Un jour, au Lausanne-Palace, mon regard avait croisé celui de Johnny Hallyday. Il s’apprêtait à allumer l’étincelle du désir collectif dans un stade de la ville. C’était un athlète qui avait remporté toutes les épreuves, alors que le seul trophée que j’aie jamais brigué était celui de l’écrivain le plus frivole de sa génération.

Un (r)appel à la mort et à la vie

« L’idole des jeunes » était un de ces adolescents attardés avec lesquels la vie fabrique ses plus beaux vieillards. Bientôt, il franchirait cette ligne au-delà de laquelle son ticket ne serait plus valable. Nous en étions à peu près au même point, celui où une paralysie divine nous envahit : tout est joué, tout est gagné, tout est perdu. Quelle importance ? Le sourire de la victoire ressemble tant au rictus de la défaite. Il le savait, je le savais. Il y avait en nous quelque chose de Tennessee.

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Mais lui était bouleversant : il y avait dans son courage et sa voix un appel à la mort, certes, mais aussi à la vie dans ce qu’elle a de plus sauvage, de plus sexuel, de plus fatal. Et quand est venue la nuit où la fatalité l’a emporté, nous sommes restés là comme terrassés. Il n’y avait plus rien à dire, sinon que la mort a toujours le dernier mot : elle a sonné le glas de Johnny. Mais à travers lui c’est à ce qu’il y avait de plus irréductible dans notre jeunesse que nous disions adieu.

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