Photo : http://www.staragora.com

Elle a tort, Marine Le Pen, de ne pas vouloir débattre ce soir avec Jean-Luc Mélenchon, dans l’émission de France 2 Des paroles et des actes qui lui est consacrée. Il n’est pourtant pas si loin le temps où, quand le Front National était invité sur les plateaux, ce qui était pratiquement réservé aux soirées électorales, cela se faisait du bout des lèvres avec une moue vaguement écoeurée : l’ensemble des autres invités politiques et les journalistes présents la jouaient souvent vertu indignée et, dans un antifascisme héroïque, certains quittaient les sunlights en exprimant leur refus de débattre. Maintenant, ce n’est plus le cas. Marine Le Pen a gagné une bataille idéologique et donc, dans notre société du spectacle, médiatique.

Depuis sa résistible ascension au sein du Front National et son accession pas si facile que ça à la tête du parti, elle est devenue la coqueluche de la télé, une bonne cliente comme on dit. Elle est le nouveau visage aimable d’une extrême droite que l’on n’appelle plus ainsi mais droite nationale alors, bizarrement, que l’on s’obstine à dire de Mélenchon qu’il est d’extrême gauche. Pourtant le programme du FDG est simplement un programme de gauche, peut-être même en retrait sur celui du candidat Mitterrand de 1981.

Ce n’est jamais une très bonne idée de refuser de débattre, et ce n’est pas à Causeur que l’on dira le contraire. Les noms d’oiseaux entre Marine Le Pen et Mélenchon se sont échangés assez rapidement. Marine Le Pen qui cite Marx à l’occasion (pendant que son père lui, à Lille, lit du Brasillach à la tribune, ce qui permet de couvrir un prisme assez large) vient de dire, en reprenant les termes de Lénine, que Mélenchon était « l’idiot utile » de Hollande. Ce qui sous entend que le FDG, en cas de victoire de la gauche, ira à la soupe pour quelques ministères. C’est dommage, encore une fois, que le débat prévu en fin d’émission n’ait pas lieu. Mélenchon aurait pu expliquer à Marine Le Pen ce qu’il claironne sur tous les tons depuis des mois : il est hors de question pour les partis composant le FDG de participer à un gouvernement social-libéral légèrement teinté de vert. Le PCF, notamment, a déjà donné en participant au gouvernement Jospin, participation qui a été analysée depuis longtemps comme une erreur à ne pas reproduire puisqu’elle a débouché sur les 3.4% de Robert Hue en 2002 puis les 1, 9% de Marie-Georges Buffet en 2007.

Donc, pour le FDG, l’hypothèse la plus probable, après avoir appelé à battre la droite au second tour (ce qui n’est pas appeler à voter Hollande, même si ça revient au même mais les mots en politique ont leur importance.), sera de l’ordre du « soutien sans participation » comme en 1936, et même d’un soutien critique, voire très critique, sans participation

Pour le reste, quelles raisons invoque donc Marine Le Pen pour refuser ce débat ? Les noms d’oiseaux dont a pu la couvrir Mélenchon ? Non, la candidate a le cuir bien épais et n’a pas hésité à se rendre chez Ruquier qui avait eu le bon goût, il y a quelque temps, de mettre en avant un dessin la représentant sous forme d’étron. La raison invoquée par son directeur de com’ est un rien arrogante : « Chaque fois, on essaye de nous faire débattre avec des gens qui ont un niveau électoral inférieur au nôtre. Dans le cas de Mélenchon, cela va du simple au double. Nous ne voulons pas être cantonnés au dialogue avec les petits candidats ». On n’aura pas la cruauté de faire remarquer à monsieur Bilde que sa lecture des récents sondages est un peu floue : ceux qui montent en ce moment, c’est le FDG et ceux qui stagnent ou descendent, c’est le FN. On n’aura pas non plus la cruauté d’indiquer que toute grande candidate qu’elle est, Marine Le Pen n’a pas ses cinq cents signatures alors que Jacques Cheminade, qui sent tout de même beaucoup plus le soufre qu’elle, a réussi à les obtenir. Le professionnalisme des cadres et des militants, c’est aussi ça qui fait un grand parti.

Mais arrivons à l’essentiel : le refus de Marine Le Pen de débattre avec Mélenchon, c’est tout simplement le refus de débattre avec son exact envers, c’est-à-dire avec un candidat qui représente un courant politique qui n’a pas découvert depuis seulement quelques mois les ravages de la finance, le creusement des inégalités, la souffrance du précariat, la nécessité d’un pôle bancaire public, et même l’importance de l’école publique comme facteur de cohésion nationale. Marine Le Pen n’a sans doute pas souhaité entendre ces vérités comme elle n’a pas souhaité voulu expliquer comment il se fait qu’il suffise que Nicolas Sarkozy droitise son discours pour qu’une part de ses électeurs décident de repartir vers l’UMP.
Pour dire les choses autrement, Madame Le Pen a refusé une confrontation qui aurait pu être féconde afin de savoir, dans toute cette Histoire, qui est populaire et qui est populiste.

Lire la suite