Je fais des rêves bizarres en ce moment. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai dormi la tête en bas, mais la nuit dernière, j’étais immergé dans un « drôle » d’univers. Enfin, façon de parler. Il faut que je vous raconte.

Dans ce monde parallèle né de mon sommeil fertile, des jeunes du FN occupent illégalement pendant plusieurs semaines la place de la Concorde. Leur mouvement, baptisé « Jour Assis », provoque des dégâts et des nuisances en tout genre…. mais les autorités laissent filer. Histoire de ne pas mettre de l’huile sur le feu. Des grèves initiées par des mouvements identitaires paralysent l’activité économique du pays et des militants n’hésitent pas à brûler, en place publique, l’effigie du président de la République. Les autorités laissent glisser, sans doute pour préserver la paix sociale.

« Encore un coup de l’extrême gauche »

Dans mon rêve, l’extrême droite consume à petit feu la République. Des pompiers sont régulièrement caillassés et les voitures de polices brûlées par des milices nationalistes, regroupées pour la plupart dans la France périphérique. Durant une manif’ organisée par l’extrême droite à Paris, le kebab du coin est saccagé. « Encore un coup de l’extrême gauche », s’empresse de tweeter un dirigeant du FN avant de piteusement rétropédaler. En province, un élu classé très à gauche se fait même molester dans la rue par des dizaines de militants très à droite, lesquels filment hilares la scène avec leur smartphone. Un khmer rouge islamo-gauchiste à terre, c’est bien fait pour sa gueule et c’est sacrément poilant !

Les autorités, elles, réagissent à peine. Encore moins les médias officiels. Il faut dire que, même si le bateau France tangue sérieusement, le service public et la grande majorité des journalistes penchent assez nettement à tribord, comme au bon vieux temps de l’ORTF, et ont tendance à voir des staliniens à chaque coin de rue. C’est tout juste si les chars soviétiques ne risquent pas de défiler dans la capitale. Du coup, les islamo-gauchistes grappillent des voix à chaque élection et les journaux sonnent le tocsin et déclenchent l’alerte générale. Pol Pot et Ben Laden pourraient prendre le pouvoir en France, sus au communisme et à l’islamisme ! On ne sait plus très bien qui nourrit l’autre dans l’histoire…

« L’immense majorité des… »

Un énième attentat est commis sur notre sol. A intervalle régulier, des militants d’extrême droite écrasent, mitraillent, tirent à bout portant, poignardent ou égorgent nos enfants, nos femmes, nos juifs, nos policiers… Mais notre président, nos ministres, nos médias refusent qu’on fasse l’amalgame. Comme si le principal danger était là. A chaque acte de barbarie, on psalmodie sur les ondes ou sur le grand écran qu’il n’y a pas que des fachos et des racistes à droite. Qu’il y a aussi des patriotes, des populistes, des gaullistes, des souverainistes, etc. Des journalistes un peu réacs sur les bords se font même un malin plaisir de souligner que de nombreux hommes de gauche se sont fourvoyés dans la Collaboration et que d’autres, très à droite, ont été de grands résistants. Bref, que les choses sont bien plus complexes que ça, qu’il vaut mieux éviter les généralisations.

A chaque acte de barbarie commis au nom de l’extrême droite, on déplore que cela fasse le jeu des islamo-gauchistes, principal danger pour notre République. On n’excuse pas, mais on cherche à expliquer : le racisme et la violence de ces ghettos de la haine, de ces zones de non-droit qu’abrite la France périphérique seraient en grande partie dus au sentiment de déclassement, au fait que le pays a changé de visage en quelques décennies, que l’État préfère s’occuper des migrants. Bref que ces pauvres types se sentent stigmatisés et plus vraiment chez eux.

Un skinhead m’a tuer

Des sociologues de droite – rappelons qu’il s’agit d’un rêve – expliquent sur les plateaux télés que cette colonisation est aussi en grande partie à l’origine de l’animosité ressentie par ces militants égarés. Argument imparable puisqu’on sait bien que les descendants des victimes de la colonisation ou de génocides s’en prennent régulièrement aux femmes et aux enfants de leurs anciens bourreaux. Ceci n’excuse rien… mais peut expliquer cela. C’est la raison pour laquelle des extrémistes arméniens tuent à bout portant des femmes et des enfants turcs, des fondamentalistes juifs commettent des attentats contre les civils allemands, des indiens retournent leurs armes contre les Anglais, ceux d’Amérique contre les Américains, des Cambodgiens s’attaquant de leur côté aux blancs dans le 13e arrondissement pour qu’ils n’oublient pas l’Indochine…

