L’Indonésie est un pays particulièrement compliqué, composé de 17.508 îles à la végétation luxuriante, quasiment toutes désertes, qui s’étendent de part et d’autre de l’équateur. Dans les forêts infinies les orang-outans prospèrent avec indécence. Les femmes y sont sublimes, ainsi que les oiseaux ; on y trouve récifs coralliens, mangroves profondes, parc nationaux, et les hommes portent des chapeaux pittoresques. Et parfois amusants. La religion très majoritaire y est l’Islam, ce qui en fait – au vue de sa population surabondante – le premier pays musulman du monde.

C’est là que les problèmes des punks commencent. L’AFP nous apprend que la province d’Aceh a lancé il y a quelques jours une vaste et parfaitement inédite opération anti-punks. Ainsi, plus d’une soixantaine de punks – intrinsèquement révoltés tout autant qu’ironiques comme le veut leur indicible religion – qui assistaient paisiblement à un concert ont été arrêtés par la police car ils contrevenaient à la charia (en vigueur dans le secteur) ; ils ont ensuite été placés d’office en « rééducation ». Le concert en question, précisons-le, avait pour but caritatif de récolter des fonds en faveur des orphelins de Sumatra. Région durement frappée par le tsunami de noël 2004.

« Nous craignons que leurs actions viennent perturber l’application de la charia », a expliqué à l’agence Illiza Sa’aduddin Djamal, maire adjoint de Banda Aceh. Les punks ont donc été contraints de participer à un stage de rééducation de dix jours, sous contrôle de la police, avec pour objectif premier : la repentance… Première étape castratrice : les punks se sont fait d’autorité raser la crête. Seconde étape bienvenue, un grand bain dans un lac naturel de la région. Car oui, la charia ne tolère ni les exhalaisons douteuses, ni les cheveux peroxydés rebelles à la simple description. Les contrevenants dépouillés de leurs frusques anarchistes – et tristes comme des sous neufs – ont été revêtus d’habits islamiques réglementaires et ont été obligés d’assister à une séance de prières. « Le but est de les arracher à leur comportement déviant… On doit les réhabiliter afin qu’ils aient un comportement convenable. Un traitement sévère est nécessaire », précise le chef de la police, Iskandar Hasan. Un militant local des droits de l’Homme, Evi Narti Zain, a condamné l’arrestation : « Etre punk est un mode de vie et les punks vivent de par le monde sans porter préjudice à qui que ce soit ». Mais qu’est-ce qu’un policier pratiquant peut comprendre à ce cri : « No Future » ?

Pour l’heure nous n’avons aucune nouvelle des punks en cours de « rééducation ». Les crêtes rouges et vertes commencent-elles à repousser ? La déglingue à la Alain Pacadis refleurit-elle ? Qui sait ? Cette sinistre mésaventure – sur fond d’application de la charia – laisse rêveur à propos de « l’Islam modéré » dont se targue ce pays particulièrement compliqué, composé de 17.508 îles à la végétation luxuriante. On craint le pire pour les punks libyens, tunisiens égyptiens, et même bientôt pour les Iroquois syriens…

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