La numérisation du monde transforme les rapports humains et les relations des États et des entreprises. La liberté personnelle peut se trouver entravée dans une surveillance accrue, ce qui suppose de renforcer les protections personnelles.


À l’évidence, la numérisation du monde, qui interconnecte individus et matériels, se présente comme une transition civilisationnelle majeure. Celle-ci modifie les modalités d’exercice du pouvoir dont la mise en œuvre échappe désormais en partie au regard. Les hackers opèrent de façon anonyme et s’en prennent à des sites internet qui prélèvent des informations sur les individus à leur insu. L’entrée dans l’ère cybernétique rend ainsi la puissance plus transparente.

Peur d’un décapage technologique de l’humain

L’étude de cette mutation technologique en cours se révèle donc de prime importance. Toutefois, celle-ci comporte un risque, celui de confondre l’avancée technologique dans le domaine numérique et la vitalité réelle d’une civilisation qui repose sur sa capacité à transmettre la vie dans tous les domaines.

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La situation actuelle peut se résumer à une hybridation entre le réel et le virtuel, celle-ci s’accompagne de la peur d’un décapage technologique de l’humain, peur atténuée par un espoir, celui de l’avènement possible d’un humanisme numérique. Or, la puissance transparente ne se laisse pas facilement appréhender. L’un des dilemmes de la recherche en matière de cybersécurité provient du fait que la plupart des données sont inaccessibles au grand public. Ce champ d’étude compliqué ne peut être décodé sans les capacités techniques de l’armée ou des services de renseignement. Il est possible de compenser cet obstacle en explorant des sources situées aux deux extrémités de la chaîne.

On dispose en amont, de la réflexion critique de quelques philosophes du numérique. C’est le cas de Bernard Stiegler qui considère internet comme une technologique disruptive, l’automatisation numérique entraînant la défiscalisation et la fin de l’emploi. De son côté, Éric Sadin définit l’intelligence artificielle comme un mode de rationalité fondé sur l’interprétation en temps réel de situations diverses, en vue de suggérer continuellement des services et des produits. Ce technolibéralisme vise à infléchir les comportements. Enfin, il est possible de citer Kave Salamatian qui voit dans internet une méduse au cœur très connecté et dont les infrastructures sous-marines permettent d’esquisser une géopolitique du numérique.

En aval, différents blogs et sites internet témoignent du bouillonnement technologique en cours : Wired.com, site de vulgarisation technologique, peut être utilement conjugué à InternetActu.net et à Reflets.info qui sont davantage technocritiques. Différents outils en ligne permettent également de mesurer les évolutions numériques, il s’agit de la carte des câbles sous-marins qui transportent 99 % des données internet, de celle des utilisateurs de Tensorflow, ou bien du site Shodan.io qui donne un état des appareils connectés.

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Il est enfin possible d’approcher la communauté des joueurs-hackers qui ne répugne pas à communiquer sur les piratages commis même si les spécialistes de l’informatique peuvent hésiter à entrer en relation avec des personnes provenant d’un monde étranger au leur. Toutefois, ni les sources amont, ni celles placées en aval ne spatialisent. Par conséquent, ce sont surtout des logiciels de veille, comme Tadaweb.com ou de cartographie relationnelle comme Gephi.org, qui permettent de dresser un état de la géopolitique du numérique dans des lieux précis. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence accrue du pouvoir numérique ne débouche pas sur le lissage des connectés.

En effet, la récolte massive des données personnelles, moteur de la numérisation présuppose la granularisation des sociétés en micro-groupes identifiés. L’enfermement des agrégats d’individus dans des bulles internet cloisonnées conditionne en effet l’efficacité du marketing marchand individualisé – dont le marketing électoral est un sous-produit. Ainsi, paradoxalement, la numérisation des sociétés humaines renforce leur granularisation identitaire voire l’affrontement de micro-groupes d’autistes connectés. Si l’on y prend garde, la connexion permanente, générée par la gouvernementalité algorithmique, pourrait ainsi se révéler davantage belligène que pacificatrice. Pour le comprendre, il convient de démonter la dynamique de la révolution numérique avant d’en esquisser les possibles conséquences géopolitiques.

La dynamique marchande de la révolution numérique

Mue par la volonté de substituer l’intelligence artificielle à l’imprévisibilité humaine, la révolution numérique met en œuvre la captologie qui monopolise l’attention du consommateur et n’est guère affectée par…

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