisabeth Badinter. En affirmant avec l’avocat Richard Malka que la laïcité ce n’est pas seulement le droit de croire mais aussi celui d’emmerder Dieu.
Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger
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