Le film de Marianne Lamour, qui se fonde sur l’excellent livre-enquête, au titre éponyme, de sa sœur, Catherine, et de Danièle Granet[1. Grands et petits secrets du monde de l’art, de Danièle Granet et Catherine Lamour (sœur de Marianne), Poche, Pluriel.], n’est pas un documentaire de dénonciation. On n’y crucifie pas les milliardaires, qui en sont les acteurs principaux. La Ruée vers l’art signale la métamorphose qu’a subie ce commerce, désormais conforme aux règles (ou aux dérèglements) de la financiarisation en temps réel. Les artistes « bankables » sont soutenus par un discours publicitaire approprié et par une stratégie de marketing digne de l’industrie du luxe. Les artistes sont des marques : Basquiat, Koons, Murakami, Hirst… Qu’on épice cette foire aux vanités d’un peu de transgression, et c’est Byzance !

La Ruée vers l’art est le spectacle d’un divertissement habituellement caché, d’une sorte de féérie qui se joue à guichets fermés. Les premiers rôles sont des gens très riches, entourés de « curateurs », marchands, galeristes, conseillers, et des artistes. Catherine Lamour résume ainsi la situation : « Nous montrons qu’une société a rendu obsolète celle qui l’a précédée. L’opération a été radicale : plus rien n’est, ne sera comme avant ! »

C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle que le monde a voulu être moderne absolument, entraîné dans ce mouvement hélicoïdal par le cyclone Baudelaire. Réclamant du neuf à tous les étages, Baudelaire s’échappe par la « modernité », qu’il discerne dans l’œuvre d’un peintre alors méconnu, « C. G. » (pour Constantin Guys). Il prétend que l’artiste a entrepris la tâche héroïque de présenter le monde en train de se faire sous ses yeux, dans les décors et les vêtements de son temps. C’est par ce moyen, qu’il « cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité […] Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. […] La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » (Le Peintre de la vie moderne).

*Photo: Vincent Yu/AP/SIPA.AP21392082_000007

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