Les bouffonneries sur Twitter de l’ex-député de la Macronie reflètent à merveille le dérèglement communicant du président. Joachim Son-Forget est le digne apprenti de Dark Macron.


Joachim Son-Forget est le député qui, peut-être, résume le mieux les temps que nous traversons. Son prurit numérique des derniers jours sur Twitter est tout autant un révélateur qu’un défi. Gloire à celui par qui le scandale arrive ! La force des fous réside dans leurs farces !

Joachim Son-Forget est à ce stade le fou de la macronie, dont on mesure qu’elle nous dit intuitivement quelque chose des pathologies du pouvoir, de tout pouvoir. Bien sûr, d’aucuns, plus subtils, y verront une entreprise tactique pour oblitérer les relents suggestivement sexistes d’un parlementaire incontrôlé et incontrôlable. Soit. Mais autre chose, de bien plus profond s’exprime à travers les scansions improvisées du député « freestyle ». En se moquant délibérément du qu’en-dira-t’on, sa quête du buzz improbable rappelle l’immaturité intrinsèque de la nouvelle scène politique, qui a poussé si loin l’exercice du « storytelling » qu’elle a libéré toutes les transgressions possibles et imaginables.

Avant Joachim Son-Forget, il y a eu Macron à Saint-Martin

C’est bien le président qui a autorisé ce « live » permanent qu’est devenu le macronisme. Par ses petites phrases sur-soulignées au rythme échevelé de la « twittosphère », ses postures improbables entre un dance floor inattendu sur les marches de l’Elysée et des selfies « cailleras » aux Caraïbes, Emmanuel Macron a tout simplement oublié cet esprit du Louvre qui avait heureusement inauguré son mandat. La solennité s’est dissoute dans la griserie de succès trop facile. On avait oublié la jeunesse du président à ses débuts ; il aura par imprévoyance communicante réussi à nous la rappeler cruellement.

A lire aussi: Joachim Son-Forget, député LREM : « Je ne m’écraserai pas face à la meute »

Tout depuis en découle – ou presque : le secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, espèce new-look de Madame Sans-gêne du politiquement correct, peut doctement expliquer comment attacher ses cheveux, et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, nous annoncer, non sans fatuité, dans un teasing à contretemps, la parution sous 24h de son prochain entretien dans… Closer !

Le digne apprenti de son maître

C’est dans cette nouvelle économie communicante, tout aussi désinvolte qu’insolente, que s’inscrivent les frasques du malicieux Son-Forget. Lui, au moins, ne feint pas l’authenticité ; il pousse les feux du « borderline » jusqu’aux confins d’un absurde où s’entremêlent des épices dadaïstes à des opiacés oulipesques. Il contrefait la sottise d’un monde, un brin ivre d’une providence inattendue, pris à son propre piège. Faut-il l’en blâmer ? Après tout, il n’a pas ouvert les portes de Pandore du dérèglement communicant ; il s’y est juste engouffré avec la souplesse du félin.

Ce faisant, il est allé plus loin mais en cassant, volontairement ou pas, le morceau. En défiant délibérément les instances de son parti, en ridiculisant la marque dont il est issu, il a planté le dernier clou sur le cercueil de la verticalité dont le premier des marcheurs s’était fait le chantre. Joachim Son-Forget « métaphorise », en outsider venu des provinces de la dérision et de la déraison, une atmosphère de refus, de résistance, de rejet dont les gilets jaunes, ailleurs, constituent l’avant-garde tumultueuse. C’est de l’intérieur que le symbole de la subversion se fait le plus éclatant peut-être, car le plus grotesque !

L’indiscipline qu’il oppose à la bonne tenue de son parti et aux usages de la bienséance bourgeoisement institutionnelle, aussi excessive soit-elle, est l’aveu d’une époque qui tremble sur son axe.

Le Bartleby de la Macronie

Fort de sa tendance Groucho-Marx prodigue, l’ex-marcheur renvoie non seulement à l’envers du décor, autrement dit à une partie de sa vérité cachée, mais il reproduit ce je-ne-sais-quoi de révolte qui sature l’air de bien des samedis du moment. Refusant de rentrer dans le rang, sa subversion en fait un Bartleby de la start-up nation. Le jeune parlementaire s’oppose aux objurgations de sa maison-mère mais il le fait, non pas avec l’inertie impavide du héros du récit d’Herman Melville, mais avec cette débauche de bouffonneries immédiates et incessantes qu’autorise la fièvre numérique.

Joachim Son-Forget ou le premier « dissident » d’un « nouveau monde » qui avait trop cru à l’illusion du marketing…

Lire la suite