Nouveauté DVD – L’Homme pressé – d’Edouard Molinaro – Studio Canal. Pour les fêtes il faut absolument revoir ses classiques, à commencer par ceux avec Alain Delon, icône inclassable et rebelle du cinéma français. 


Un détail vestimentaire m’a d’abord choqué, puis amusé et finalement séduit. Chez un autre, cette faute de goût impardonnable disqualifierait à jamais l’acteur, l’artiste et donc le citoyen. Chez lui, la chaussette de tennis blanche portée sur grand écran était un parti pris esthétique. L’enfilait-il sans réfléchir ? Était-ce une provocation identitaire ou une marque d’indépendance folle, un engagement politique ou l’abandon des idéaux, une ironie mordante ou un confort personnel, une mode incomprise ou une volonté forcenée de s’extraire des normes ? Avec lui, les frontières ont toujours été incertaines, la réalité avait quelque chose d’outrancier et de folklorique, la dinguerie du personnage en devenait presque hypnotique.

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Delon, l’inclassable 

C’est pourquoi on aime tant Delon, il est inclassable, inqualifiable, instable, innommable ; il joue avec nos nerfs et nos certitudes. Il brouille les fréquences d’une pensée rectiligne. Il nous empêche de regarder bêtement ses films, l’incongru est son territoire, le malaise notre horizon commun, il nous indique sa direction piégeuse et souvent mortifère. Comme d’autres acteurs, il n’essaye pas d’être intelligent, brillant, spirituel, élégant, charmeur ou vaguement donneur de leçons, tous ces artifices-là, cette gloriole mal digérée, ce manque d’amour qui déborde et salit le public, il les laisse aux besogneux et aux doublures.

Plein Soleil (1960) - Alain Delon © REX FEATURES/SIPA Numéro de reportage: REX43061910_000004
Plein Soleil (1960) – Alain Delon © REX FEATURES/SIPA Numéro de reportage: REX43061910_000004
Alain Delon dans le Cercle Rouge © STUDIOCANAL
Alain Delon dans le Cercle Rouge © STUDIOCANAL

Delon aura déréglé toutes nos boussoles intérieures, surtout dans l’étrange période qui va de la fin des années 1970 au début des années 1980. Le flic se faisait plus marlou, les dialogues plus métalliques, la lumière plus froide, évoluant d’un blanc laiteux avec Molinaro vers un halogène jaunâtre chez Deray, même les actrices n’avaient plus cette beauté factice, trop lisse, des Trente Glorieuses, une mélancolie insondable leur affermissait désormais le caractère.

De « L’H

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