Notre ami Bernard Swysen flatte nos penchants tyranniques avec sa nouvelle série de bande dessinée Les Méchants de l’Histoire dont les deux premiers tomes sont consacrés à Dracula et Caligula.


 

« Sans le Mal, pas d’Histoire » écrit Jean Tulard. Point de divertissement non plus car, avouons-le, nos cours d’Histoire seraient bien ternes et fades sans de bons vieux -ou jeunes- tyrans sanguinaires. Ceux qui ont acquis le prestigieux statut de « Méchant de l’Histoire » sont nos rock stars, et dans un processus cathartique, leur stupre nous comble, leur insanité nous ravit et leur ignominie nous fascine. Bernard Swysen au scénario et Fredman au dessin flattent ainsi nos penchants tyranniques avec la série de bande dessinée Les Méchants de l’Histoire. Les deux premiers tomes font ainsi la part belle à Dracula et à Caligula.

« Il est gonflé cet Eudème »

La série relève le défi d’illustrer en une soixantaine de pages toute la vie de nos chers tyrans, de leur plus tendre enfance où ils ne sont que de gentils pervers polymorphes – Dracula tête avidement les seins de sa mère, le jeune Caligula chafouine dans le jardin sa grand-mère avec sa sœur -, en passant par le monstre en devenir, pour s’acheminer vers le fou sanguinaire dont la seule limite est le trépas. Le récit est documenté, le lecteur a même à sa disposition un dossier de sources à la fin de l’ouvrage. Les auteurs ne manquent pas pour autant d’humour dans leur sérieux, notamment sous la dernière case de Caligula, lorsque des auteurs tels que Suétone et Tacite sont remerciés pour leur « aimable collaboration ». La série de bande-dessinée se veut ainsi instructive, sans l’austérité académique des vieux professeurs d’Histoire. Pour ce faire, Bernard Swysen dépoussière la Rome Antique et la Roumanie médiévale à coup de langage de « djeuns » (« Steplaîîît ! »). Le scénariste ne s’interdit rien, même les jeux de mots les plus faciles : « Il est gonflé cet Eudème » ou encore, lorsque Frédéric III prononce la devise des Habsbourg « A.E.I.O.U. », un vassal répond spontanément « voyelles ! » (il faut avouer qu’on sourit quand même).

Une joyeuse descente aux enfers

Les atrocités commises par ces « méchants de l’Histoire » – empalement, fosse aux lions et autres joyeusetés – passent comme une lettre à la poste grâce à l’univers dessiné par Fredman. Les vignettes rayonnent de couleurs vives dans Caligula, même la Valachie de Dracula n’est pas en proie aux ténèbres et la variété des angles de vue ne rend la lecture que plus dynamique. Caligula est ainsi un petit blond capricieux qui mène son monde à la baguette et au gré de son ire. La coupe est pleine et tout finit par déborder chez l’Empereur excentrique : sa lubricité, sa méfiance, son extravagance. Dracula se pose en chevalier du Bien qui empale ses présumés ennemis à la pelle – il empale même les rats de sa cellule – , mais ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Voici donc le Comte Vlad Dracula qui sombre progressivement dans les méandres de la politique et verse dans un despotisme où règne le pal.

Face à ces descentes aux enfers présentées de manière dépassionnée, sans diaboliser ou évangéliser le « méchant », les auteurs rendent les personnages tout bonnement humains et le lecteur chemine le long de leur existence en découvrant ou redécouvrant les événements qui l’ont marquée.

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Etudiante en anglais à la Sorbonne Nouvelle
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