Il faut faire attention avec l’affaire Grégory. Comme la découverte du tombeau de Toutankhamon et la violation de la sépulture de Rascar Capac au Pérou, elle apporte la malédiction. Le récent suicide du juge Jean-Michel Lambert vient s’ajouter à une liste déjà longue de décès. Dont le premier nom est bien sûr celui de Grégory Villemin assassiné le 16 octobre 1984, mais qui comprend aujourd’hui celui de beaucoup de protagonistes. Il y a aussi ceux très nombreux que cette affaire a rendus fous. Et enfin ceux qui se jettent dans la mêlée d’aujourd’hui sans disposer des éléments de la maîtrise.

Une seule vérité judiciaire: « Christine Villemin est absolument innocente »

Luc Rosenzweig a dans ces colonnes voulu prendre la défense de Murielle Bolle et réclamé sa mise en liberté. Pourquoi pas, bien qu’à ce stade il vaudrait mieux laisser faire ses avocats, qui disposent de privilèges, de règles de procédure et d’un accès immédiat aux médias qui n’attendent que ça. Cela éviterait de commettre des erreurs, et de donner le sentiment de prendre parti dans un débat qui aujourd’hui, compte-tenu de la catastrophe d’il y a 30 ans n’en a vraiment pas besoin. Sans revenir dans les détails d’une affaire qui en comporte énormément, on rappellera simplement qu’il n’existe aujourd’hui qu’une seule vérité judiciaire : « Christine Villemin est absolument innocente de la mort de son fils ». Elle a bénéficié d’un non-lieu, pour, chose rarissime, absence totale de charges. Après la reprise par le président de la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Nancy, de la procédure saccagée par Jean-Michel Lambert, ainsi que toutes les décisions de la chambre d’instruction qui ont annulé ses actes le démontrent. Ce non-lieu pour absence de charges, fut accompagné d’excuses de l’institution.

Mais il existe aussi un scénario pour expliquer de façon extrêmement plausible le meurtre du petit garçon. Ce scénario que tout le monde connaît depuis 30 ans, est la seule alternative possible à l’inexistante culpabilité de Christine Villemin clairement constatée par la justice. Cette dernière, en fonction nous dit-on d’éléments nouveaux, a décidé de reprendre ses investigations. Toujours dans le cadre de la procédure conduite par la présidente de la chambre d’instruction de Dijon contrôlé par sa collégialité.

Alors, que l’on conteste cette reprise 32 ans plus tard, que l’on déplore la mise en détention de Murielle Bolle, que l’on continue à penser contre l’évidence que c’est la mère qui a tué l’enfant, c’est l’affaire et le droit de chacun. Mais il vaudrait mieux éviter, au soutien d’un acte militant, utiliser pour cela approximations, erreurs factuelles, et contresens juridiques. Toutes ces choses qui ont rendu « la saison 1 de l’affaire Grégory » aussi glauque.

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Que nous dit l’ami Luc ? Il stigmatise la « détention pression » pour faire parler, et la considère utilisée par la justice à l’encontre de Murielle Bolle. On fera simplement remarquer d’abord, le fait que cette pratique est beaucoup moins utilisée qu’auparavant en dehors des « petits juges » qui s’attaquent aux politiques et dont la presse raffole. Et ensuite qu’il s’agit d’éviter que s’exercent sur Murielle Bolle les pressions connues il y a 30 ans. C’est un des enjeux de la procédure aujourd’hui.

Il poursuit : « Son témoignage, indiquant que Bernard Laroche était allé la chercher au collège en voiture, s’était rendu au domicile des Villemin, et avaient fait monter le petit Grégory dans le véhicule en compagnie de Murielle et de Sébastien, le fils de Bernard Laroche, présents pour donner confiance à Grégory, était accablant pour Laroche. Le lendemain, la famille de Murielle convoque la presse qui entend les rétractations de Murielle, déclarant qu’elle avait incriminé son oncle sous la pression de gendarmes la menaçant de « maison de correction » si elle ne disait pas ce qu’ils voulaient entendre ». Ceci n’est pas exact.

Murielle Bolle a fait devant les gendarmes deux dépositions identiques présentant cette version. C’était un vendredi, le lundi suivant devant le juge d’instruction, elle la réitéra une troisième fois. Contre l’avis des gendarmes elle fut renvoyée chez elle c’est-à-dire au sein du clan Laroche, parce que Monsieur le juge devait partir pour un trekking (!). Plusieurs témoins laissèrent entendre que rentrée chez elle la jeune fille avait passé un très sale quart d’heure. Et c’est donc quatre jours après la déposition devant les gendarmes et en l’absence du juge qu’eut lieu la fameuse conférence de presse.

Attention aux confusions

Il n’est pas exact non plus comme il est écrit à plusieurs reprises, que ce soit le procureur qui prononce la mise en détention provisoire, mais la collégialité de la chambre d’instruction composée de juges du siège. Ce n’est pas ergoter de penser, que pour des raisons de crédibilité, il vaudrait mieux éviter ce genre de confusion.

Et Luc de poursuivre tout de compassion pour Murielle, sa vie dévastée et l’horreur de la prison, en oubliant un peu l’affreux calvaire des époux Villemin, et en brocardant : « un témoignage tardif, celui d’un cousin affirmant avoir assisté aux sévices infligés par le clan Laroche à la jeune Murielle pour qu’elle revienne sur son témoignage ».  Une confrontation avec celui-ci, âgé de 55 ans et manifestement très malade, est prévue pour le 28 juillet. Il indique vouloir se mettre en ordre avec sa conscience avant une prochaine et probable disparition, et ceux qui l’ont rencontré, gendarmes, magistrats et journalistes considèrent crédible son témoignage, malgré son caractère tardif. Mais cette confrontation était judiciairement inévitable. Que ce témoignage soit contesté par les avocats de la défense est la moindre des choses ! Ils n’allaient pas applaudir, mais rappelons que la valeur probante de ces déclarations sera appréciée par le juge au terme d’un débat contradictoire.

Il vaudrait mieux aussi éviter de nous faire part de l’intention des conseils de Murielle de déposer contre le témoin tardif «une plainte contre lui pour dénonciation calomnieuse ». Certes l’incrimination est ronflante et sonne bien, mais s’il y avait une mise en cause pénale éventuelle contre ces déclarations, ce serait au travers d’une procédure pour faux témoignage.

Enfin, il y a ce qui se veut un coup de pied de l’âne à la fin de l’article : «Souvenons-nous également que les époux Villemin furent déboutés, en 1994 de leur plainte en diffamation et atteinte au droit à l’image déposée par eux contre Marguerite Duras. » Et alors, donc ?

Que veut nous dire cette information qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Qu’une décision de droit de la presse, dont on ne connaît ni les tenants et aboutissants, aurait une valeur supérieure à l’ordonnance de non-lieu pour absence de charges consacrant l’innocence de Christine Villemin ? Et est-ce que celle-ci serait donc, faute d’avoir obtenu la condamnation de Marguerite Duras, toujours coupable, forcément coupable ?

Cher Luc, je vous ai connu mieux inspiré.

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Régis de Castelnau
Avocat.Régis de Castelnau anime le blog Vu du Droit depuis 2012. En consacrant sa vie professionnelle d’abord au Droit social puis au Droit Public dont il fut un des premiers praticiens actifs au sein de la profession d’avocat. Il y ajouta une activité universitaire, doctrinale ...