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Un mauvais rêve vous dis-je. A chaque attentat, on allume des cierges, on chante du Michel Sardou (« Si les Ricains n’étaient pas là » ou « Ne m’appelez plus jamais France » au choix), on lâche des ballons bleus, blancs, rouges et on renverse l’Arc de Triomphe, symbole d’une France au… diapason. Sur les radios publiques, on nous explique à juste titre que l’immense majorité des gens de droite n’ont rien à voir avec ça, que la droite ce n’est pas ça, que la droite c’est Guizot, Tocqueville ou le général de Gaulle. Tous les samedis soirs sur France 2, une émission animée par Jean-Pierre Pernaut n’invite quasiment que des réacs et se moque du politiquement correct qui règne à gauche. L’émission est brièvement interrompue par un flash spécial qui nous apprend qu’un crâne rasé a poignardé cinq arabes dans une rue de Marseille. Puis le talk-show reprend son cours…

La mouvance identitaire est surreprésentée dans nos prisons

Après chaque attentat, un intellectuel – qui comme d’autres s’est éloigné progressivement de la droite après avoir pourtant défilé sur les Champs-Elysées avec les gaullistes en mai 68 – parle de « sidération rituelle ». La mouvance identitaire est surreprésentée dans nos prisons bondées mais les médias et les pouvoirs publics continuent de pointer du doigt l’extrême gauche, les goulags, les famines, la Tchéka, les procès politiques, Mao, Beria, Pol Pot…

Dans ce monde orwellien, des intellectuels de tous bords ou d’éminents historiens qui décrivent la réalité, les territoires perdus de la France périphérique et dénoncent les violences ou l’antisémitisme d’extrême droite sont poursuivis dans les tribunaux pour incitation à la haine politique. Guère surprenant quand on apprend que la justice est en grande partie infiltrée par un syndicat très à droite, qui s’est rendu tristement célèbre en épinglant des personnalités gauchisantes sur un « parapet des connards ». C’est cette même « justice » qui a mis en examen, en pleine élection présidentielle, le principal candidat de la gauche, alors favori dans les sondages. Il est vrai qu’on le soupçonnait d’avoir brûlé un feu rouge sans sa ceinture de sécurité ou avec un téléphone portable en main, on ne sait pas très bien car la photo était floue…

Des hooligans violent des femmes

Dans mon rêve, mon pays va mal. Ma République aussi, dont les traditionnels contre-pouvoirs que sont la presse et la justice penchent outrageusement du même côté. Un soir, Arte diffuse deux films avec Michael Douglas (Harcèlement et Liaison fatale) lors d’une soirée thématique sur le harcèlement féminin. S’ensuit sur les réseaux sociaux une campagne de délation sans précédent nommée « Balance ta Glenn Close » ou « Balance ta Demi Moore ». Bref, ça part en vrille dans tous les sens.

Le jour de l’an, des centaines de femmes sont agressées sexuellement en Allemagne par des hordes de hooligans. Une membre du FN tweete aussitôt que l’Armée rouge aussi a violé outre-Rhin, à la fin de la guerre. Histoire de recadrer le débat. Une vieille dame est sauvagement assassinée dans son lit par deux skinheads, parce que juive. A la sortie du conseil des ministres, sur les ondes, à la télé, on condamne unanimement ce crime abject… mais on se sent aussi obligé de rappeler que l’antisémitisme d’extrême gauche, sous couvert d’antisionisme ou d’anticapitalisme, est historiquement tout aussi virulent. Sans parler de celui qui ravage le monde musulman. Bref, pas d’amalgame. Surtout pas. L’extrême droite n’a pas le monopole de la haine des juifs.

Mon syndrome de Balint

Une statistique nous enseigne qu’il y a en moyenne près de cinq attentats perpétrés chaque jour dans le monde, dans l’immense majorité des cas au nom de la même cause, en hurlant presque à chaque fois le même slogan : « Hitler est grand ! » Aussi, quand un gauchiste détraqué fait un carnage en Norvège, certains médias et certains politiques s’empressent de souligner qu’il n’y a pas que l’extrême droite qui se comporte mal dans l’histoire, avec un grand et un petit « h ».

Un crime barbare est commis dans… quand mon chien aboie et m’extirpe brutalement de ce cauchemar. En sueur, mais bien content de retrouver le monde réel. Ravi d’avoir fui cet univers surréaliste et carrément flippant où l’on ne veut pas voir la menace, où l’on noie le poisson, où l’on hiérarchise si étrangement les dangers. Comme si tout le monde criait « au loup, au loup ! », alors qu’un crocodile se trouve à nos pieds…

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