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Comment Macron peut éviter un second mandat chaotique

Pourquoi un second mandat est toujours plus difficile

Comment Macron peut éviter un second mandat chaotique
Barbazan-Debat (65), le 29 avril 2022 © HARSIN ISABELLE/SIPA

Les macronistes nous l’assurent. Promis, le président ne sera plus arrogant et l’insécurité sera désormais combattue. On attend de voir…


Talleyrand (1754-1838), un connaisseur, considérait qu’en politique, le succès était plus difficile à gérer que l’échec. De prime abord cette pensée peut apparaître paradoxale tant quelques avantages semblent résulter de la victoire.
À commencer par celle-ci, une réélection qui est une première hors cohabitation. Ensuite, on sait ce qu’il ne faut plus faire et on est contraint, alors qu’on renâclait sous le premier mandat à tirer des conclusions décisives, de se débarrasser des ministres médiocres ou très peu accordés au casting politique. Enfin, pour qui n’a pas d’ambitions démesurées, une réélection autorise une sorte de continuation en roue libre, l’essentiel ayant été accompli, et il est gratifiant, pour certains, de substituer à l’action une attitude de “père de la patrie” caractérisée par une noble passivité.

Notre démocratie est schizo !

Au regard de ces éléments, pourtant, que de risques qui surviennent, à peine la joie d’un vote rassurant dissipée ! Les Français sont schizophrènes ou aiment trop l’équilibre, obsédés qu’ils sont par un désir de cohabitation révélant moins un souci d’unité nationale qu’une volonté de compenser le pouvoir présidentiel qu’ils viennent de légitimer à nouveau. Avec pour effet d’opposer un contre-pouvoir parlementaire au programme d’Emmanuel Macron, aussi vague qu’il soit aujourd’hui.

À supposer qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité parlementaire au mois de juin, elle sera sans commune mesure avec celle dominante et largement inconditionnelle dont il a bénéficié lors de son premier quinquennat.
Si on peut une fois trahir des engagements, il n’est pas possible de renouveler la violation des promesses comme si rien n’avait changé d’un quinquennat à l’autre. Par exemple, si le régalien a été une faiblesse, il convient qu’il devienne une force et si l’arrogance et le narcissisme ont prévalu, il faut que la modestie et l’écoute les remplacent pour donner aux citoyens la certitude que l’air démocratique s’est modifié, qu’il est devenu plus respirable. Cette obligation de métamorphose – et de se métamorphoser soi autant que possible – est probablement l’exigence la plus difficile à respecter tant la réalité peut peser sur les intentions sincères que l’on a et les contraindre à reprendre le fil politique ancien. Par ailleurs, aussi affirmé que soit le volontarisme, on ne fait pas ce qu’on veut de soi et de sa nature. Des obstacles sont susceptibles d’interdire la concrétisation d’une authentique aspiration au changement et les Français ne devraient pas en tenir rigueur au président réélu pour peu que sa bonne foi, lors de sa campagne, ait été admise.

Gérer le succès

Mais le moindre soupçon de comédie, de simulacre, serait dévastateur et ferait du vainqueur du 24 avril une personnalité à nouveau honnie par une certaine partie des citoyens, et avec d’autant plus de dureté que cette seconde déception aggraverait les conséquences de la première – qui avait pu sembler oubliée grâce au succès électoral éclatant. Ce qui est redoutable, surtout pour un second mandat, est ce que je pourrais appeler la libération des ambitions. Un premier mandat les bloque, surtout quand on a la conviction de l’aspiration du président à un second mandat. Ce qui explique l’attitude d’Edouard Philippe se ménageant pour 2027. Il est clair, en revanche, que la réélection d’Emmanuel Macron risque de faire disparaître l’essentiel de sa politique derrière l’émergence durant cinq ans, avec bonne conscience cette fois, d’appétences présidentielles diverses et variées. Emmanuel Macron les étouffait forcément hier, elles vont s’en donner à cœur joie dorénavant.
Talleyrand, comme souvent, voyait juste avec son cynisme intelligent. Point de paradoxe donc mais une vérité. Je suis sûr qu’Emmanuel Macron en est parfaitement conscient. Le tout n’est pas d’être réélu mais de réussir sa seconde prestation.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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