Cinéaste majeur de l’histoire du cinéma, Leo McCarey demeure trop méconnu d’un large public en France.


«Je ne veux pas changer mon genre : J’aime qu’on rie. J’aime qu’on pleure, j’aime que l’histoire raconte quelque chose, et je veux que le public, à la sortie de la salle de projection, se sente plus heureux qu’il ne l’était avant. » Leo McCarey

Largement méconnu, Leo Mc Carey est pourtant l’auteur de nombreux courts-métrages avec Laurel et Hardy, il a tourné vingt-trois longs métrages dont les incontournables La Soupe aux canards (Duck Soup avec les Marx Brothers 1933), L’Extravagant Mr Ruggles (Ruggles of Red Gap 1935), Cette sacrée vérité (The Awful Truth 1938), et les deux versions du splendide mélodrame Elle et lui (Love Affair 1937 et An Affair To Remember 1957).

Un mélo, mais un mélo drôle et mélancolique

Mais revenons sur un de ses trois films parlant frontalement de la foi Les Cloches de Sainte-Marie (Bells Of Saint-Mary 1945), les deux autres étant La Route semée d’étoiles (Going My Way 1944), et Une histoire de Chine (Satan Never Sleeps 1962)

Les Cloches de Sainte-Marie (Bells Of Saint-Mary 1945) est une comédie aux accents mélodramatiques mais aussi drôles et mélancoliques. Après le succès phénoménal de La Route semée d’étoiles (Going My Way 1944) aux États-Unis, Leo McCarey ne trouve aucun scénario qui lui plaise. Très content de sa collaboration avec Bing Crosby, il décide de lui confier à nouveau le rôle du Père O’Malley. Dans cette nouvelle aventure religieuse, il est nommé directeur de l’église Sainte-Marie et de l’école attenante où des religieuses enseignent, sous la houlette de la Mère Supérieure, Sœur Benedict – Ingrid Bergman, lumineuse, tendre, drôle et touchante – , dans un lieu empreint de sérénité, situé en plein cœur de la cité.

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Un duo au service de la bonté

Bing Crosby met son génie de comédien et de chanteur de charme au service de la bonté et de l’amour. Il interprète avec humour et malice ce rôle de prêtre aux méthodes d’éducation peu conventionnelles. Dans cette institution catholique menacée de disparition en raison de l’âpreté au gain d’un riche homme d’affaires, aigri et sans scrupule, Horace P. Bogardus, joué par l’irrésistible Henry Travers, le père O’Malley va devoir faire preuve de persévérance, de grandeur d’âme et d’une foi sans faille. Il se heurte avec gaité, bonheur et une grande noblesse d’âme à Sœur Benedict sur la manière de transmettre des valeurs à des enfants parfois perdus et en manque d’affection. La Mère Supérieure réagit brillamment avec un mélange de raideur et d’humour. Les deux comédiens excellent dans ce duo parfait au service de la bonté.

La mise en scène élégante, souple et invisible de Leo McCarey, la superbe photographie noir et blanc de George Barnes et le scénario précis et fin de Dudley Nichols(1) sont au service d’une dramaturgie inventive et brillante qui mêle la comédie et le mélodrame, le rire et les larmes. Le cinéaste concentre tout son talent pour nous montrer la force de la foi, de la bonté et de l’amour que défendent Sœur Benedict et le Père O’Malley.

Sans aucun doute le portrait de ce prêtre tantôt enjoué et malicieux, vif et intelligent, parfois grave et préoccupé est l’un des plus beaux de l’art cinématographique. Il nous montre un être que sa conception heureuse de la religion et de la vie, son souci du bien être physique et spirituel des gens qui l’entourent sont inspirés par une foi au service de la bonté comme Grâce providentielle pour lutter contre le Mal.

Humour et foi

Le sens du comique et du burlesque présent dans plusieurs scènes – celle irrésistible de drôlerie où un chat joue avec le chapeau du père O Malley pendant son discours aux religieuses ou celle cocasse des techniques de boxe enseignées par la Mère Supérieure à un enfant – sont d’une simplicité et d’une efficacité exemplaire. Elles nous font rire aux éclats. Tandis que la scène de la nativité de Jésus jouée par des bambins ou celle de l’annonce de la tuberculose de Sœur Benedict nous attendrissent et nous émeuvent. Mais toutes sont au service des convictions spirituelles, sociales, fermes et solides du cinéaste sur l’absolu miracle qu’opèrent l’amour et la bonté divine et humaine pour arriver à changer le cours des choses.

Indéniablement, la question du Mal est très présente chez Leo Mc Carey autant que dans les œuvres de Fritz Lang ou d’Alfred Hitchcock. Elle se manifeste dans plusieurs de ses films de manière différente mais tout aussi prégnante. Cependant le cinéaste apporte une réponse différente. Sa foi lui permet d’inventer ces personnages qui surmontent leur différence et mènent à bien leur mission sacerdotale, d’enseignement, de transmission des valeurs morales et humanistes essentiels.

La foi du père O’Malley et de Sœur Benedict déplace les montagnes et change les hommes les plus endurcis. Un miracle d’amour surgit, il vient du plus profond des cœurs et opère dans la joie du bonheur de vivre. Les Cloches de Sainte-Marie, 41 millions d’entrées aux États-Unis !

Les Cloches de Sainte-Marie de Leo McCarey

États-Unis – 1945 – V.O.S.T Et V.F. – 2h06  (Disponible en DVD Paramount)

Interprétation: Bing Crosby (Père Chuck O’Malley), Ingrid Bergman (Sœur  Benedict), Henry Travers (Horace P. Bogardus), William Gargan (le père de Patsy), Ruth Donnelly (Sœur  Michael). 2h06.

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Jacques Déniel
est directeur de cinéma.
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