Jérome Bosch

L’idée géniale de Lionel Jospin, consistant à remplacer le septennat présidentiel par un quinquennat et à faire coïncider dans une même séquence l’élection du président de la République et celle des députés est en train de donner toute sa mesure. Elle sème un souk pas possible dans la vie politique française (et je suis poli). Le chantage à la candidature pratiqué sur les deux principaux postulants par des personnalités ne visant qu’à placer un maximum de leurs affidés sur les bancs de l’Assemblée nationale et les petits flingages entre amis alimentent le quotidien de cette pré-campagne. En 2007, ce phénomène était déjà apparu, mais il avait été limité par le spectre du 21 avril 2002 et l’ardente obligation du « vote utile ».

Aujourd’hui, en dépit de l’existence réelle d’un danger de nouveau 21 avril, à l’envers ou à l’endroit, incarné par Marine Le Pen, les candidatures de François Hollande et Nicolas Sarkozy sont pourries par les pressions des « alliés », et le jeu des ambitions personnelles à l’intérieur de leurs partis respectifs.
Au PS, le cafouillage de l’accord programmatique et électoral avec EELV n’a pas encore produit tous ses effets délétères : il fournit en munitions la droite qui présente François Hollande comme enchaîné par les dogmatiques écolos. Il a mis en rage les « barons » du parti qui l’avaient fait roi lors des primaires, notamment Gérard Collomb qui n’a pas avalé de se voir imposer le Vert Philippe Meirieu dans une circonscription destinée à l’un de ses proches. Les candidatures dissidentes de sortants socialistes sacrifiés, notamment à Paris, seront difficilement évitables. Arnaud Montebourg « balance » ceux de ses petits camarades qui ont un peu trop mis, selon lui, les doigts dans le pot de confiture. Jack Lang menace de lui coller une paire de baffes. Malek Boutih tire à vue sur Julien Dray, ne manquant pas de rappeler au passage les ennuis qu’avait attirés à ce dernier sa passion horlogère.

L’astuce consistant, pour François Hollande, à laisser Martine Aubry se dépatouiller dans ce marécage en « prenant de la hauteur » ne saurait perdurer pendant les six mois qui nous séparent de la présidentielle. S’il laisse le parti se livrer à des règlements de comptes internes sanglants, il court tout droit à la « ségolénisation » : il doit donc montrer qu’il est le patron tout en évitant de se tacher en nettoyant les écuries d’Augias…

Comme il n’a pas, à la différence de Sarkozy, la bonne excuse de tenir la barre du bateau France par temps de tempête, l’exercice est loin d’être évident. Mais personne n’a jamais prétendu que le métier de candidat – a fortiori en étant favori – à l’élection présidentielle était un job à la portée du premier venu, y compris lorsqu’il se réclame de la normalité.

A droite, le tableau n’est pas plus reluisant : la discorde parisienne au sein de l’UMP, déjà ravageuse lors des sénatoriales, à toutes les chances se reproduire pour les législatives. Le cas Dati alimente les coups de vice dans la mêlée UMP : Copé plante une fourchette dans les yeux de Fillon, qui incite Xavier Bertrand à placer une méchante savate dans les gencives du secrétaire général de l’UMP.

Pendant ce temps-là Morin et Boutin font semblant de se croire candidats pour négocier le plus de circonscriptions possibles pour leur boutique. Ce qui se passe à Paris n’est pas un cas isolé. Dans de nombreux départements, dont celui où je demeure, les rivalités internes à droite produisent des effets comparables : on suscite, par exemple, des candidatures sauvages pour gêner celui qui veut devenir calife à la place du calife, et réciproquement. Les législatives, comme les Dieux de la Grèce, rendent fous ceux qu’elles veulent perdre.

Sauf ceux qui l’étaient déjà avant, et qui le seront encore demain, comme un certain Galouzeau dit de Villepin, espèce de Don Quichotte qui n’aurait pas encore trouvé son Cervantès.

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