« Pas d’amalgame ! », le mantra habituel consécutif de chaque attentat djihadiste, en France, en Europe ou ailleurs, n’a pas manqué d’être psalmodié par la plupart des personnalités politiques et médiatiques s’exprimant sur la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, Marine Le Pen incluse. Comme si la vindicte populaire risquait de se déchaîner contre l’épicier arabe du coin, qui n’est même pas menacé du moindre boycott, à la différence des vendeurs de machines à soda israéliennes !

Le peuple français, dans son épaisseur populaire, n’a nul besoin qu’on lui fasse la leçon antiraciste, pour la bonne raison qu’il pratique la common decency orwellienne, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Quoi qu’ils pensent de telle ou telle religion, quelle que soit leur opinion sur les Arabes, les Juifs ou les Zoulous, les Français n’ont pas pour habitude de se livrer à des pogroms, ni d’infliger des punitions collectives à des groupes en raison des crimes commis par quelques uns de leurs ressortissants. Ils font bêtement confiance à la loi.

Cela n’empêche pas, bien sûr, que les préjugés, les généralisations, voire les sorties carrément racistes alimentent les brèves de comptoir comme les écrits et  les spectacles : Dieudonné, à ma connaissance vit et travaille en France.

C’est à Dresde, en Allemagne, et pas à Paris ou à Lyon, que les foules se déplacent pour dénoncer l’islamisation supposée de leur pays. Alors, mesdames et messieurs les moralisateurs autoproclamés de notre nation, qui nous soupçonnez de mauvaises pensées avec une méticulosité inquisitoriale, lâchez-nous !

Et écoutez-vous plutôt pratiquer à jets continus ces amalgames que vous dénoncez avec des trémolos dans la voix ! Oui, Edwy Plenel, Laurent Joffrin, Jean Birnbaum et alii, vous êtes les rois de l’amalgame, de la reductio ad lepenum de quiconque s’interroge sur la crise de notre identité nationale et de notre société en dehors des dogmes dont vous vous érigez en gardiens. Alain Finkielkraut, puis Eric Zemmour, enfin Michel Houellebecq sont tour à tour convoqués devant votre tribunal inquisitorial. Comme dans les bons vieux procès staliniens, le verdict est établi avant même que l’accusé ne soit invité à s’expliquer.

Le comble de l’ignominie a été atteint, jeudi 8 décembre, le matin, sur France Culture par Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, qui n’a pu s’empêcher de souligner la « concomitance » de la sortie en librairie de Soumission de Houellebecq, livre qui lui a « donné la nausée », avec la tuerie de la rue Nicolas-Appert. « Cela n’a rien à voir, bien sûr, mais tout le monde l’a pensé, je l’ai pensé… », minaude-t-il avant de réitérer sa charge contre le romancier, qu’il réduit aux écrits islamophobes de la britannique Bat Yé’or, comme hier il ne voyait en Alain Finkielkraut qu’un épigone de Renaud Camus. Birnbaum  c’est la version estampillée rue d’Ulm de la formule populaire « j’dis ça, j’dis rien ! ». Alors, pas d’amalgame ? Que ces messieurs commencent !

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...