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Nous sommes tous des martyrs

Nous sommes tous des martyrs
Les images de vidéosurveillance des auteurs de l'attentat de l'aéroport de Zaventem (Photo : SIPA.AP21874376_000102)

De nombreux blessés des attentats du 22 mars n’ont pas encore quitté l’hôpital que la culture européenne entreprend l’éloge des terroristes de Bruxelles, dans une exposition qui vient de s’ouvrir au Danemark.

On y voit tout bonnement exposés les portraits grand format de Khalid et Ibrahim El Bakraoui, auteurs des attentats de l’aéroport et du métro de Bruxelles, à côté d’un gant noir — comme ils en portaient pour dissimuler la commande de mise à feu de leurs bombes — dressé sous une cloche de verre, et d’une poignée de clous tels que ceux dont leurs bombes étaient truffées.

L’événement surréel est rapporté dans La Libre Belgique du 30 mai 2016 par Slim Allagui, correspondant de ce journal au Danemark (ainsi que de l’Agence France Presse). Le ton général de l’article ainsi que ses intertitres plaident en faveur de cette initiative d’un collectif d’artistes : « Pas de glorification », « Non au politiquement correct », « Ne pas interdire », souligne le journaliste.

Pourtant, le titre de l’exposition lui-même — « Musée des martyrs » — ne constitue-il pas une glorification des personnages évoqués ? D’autant plus que les bourreaux de Bruxelles y apparaissent aux côtés de rien moins que Socrate, Jeanne d’Arc et Rosa Luxembourg.

Si le dégoût n’a pas interrompu votre lecture, vous pourrez prendre connaissance des justifications de la porte-parole danoise du groupe d’artistes, Ida Grarup Nielsen : « Notre exposition est une enquête sur le terme de “martyr” à la fois dans un contexte historique et actuel, car ceux que nous appelons terroristes en Occident sont considérés comme des martyrs par d’autres ailleurs dans le monde. »

Il s’agit donc clairement de « relativiser » et de mettre les assassins de Bruxelles sur le même pied que de grands personnages culturels, en invoquant un « autre point de vue ». « Tenter de savoir ce qui se passe dans la tête des terroristes peut nous aider à comprendre et savoir, peut-être, comment contrecarrer le terrorisme à l’avenir », ajoute la porte-parole de manière perverse. En quoi l’exposition de deux portraits, d’un gant et de quelques clous permet de comprendre « ce qui se passe dans la tête des terroristes », seul un critique d’art contemporain pourra nous l’expliquer.

Le correspondant de l’Agence France Presse et de la Libre Belgique ne manque pas de souligner que les opposants à cette exposition jugée par eux « perverse », « idiote » et « honteuse », sont « notamment » de droite. Un élu du parti libéral au pouvoir a d’ailleurs déposé une plainte contre les organisateurs pour « apologie du terrorisme ».

Par contre, des voix progressistes, comme celle du rédacteur littéraire du quotidien de référence Politiken, défendent l’exposition et s’insurgent contre « le politiquement correct, même dans l’art ».

Un psychothérapeute danois, présent lors des attentats de Paris, plaide pour les artistes qui « ont aussi le droit de s’exprimer et de montrer certaines choses qui peuvent indigner, et raconter les raisons qui poussent des gens à donner leur vie au terrorisme peut contribuer à un débat sain. Nous devons défendre la liberté d’expression au Danemark, même si, de temps en temps, elle nous fait mal », ajoute-t-il.

Car, nous aussi, devons accepter d’être des martyrs…


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psychiatre et anthropologue. Il est l'auteur de "Opération Merah" et de "Lacan l'insondable".

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