Le 15 avril, Le Monde évoquait la « mission de réflexion sur les formes d’engagement et l’appartenance républicaine », que François Hollande a échoué à faire mener de concert par les présidents respectifs de l’Assemblée nationale et du Sénat. En désaccord total sur les suites à donner aux attentats de janvier, Gérard Larcher et Claude Bartolone ont finalement choisi de ne pas « vivre ensemble » au point de cosigner un rapport commun. Le 15 avril, rapportait le quotidien de Pigasse et Bergé, « ce sont donc deux rapports distincts qu’ils ont remis à François Hollande, deux réponses opposées – une de droite, une de gauche ».

Le 17, la quatrième de couverture de Libération était consacrée au délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), auteur du nouveau plan présenté le même jour par Manuel Valls. Fidèle du Premier ministre, énarque, 41 ans, Gilles Clavreul semble tout droit sorti de « Mad Men », du moins à en croire la photo. D’ailleurs, son attachée de presse est « un pur produit d’Euro RSCG », nous apprend d’emblée Libé. Mais à la lecture de ce portrait, on réalise surtout que François Hollande en est encore à tergiverser entre deux positions antagonistes, quand Manuel Valls a déjà tranché. Car le rapport Larcher, « de droite » selon Le Monde, correspond point par point aux idées de Clavreul, qui « n’a jamais milité au PS » non plus selon Libération.

Il faut dire que ce brave Bartolone est le seul à considérer que l’après-Charlie n’a rien à voir avec les questions d’immigration, de religion et de laïcité : il jure même ses grands dieux que ces sujets n’ont été évoqués « à aucun moment » lors de ses auditions. Pour Larcher, en revanche, « il y a un sujet avec l’islam, comme il y en a eu un avec le catholicisme il y a 110 ans », et les politiques d’immigration doivent être revues d’urgence, « au risque que les communautarismes ne disloquent la nation ». Clavreul, lui, dénonce carrément « tous ces gauchistes qui jouent, sans vergogne, le jeu du communautarisme » et trouve « délirant » le fait « que la figure de la femme palestinienne voilée soit devenue l’alpha et l’oméga de la cause du prolétariat ».

De même, Larcher écrit qu’« à force d’avoir chanté nos différences, on a oublié ce qui nous réunissait », et Clavreul qu’« on tourne autour du pot » en persévérant dans « une approche généreuse mais trop générale ». Comme celle de Claude Bartolone, dont le charabia sociologisant appelle toujours à « éviter le cloisonnement et à favoriser la mixité », ou encore à « refonder le lien civique » en misant sur le « développement de la citoyenneté » ?

Le président du Sénat veut en finir avec « l’idéologie victimaire et la repentance » qui nourrissent « le sentiment illégitime selon lequel les étrangers, quelle que soit la légalité de leur séjour, ont une créance sur la France ». L’auteur du plan gouvernemental de lutte contre le racisme, lui aussi, pointe du doigt les collectifs qui « sont dans une revendication victimaire », alors qu’« on devrait plutôt se féliciter que la France ait aboli l’esclavage ». Qu’en dit le président de l’Assemblée nationale ? Il se flagelle encore et encore avec « les ségrégations et les exclusions subies » parce  que vous comprenez, « la République, on l’aime quand on se sent aimé d’elle »…

La marche du 11 janvier aurait-elle enfin porté ses fruits ? Il se pourrait bien en tout cas que l’angélisme aveugle du PS version Terra Nova, devenu minoritaire jusqu’au sommet de l’Etat, ne soit bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

*Photo : VILLARD/SIPA/1504150834

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