Une tribune libre d’Alain Péréa, député LREM de l’Aude


« Il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, (…) d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation. » (Léon Blum – AN 1925). A lire les messages sur les réseaux sociaux mais aussi à entendre les théories de certains leaders d’une cause prétendue écologiste au sujet des pratiques de la ruralité, il s’agit du même raisonnement.  

Intéressés par les comptoirs commerciaux que représentent le tourisme d’abord littoral, alpin puis vert, les ruraux ont ouvert les territoires à des populations en quête d’espace et d’air pur. Dès les années 2010 la dépression économique autant qu’existentielle a conduit à une accélération du phénomène. Soumis au mécanisme d’expansion : il fallait conquérir de nouveaux territoires aux nouvelles sensations, plus authentiques, plus vertes, au contact de l’indigène. 

Ce qui au début était interprété comme un retour à la nature a muté : en s’attaquant en premier lieu aux symboles que sont les clochers, les coqs et autres pratiques traditionnelles sans même comprendre ce qui fait le rythme de vie de nos campagnes. Combat gagné, ils ouvrent un front plus large en s’attaquant tour à tour à toutes les activités qui font ce que nous sommes, avons à offrir. En brandissant l’étendard de l’écologie comme prétexte aux changements qu’ils veulent imposer aux territoires convoités, nous assistons à une colonisation de la ruralité : c’est de l’éco-colonialisme.

Le mot est fort mais l’analogie a pourtant ici toute sa place. Traités de barbares, d’assassins, les chasseurs font l’objet d’une « stratégie de rééducation » à la condition animale. Alors, la chasse millénaire doit disparaître quitte à la remplacer par une stérilisation de certaines espèces : le progrès face aux barbares. Que dire de l’agriculture ! L’agribashing est devenu le sport à la mode. Selon la logique coloniale, il faut produire selon les modalités qui seront définies à Paris dans un Think Tank vert. Peu importe si le monde agricole se meurt, il y aura bien un autre agriculteur pour le remplacer, pensent-ils. 

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Le modèle urbain doit s’imposer partout. Là où la nature apprend la symbiose et le rythme des saisons, il faut diviser les espaces, autoriser ou interdire. La règle rassure l’urbain alors que la fraternité motive le rural. Il faut réduire nos activités afin de laisser la place aux nouvelles pratiques : le temps des colonies ! 

Lissons, harmonisons, effaçons nos différences, apprenons la leçon. Alors la vérité la seule et l’unique prendra place, le bien manger, le bien cultiver, le bien vivre. Sous couvert alors de préservation de la biodiversité, c’est la diversité qui est condamnée : de nos langues, nos cultures, nos accents.

Le prochain congrès mondial de la Nature de l’UICN se déroule en janvier à Marseille. Les écologistes affirment : il faut que la France montre l’exemple ! Comme par le passé, l’image internationale est plus importante que les traditions locales. Nous irons dire qu’ils n’ont sauvé aucune espèce mais détruisent le peuple rural de France ! 

Le combat est aisé pour eux et se rejoue, celui d’un monde doté des outils modernes de communication face à un monde qui veut vivre en paix de son labeur, avec ses traditions. Surfant sur les réseaux sociaux, missionnaires d’une nouvelle religion animée par quelques gourous, ils attaquent sans cesse, jouent sur l’émotion, affirment sans prouver. Ils prétendent défendre le peuple face aux dangereux profanes, sources de tous les maux.

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Les défenseurs de la ruralité sont reçus par les médias comme les grands chefs à plumes du passé, figés dans le temps. Condescendance mêlée de curiosité, dans l’espoir du faux pas qui fera le buzz. Passé à la question : une tradition ne s’explique pas mais se vit et se transmet. À bout d’arguments, vient l’insulte suprême de lobbyste. Si vous défendez l’écologie vous êtes dans le camp des bons, si vous défendez la chasse, le vin, ou le foie gras, vous êtes le mauvais. Alors que nous sommes des amoureux de notre Pays, de ses habitants et de leurs savoir-faire.

Nos portes sont ouvertes au dialogue et au progrès. Dans la nature, « ce qui ne s’adapte pas disparaît », nous a appris il y a fort longtemps Darwin :  pas besoin des leçons de néo-écolos. Nous sommes généreux, nous accueillons et partageons. Nous acceptons le vivre ensemble dans le respect du vivant mais aussi de la mort. Mais à ceux qui pensent que le peuple de la terre de France est retardé et veut détruire la planète, nous leur disons que nous n’accepterons jamais d’être éco-colonisés! Notre Pays est une chance pour tous affirme le président de la République, cela implique le respect des diversités.

Nous défendrons, je défends cette France face aux colonisateurs même peints en vert !

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