Existe-t-il vraiment une droite chauvine, antidémocratique et autoritaire aujourd’hui en France? Ce que l’on appelle « extrême droite » est en réalité une nécessité: entre mobile et alibi pour la gauche… Analyse.
La pensée dite progressiste oppose les « valeurs de la République » à l’âme de la France. La gauche, inspirée par le think tank Terra nova[1], est devenue un conglomérat de revendications communautaristes sans autre cohérence que la fin de l’Etat-nation qu’elle a pourtant contribué à édifier avec son cortège de « hussards noirs ». Le migrant est devenu son nouveau prolétaire. Le PS prête allégeance à la clique incendiaire de LFI malgré ses relents antisémites. La rupture, ici ou là, est trop marginale pour être significative. LFI, EELV et le PS restent des alliés objectifs pour, comme à Montrouge, annuler la programmation d’Historock, l’opéra rock de Dimitri Casali qui ferait courir le risque… d’aimer la France !
Table rase
Mais, cette tabula rasa n’a pas l’assentiment du peuple français. Il voit la réalité que répugne à lui montrer l’audiovisuel public qui, au détriment du principe de neutralité[2], déverse sa propagande immigrationniste et diversitaire, décerne des labels d’honorabilité et voue aux gémonies toute dissidence. Désavouée par l’Arcom, France 2 a dû supprimer des séquences du magazine Complément d’enquête diffusé le 27 novembre 2025, fondées, pour dénoncer « la méthode CNews », sur l’inexactitude des chiffres de Reporters sans frontières. La menace de l’excommunication médiatique plane sur « le groupe Bolloré », catalogué d’extrême droite, au mépris de la liberté d’expression et du pluralisme que la gauche chérissait tant lorsque la contradiction était réduite à peau de chagrin. C’est pourtant à l’opposé de l’échiquier politique que prospère la pression séparatiste.
Le rapport de la commission d’enquête[3], sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste, révèle qu’ « il existe bien des connivences et des proximités affichées entre certains élus, principalement du mouvement La France insoumise, et des individus promouvant cette idéologie […]. » En s’alliant avec LFI, le PS noue un pacte faustien. Quel est le mobile de cette union avec le cheval de Troie de l’islamo-gauchisme ? Un pis-aller contre la déroute électorale au moyen de désistements réciproques qui ne semblent même pas de mise pour les prochaines élections municipales du mois de mars prochain. Son alibi ? « Le front républicain », en réactivant le piège mitterrandien qui, à chaque élection encore, se referme sur la droite. S’il n’était pas dépourvu de toute pertinence au temps des outrances du FN, nostalgique de l’OAS, qu’en est-il aujourd’hui ? Y a-t-il vraiment en France un parti politique d’extrême droite ? La réponse est devenue une martingale qui permet d’envoyer la réplique antifasciste.
La droite est traversée par trois courants : libéral-conservateur avec Les Républicains (LR), national-souverainiste avec le RN, et national-identitaire avec Reconquête !
Le parti d’Éric Zemmour fond sa narration sur le Grand remplacement (2015), emprunté à Renaud Camus, et au Choc des civilisations (1996), prophétisé par Samuel Huntington, contre le mythe d’une « fin de l’histoire » (1992), annoncée par Francis Fukuyama, sous les auspices de la démocratie libérale qu’aurait consacrée la chute du mur de Berlin. Cette tripartition ne correspond pas à la classification initialement proposée par René Rémond[4] entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes qui avait encore quelques réalités au XIXème siècle. Le clivage à droite semble désormais se polariser entre la droite néolibérale et la droite nationaliste ou souverainiste comme le montre l’historien Gilles Richard[5].
Le placement d’un mouvement sur l’échiquier politique relève davantage du jeu des politologues que celui des juristes. Mais, le Conseil d’Etat joue l’arbitre des élégances !
Chauvinisme et autoritarisme
La partie politiste est conceptuelle. Elle a nécessairement pour atout la référence historique des ligues d’extrême-droite et de l’Action-française qui sévissaient dans l’entre-deux-guerres, et au fascisme proprement dit, porté au pouvoir sous le régime de Vichy à partir de 1943, comme le relève René Rémond[6]. Le politologue doit donc jauger la plateforme programmatique et idéologique à l’aune de cette histoire politique, pour évaluer utilement le niveau de défiance vis-à-vis de l’Etat de droit. Quoi de commun avec les droites aujourd’hui ? Charles Sapin[7] retient que « historiquement, les critères de définition les plus redondants sont le chauvinisme, un discours autoritariste, un nativisme mâtiné de crainte d’un effondrement démographique et, surtout le rejet du modèle démocratique comme des institutions, exprimé notamment par un antiparlementarisme radical, quand ce n’est pas une volonté d’obtenir le pouvoir par la force ». Et de conclure que ces critiques sont « difficilement applicables aux forces nationalistes auxquelles est consacré le présent ouvrage ».
Mais, pour tenir tendu « le cordon sanitaire », on décèle dans la volonté de restreindre l’immigration, « le rejet de l’autre, par permutation entre l’ethnique et le culturel »[8]. Le camp patriotique reste donc assigné à l’extrême droite pour avoir dénoncé « l’insécurité culturelle » (Laurent Bouvet), frappant les dépossédés de Péripheria (Christophe Guilluy). L’approche essentialiste est privilégiée afin de minorer les mutations idéologiques et stratégiques. Si l’on voulait plagier La Fontaine on déclamerait si ce n’est toi, c’est donc ton père (frère) !
