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Patriote, moi? Jamais!

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Patriote, moi? Jamais!
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Certains profs traînent les pieds face à une circulaire de l’Éducation nationale qui instaure une cérémonie en hommage à tous les morts pour la France. «Cultiver le patriotisme, c’est un glissement dangereux», affirme l’élue LFIste Hélène Macon, en Loire-Atlantique.


Des syndicats de profs dénoncent la commémoration du 11-Novembre à l’école.

Les syndicats de profs, ça ose tout. Non contents d’encourager les élèves dans leurs pires illusions, ils refusent que ceux-ci rendent hommage à ceux qui sont morts pour eux, alors qu’il serait urgent de restaurer le sens de l’appartenance nationale.

Édouard Geffray avait pourtant pris mille précautions pour ne pas froisser les allergiques au tricolore. Sa circulaire du 2 juillet demande à tous les établissements du primaire et du secondaire d’organiser, autour du 11-Novembre, un « hommage annuel » à tous les morts pour la France. « Il ne s’agit pas de célébrer la guerre, mais la paix conquise, la liberté préservée et la résilience », pouvait-on lire. Avec une Marseillaise à la fin. Vous savez, ce chant qu’on entonne dans les stades, seul domaine où le patriotisme n’est pas suspect.

Le braillomètre se déchaîne. « Refusons l’embrigadement », déclare le SNES-FSU, qui appelle carrément au boycott. « L’école ne doit pas être l’antichambre de la guerre ! », renchérit SUD Éducation. Le FSU-SNUipp fustige un « catéchisme militaro-patriotique ». Le conseil municipal de Saint-Jean-de-Boiseau, près de Nantes, demande l’abrogation de la circulaire. Cultiver le patriotisme, dit une élue, c’est un « glissement dangereux ».

On ne peut certes pas interdire aux profs d’avoir une opinion. La gauche, autrefois patriote, a répudié la nation, tenue pour l’antichambre du fascisme. C’est son droit. Pour les profs, c’est autre chose : ils ont le devoir de garder leurs opinions pour eux. Sinon, demain, ils refuseront de parler de Napoléon ou de Louis XIV (ces fascistes !). Et même de Léon Blum, qui décida que le 11 Novembre serait la fête de la paix internationale et de la défense nationale.

Leur boulot, c’est d’introduire les élèves dans un monde qui les a précédés, de leur apprendre la gratitude pour les grands auteurs et pour tous ceux qui ont sacrifié leur vie. Bref, de leur enseigner qu’il y a quelque chose de plus grand qu’eux.

L’école est aussi le premier lieu d’assimilation, celui où des enfants peuvent s’approprier une histoire qui n’est pas celle de leurs parents. « Quel que soit le parcours singulier de chacun, la France émancipe par ce qu’elle donne en partage : un héritage collectif auquel chacun de ses enfants peut prétendre », écrit Édouard Geffray. Peu importe que nos ancêtres fussent ou non Gaulois, le 11 Novembre, les Poilus, les monuments aux morts, c’est notre mémoire partagée. On ne peut pas obliger des profs à aimer l’histoire de France, mais ils doivent la transmettre. Sinon, ils peuvent changer de métier.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Élisabeth Lévy du lundi au jeudi après le journal de 8 heures.




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur Sud Radio. Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à CNews, à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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