Certains industriels ont développé une grande proximité avec le royaume islamique. Ne faut-il pas s’en inquiéter?


La France possède une industrie d’armement qui la hisse, derrière les Etats-Unis et la Russie, à la 3ème place des pays exportateurs d’armes dans le monde ; l’armement restant un des derniers secteurs d’excellence de l’industrie française qui emploie plus de 200 000 personnes.

Cette situation enviable risque d’être remise en question par la trop grande proximité de certains de nos industriels avec un pays qui ambitionne de devenir un acteur majeur – producteur et exportateur – du marché de l’armement, l’Arabie Saoudite.

Les ambitions de Riyad

En effet, la Saudi Arabia Military Industries – SAMI créée en 2017 par le Prince Mohamed Bin Salman – a pour objectif clairement affiché par Riyad de diversifier ses sources de revenus. A la manière des Chinois dans le passé, la SAMI cherche à s’associer avec les groupes de défense étrangers intéressés par les marchés du royaume saoudien.

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L’objectif de Riyad est double: satisfaire ses propres besoins mais aussi devenir producteur et exportateur d’armes afin d’étendre sa sphère d’influence.

Toutefois, et comme on a pu le voir avec les récents événements ayant frappé ses installations pétrolières, l’Arabie Saoudite ne dispose pas des ressources humaines pour utiliser certains des armements dont elle dispose. Il en est de même dans le domaine industriel et technologique. Cela contraint le pays à s’attacher les services d’hommes d’expérience disposant de réseaux à l’échelle internationale.

Un ex-Thalès dans le royaume islamique

C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter l’arrivée dans la sphère saoudienne de François Lureau, ancien patron de la Direction Générale de l’Armement et ex de chez Thalès. Il avait été précédé par Bruno de Lille, ex patron de Zodiac Aerospace, une filiale de Safran, qui est devenu vice-président de la SAMI saoudienne, en charge de l’aéronautique.

Certains verront peut-être dans ces arrivées matière à être fier de l’exportation du génie français et du renforcement de notre influence dans le Golfe.

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Néanmoins, il apparaît que nous sommes plus face à un dangereux processus de fuite des cerveaux. Cela précède un périlleux et coûteux transfert de technologie qui aboutira nécessairement à l’émergence de concurrents arabes, eux-mêmes futurs exportateurs et concurrents de nos propres industries d’armement. C’est ce qui risque de se profiler à l’horizon quand on prend en compte les subventions étatiques considérables que ne manquera pas de déverser l’Arabie Saoudite à la recherche de débouchés et d’influence dans la région.

Inquiétante fuite des cerveaux

Après l’expansion des mosquées salafistes, va-t-on assister à l’émergence de groupes militaro-industriels arabes autosuffisants et au déversement des armes saoudiennes dans le Golfe et ailleurs dans le monde ?

La France va-t-elle être concurrencée par ce nouvel acteur qu’elle aura contribué à faire émerger ?

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Alors que nos politiques et nos médias sont trop occupés à critiquer le président américain Donald Trump au sujet des négociations commerciales, ils feraient mieux de s’en inspirer, lui qui s’oppose fermement à tout transfert de technologie militaire afin d’y maintenir la suprématie américaine.

Du côté de la France, il serait temps que le gouvernement s’oppose à la fuite des cerveaux, mais aussi des brevets, qui risquent d’atterrir entre les mains d’entités gouvernementales étrangères qui ne partagent, ni notre agenda politique ni nos valeurs.

Transferts technologiques

N’existe-t-il pas un principe de précaution qui devrait inciter la plus haute administration française à s’opposer à de tels transferts humains et technologiques dans un secteur aussi stratégique que l’armement ?

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Cela est d’autant plus inquiétant que l’on sait que le partenariat stratégique liant les Saoudiens et Figeac Aero comprend déjà des clauses contractuelles qui conduisent à des transferts de technologies et de compétences. Il est aussi important de rappeler que ce partenariat n’est pas isolé puisque près d’une trentaine d’entreprises du secteur de l’armement seraient concernées à l’avenir.

Une question se pose alors : quand vont cesser ces transferts humains et technologiques vers des pays comme l’Arabie Saoudite – ou les Emirats Arabes Unis – qui se sont déjà retournés contre nous dans le passé et qui ne manqueront pas de le faire lorsque leurs priorités différeront des nôtres ?

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