Un peu de nuance
La partie juridique est fonctionnelle. Elle permet de situer les mouvements politiques les uns par rapport aux autres. Elle est donc contingente et relative. A propos de la circulaire du 16 août 2023 du ministre Gérald Darmanin alors ministre de l’Intérieur, concernant l’attribution des nuances politiques, aux candidats aux élections sénatoriales de 2023, le Conseil d’Etat a validé (arrêt rendu le 11 mars 2024 n°488378) le classement du RN à « extrême-droite » en considérant que : « en rattachant la nuance politique » Rassemblement national » au bloc de clivages » extrême droite « , la circulaire attaquée ne méconnaît pas le principe de sincérité du scrutin, que l’attribution d’une nuance politique différente de l’étiquette politique n’affecte pas, et n’est pas entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation. Elle ne méconnaît pas davantage, en tout état de cause, le principe d’égalité en procédant à un tel rattachement, tout en attribuant la nuance » Gauche » aux formations politiques » Parti communiste français » et » La France insoumise ». Cette motivation sibylline invite à consulter les conclusions du rapporteur public qui posent les critères de qualification juridique « d’extrême droite. »[9]

Le rapporteur retenait d’une part, l’affiliation du parti à la flamme au groupe politique Identité et démocratie (ID) au Parlement européen auquel est toujours membre l’AfD allemande. Cette approche métonymique, assimilant une partie (RN) au tout (ID), manque de rigueur scientifique, ce d’autant que le RN a, certes postérieurement à cet arrêt, mis fin à son alliance avec l’AfD après les déclarations scandaleuses de Maximilian Krah sur les SS. Le RN désormais membre du groupe « Patriotes pour l’Europe » dans lequel se retrouve le parti du Premier ministre hongrois, Victor Orban. Reconquête est affilié au groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), auquel appartient Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Le fascisme est-il au pouvoir en Hongrie et en Italie ? La réponse est dans la question tellement elle confine à l’absurde !
Le rapporteur public invoque d’autre part, les positions du parti de Jordan Bardella sur l’immigration et la préférence nationale. Mais la seule référence à ces thématiques ne suffit pas à qualifier comme on l’a vu une force politique d’extrême-droite. Il manque singulièrement l’autoritarisme, l’antiparlementarisme, l’antisémitisme, la volonté impérialiste…
En ce qui concerne la préférence nationale, la loi Immigration, avant d’être censurée par le Conseil constitutionnel (DC n°2023-863 du 25 janvier 2024), soumettait (article 19), le bénéfice du droit au logement, de l’aide personnelle au logement, de l’allocation personnalisée d’autonomie et des prestations familiales (aides sociales non contributives) pour l’étranger non ressortissant de l’Union européenne, à une condition de résidence en France d’une durée d’au moins cinq ans ou d’affiliation au titre d’une activité professionnelle depuis au moins trente mois. Mais, l’anti-universalisme, qui subordonne l’agrégation au destin national, à l’identité ethnique ou à la religion, fait manifestement défaut pour emporter la qualification « extrême-droite ».
En revanche, c’est l’extrême-gauche de LFI qui, en important le wokisme venu des campus nord-américains, lance ses injonctions indigénistes et décoloniales, crache ses slogans « anti-flics ». Le mépris consternant, exprimé par le député insoumis du Val d’Oise, Carlos Martens Bilongo, associant le racisme et la « pauvreté intellectuelle » du Nord, illustre une fois encore la haine de la France. La gauche, séduite par les chimères d’une société multiculturelle a fait voler en éclat les vertus républicaines de l’assimilation. Face à ce maelström d’imposture morale et de terrorisme intellectuel[10], le temps n’est donc plus à finasser ou tergiverser ! La droite doit cesser de trembler devant les oukases moralisateurs de la gauche car, mesurée à l’aune de l’histoire, le spectre du fascisme n’a pas aujourd’hui en France, et c’est heureux, de réalité tangible.
L’opération d’extension du domaine de l’extrême-droite vise à « diaboliser » des adversaires et non à préserver l’Etat de droit
Ce sont aujourd’hui les groupuscules d’extrême-gauche, qui investissent la violence et spéculent sur l’opportunité d’une insurrection. La gauche républicaine serait bien inspirée de regarder enfin à l’extrémité de son spectre politique, plutôt que de jouer la comédie antifasciste.
Le récit national d’adhésion et la promotion du droit à la continuité historique, dont les principes furent posés par Ernest Renan n’ont rien de communs avec l’extrême-droite mais permettent au contraire de s’en prémunir car, « l’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion… ». Ainsi peut-on devenir français car, « la nation est une âme, un principe spirituel…le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis…avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple… » (Qu’est-ce qu’une nation, 1869). C’est bien cet acte d’adhésion avec son fameux « plébiscite de chaque jour », antidote de la cancel culture, qui est attendu de ceux qui veulent intégrer le destin national pour devenir « Français de désir » (Ph. de Villiers), à l’instar de Boualem Sansal.
[1] Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?
[2] Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée le 28 oct. 2025
[3] Assemblée nationale, 17 décembre 2025
[4] Les droites en France, 1ère parution 1954
[5] Histoire des droites en France, Perrin 2017
[6] Les droites aujourd’hui, Points 2007, p.252.
[7] Les moissons de la colère. Plongée dans l’Europe nationaliste, Cerf, 2024
[8] F. Johannès, « Nicolas Lebourg : L’extrême droite est une vision du monde, pas un programme », Le Monde, 2021, cité par Ch. Sapin, op.cit.)
[9] Voir en ce sens Romain Rambaud, Professeur de droit public : Nuances politiques : Le rassemblement national reste d’extrême droite, AJDA 2024, page 1117.
[10] Jean Sévilla, Les habits neufs du terrorisme intellectuel, Perrin, 2025.




