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Maroc : le Roi de la finance ?

Carlos Ghosn (PDG de Renault) et Mohamed VI

Ils louchent sur le Maroc. Avec gourmandise, les investisseurs étrangers sont de plus en plus nombreux à envisager de placer leurs fonds au royaume de Mohamed VI. C’est du moins le constat d’une partie de la presse marocaine, qui compile une série de rapports élogieux sur le bilan économique du pays et ses perspectives de développement. Avec 8 % d’investissements étrangers supplémentaires en 2010, le Maroc passe ainsi devant l’Afrique du Sud et se hisse à la première place d’un classement établi sur ce critère par le FDI-Intelligence, la division “investissement étranger” du Financial Times.

Derrière cet enthousiasme se cache bien évidemment l’espoir que ces performances conjureront la peur de la révolution après la chute des régimes tunisien, libyen et égyptien tandis que se poursuivent des guerres civiles au Yémen et en Syrie. Au Maroc, l’effervescence arabe avive les craintes des uns et les espoirs des autres. Dans ce contexte, certains projets ambitieux semblent avoir un rôle et un seul : faire rêver, rassurer, se rassurer. C’est notamment le cas du Casablanca Finance City qui ne vise pas moins que de transformer cette ville en porte financière vers l’Afrique, une sorte de « hub » régional pour sociétés financières attirées par les avantages fiscaux.

Les négociations sur un accord de libre-échange entre le Maroc et le Canada s’inscrivent dans cette logique. Cerise sur le gâteau : le vent de dynamisme qui souffle sur le royaume concerne aussi le domaine sportif : la Fifa a confirmé samedi dernier que le Maroc accueillira la prochaine Coupe du Monde des Clubs de football en 2013-2014…

Mais ce miracle annoncé a pourtant un air de déjà vu. Il a y deux ans à peine, c’est la Tunisie de Ben Ali qui forçait l’admiration. Avant de connaître une révolution. Et de voir son PIB plonger de 7,8% au premier trimestre de cette année.

Mohamed VI connaîtra-t-il le même sort que Ben-Ali ? Contrairement à l’Egypte, à la Tunisie, à la Syrie et à la Libye, le Maroc n’est pas une république » ni un régime semi-militaire issu des révolutions des années 50 ou 60. Considéré comme ringard pendant les décennies révolutionnaires,le monarque résiste beaucoup mieux que le dictateur et se montre mieux à même d’absorber les mécontentements. « Tandis que le roi conserve le contrôle ultime, le pouvoir est plus diffus et donc les dirigeants sont capables de détourner certaines critiques » juge Robert M. Danin, analyste au Council on Foreign Relations. Les monarchies arabes sont créditées d’une légitimité dont les « fausses Républiques » ne bénéficiaient pas. Ce qui ne les place toutefois pas à l’abri des troubles, constatés tant au Bahreïn qu’en Arabie Saoudite, mais leur permet de mieux les gérer, et surtout de se lancer dans des processus de transition pour canaliser la contestation sans perdre leur identité.

Le 1er juillet 2011, le roi Mohamed VI renonçait ainsi, de sa propre initiative, à une partie de ses prérogatives. Et obtint un franc succès. La nouvelle Constitution proposée a recueilli plus de 90 % des suffrages. Elle prévoit que la gestion du pays sera en partie confiée à un Premier ministre, nommé par le roi, mais issu de la majorité parlementaire.

Pour le moment, les opposants du Mouvement du 20-Février ne sont donc pas parvenus à changer le régime en profondeur. Pire encore pour le camp hétéroclite des républicains, le Mouvement vient de perdre son aile islamiste : l’organisation Justice et Spiritualité a annoncé sa défection avant-hier. Ses militants étaient les seuls à dénier radicalement au roi sa légitimité, contrairement aux islamistes monarchistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD), sorti vainqueur des récentes législatives marocaines.

En plus de la City, le Maroc compte donc importer du Royaume-Uni son modèle de monarchie constitutionnelle. Cela pourrait éviter à Mohamed VI de subir le sort peu enviable de Hosni Moubarak, Ali Abdallah Saleh et peut-être bientôt Bachar Al-Assad.


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