Monsieur Nostalgie revient sur les résultats en demi-teinte des athlètes français au Championnat d’Europe de Birmingham en août dernier et s’interroge sur les chances tricolores aux prochains JO dans la cité des anges en 2028…
Cet été, le compte n’y était pas. Faillite d’un système. Absence de culture de la gagne. Déni de l’effort. Ambition en berne. Vision inexistante. Démission ! Démission ! Démission ! Les attaques ont plu sur les ronds-de-cuir qui administrent le sport après l’escapade britannique d’août dernier. Les réseaux peu enclins à la mesure demandaient des têtes. Les athlètes, pauvres lampistes, ont échappé pour le moment à l’hallali. Des résultats indignes d’une grande nation telle que la France. Une 19ème place au pays de Coubertin, de l’INSEP et de l’UNSS, de qui se moque-t-on ? Et tout ça, avec l’argent du contribuable. Regardez plutôt l’exemple italien et sa floraison de médailles, des champions charismatiques en pagaille et une stratégie offensive, les Azzurri voient la vie en bleu clair. Alors que la France s’enfonce décidément dans tous les domaines.
À l’opposé, d’autres observateurs plus cléments estiment que notre athlétisme est en reconstruction en vue d’une renaissance attendue à Los Angeles en 2028. Que nos bronzes d’hier seront nos ors de demain. Qu’il y a eu un bel élan collectif et de prometteuses individualités durant cette saison anglaise. Que les médailles sont l’aboutissement d’un long cheminement et que notre équipe soudée ne manquait pas de volonté. Qu’il n’est pas fou de croire en des jours meilleurs, bientôt.
La vérité est comme souvent plus nuancée et cruelle. Les causes de cet athlétisme « malade » sont nombreuses, complexes, anciennes, à la fois structurelles et conjoncturelles. Pour apporter un diagnostic précis, il faudrait parler de la pratique générale du sport dans notre pays, de sa place dans les universités, de l’efficacité des politiques publiques dirigistes, et de l’imbrication du secteur privé aux côtés des soutiens traditionnels que sont l’Armée ou les collectivités territoriales. Mais aussi parler de la faiblesse des rémunérations dans des disciplines moins médiatisées ; la question de la juste rémunération n’est pas un sujet tabou (aux JO de Paris 2024, nous avions eu honte d’apprendre que de nombreux sportifs avaient des fins de mois acrobatiques). Et quid de l’EPS à l’école ? De la détection et du suivi des futurs talents ? De la prise en charge du haut niveau du point de vue de la performance pure et du bien-être psychique ?
Malgré tout, la brutalité de cette 19ème place restera en travers de notre drapeau. Les historiens du sport replongent dans les annales, on égrène les années maudites 1958, 1982, 2022 ; les statisticiens compulsent les lignes ; on ergote entre le classement final, le nombre de titres en or obtenu et le nombre de qualifiés dans les phases finales ; on se repasse la patate chaude. Il y a, à vrai dire, de la déception et de l’inquiétude pour les prochaines échéances. Parce qu’une Marseillaise chantée à vive voix pour célébrer une victoire, sur une piste, mettra toujours du baume au cœur. Le public n’est pas injuste avec ses athlètes bleu de France. Il les aime profondément. Il vibre avec eux. Il compatit. Il s’enflamme. Il souhaiterait que la vitesse retrouve des couleurs et des leaders ; et que les lancers soient mieux maîtrisés. Il se souvient de nos relais triomphants du passé. La perche homme et la longueur femme rassurent les plus sceptiques. Et puis, nos fondeurs tiennent la barre. L’endurance n’est-elle pas la principale vertu d’un peuple qui n’abdique pas ? Le sport d’élite international est en pleine effervescence, une science inexacte, les records tombent et les places sont de plus en plus chères. Si le podium demeure le but ultime et l’or, le métal le plus recherché, la manière – c’est-à-dire l’engagement, le panache, l’intelligence, la foulée académique ou le sprint désarticulé-, marque tout autant les téléspectateurs. Nous avons historiquement une manière française d’arracher un podium. Alice Finot, impériale au 3 000 m Steeple a brillamment décroché l’argent avec un sens du placement. La très grande classe. Et Jimmy Gressier, déçu après son 5 000 mètres, a pris la troisième place au 10 000 mètres avec les dents, avec la folie, avec une rage populaire communicante. Ces émotions-là, valent de l’or.
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