Alors que Pékin et Manille se renvoient la responsabilité d’une nouvelle confrontation en mer de Chine méridionale, les États-Unis et le Japon ont rejoint les Philippines pour des exercices maritimes. Cette querelle des récifs illustre les tensions croissantes dans l’Indo-Pacifique, sur fond de rivalité stratégique entre la Chine et les États-Unis.
Le 20 juillet 2026, un nouvel accrochage entre des navires chinois et philippins, près du récif de Second Thomas, en mer de Chine méridionale, a ravivé les tensions régionales en marge d’une importante réunion de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), organisée à Manille, capitale des Philippines. Les deux parties se sont rejeté la responsabilité de l’incident, avant que la situation ne s’apaise. Cet incident n’a rien d’anodin à l’heure où les cartes géopolitiques se redessinent depuis le retour à la Maison-Blanche du président Donald Trump.
Un archipel au cœur des ambitions chinoises
L’incident s’est déroulé au cœur de l’archipel disputé des Spratleys, un ensemble d’îlots et de récifs revendiqué par six États : la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Taïwan et Brunei. Au-delà de son importance stratégique, cette zone constitue, pour tous ces pays, un enjeu économique majeur en raison de ses abondantes ressources halieutiques et des importantes réserves d’hydrocarbures qu’elle pourrait receler. Mais, au cours des dernières années, Pékin a procédé à d’importants travaux de remblaiement sur plusieurs récifs et îlots qu’elle considère comme relevant de sa souveraineté nationale. Les Chinois y installent des infrastructures militaires comprenant des pistes d’aviation, des radars et des systèmes de défense, obligeant Manille à repenser sa stratégie de sécurité maritime aux côtés du Japon et de l’Australie.
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En réponse à la montée des tensions avec le «dragon rouge», Washington a resserré son partenariat stratégique avec Manille. Liés par un traité de défense mutuelle conclu en 1951, les États-Unis ont réaffirmé à plusieurs reprises leur soutien aux Philippines depuis l’élection du président Ferdinand Marcos Jr. (notre photo ci-contre) en 2022, faisant de l’archipel l’un des piliers de leur stratégie de contrepoids face aux ambitions chinoises dans l’Indo-Pacifique. Pour Washington et ses alliés, la liberté de navigation est un principe essentiel : elle doit empêcher qu’une seule puissance impose ses règles sur l’une des principales routes commerciales mondiales, au détriment des autres.
Une zone stratégique pour le commerce mondial
Cet événement intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’ASEAN. L’organisation tente depuis plusieurs années de maintenir un équilibre délicat entre ses relations économiques avec la Chine et ses préoccupations sécuritaires.
La Chine est le premier partenaire commercial de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, mais plusieurs États membres de l’ASEAN s’inquiètent de plus en plus de la présence maritime chinoise et de ses ambitions militaires de plus en plus affirmées. Le Vietnam, les Philippines et la Malaisie, notamment, redoutent que Pékin ne transforme progressivement ses revendications territoriales en contrôle effectif de la région. Manille souhaite également obtenir une condamnation plus ferme des comportements chinois. Les Philippines s’appuient sur la décision rendue par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, en 2016, qui a invalidé une grande partie des revendications de Pékin au regard de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). De son côté, la Chine communiste a refusé de reconnaître cette sentence, contestant la compétence du tribunal international dans ce dossier.
Si aucun des acteurs ne semble aujourd’hui chercher un affrontement militaire direct, la multiplication des incidents augmente le risque d’une erreur de calcul. Une crise locale pourrait alors rapidement prendre une dimension internationale, dans une région déjà marquée par les tensions autour de l’île indépendante de Taïwan et la rivalité croissante entre Pékin et Washington.
Une position de prudence qui favorise la Chine
À l’issue de la réunion de l’ASEAN, le 24 juillet, après quatre jours de débats intenses, les pays d’Asie du Sud-Est ont finalement adopté une position de prudence face à cette recrudescence des affrontements en mer de Chine méridionale. Depuis 2023, les Philippines ont officiellement dénoncé plus de 200 incidents impliquant les garde-côtes, la marine ou les milices maritimes chinoises dans leur zone économique exclusive. Ce chiffre inclut les collisions, les manœuvres dangereuses, les tirs de canons à eau, les blocus de missions de ravitaillement, les abordages et les intimidations.
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Sans condamner directement Pékin, les États membres ont appelé toutes les parties à faire preuve de retenue, à éviter toute action susceptible d’aggraver les tensions et à respecter le droit international maritime. L’organisation a également réaffirmé son soutien à la poursuite des négociations avec la Chine sur un futur code de conduite destiné à prévenir les incidents et à encadrer les comportements des différents acteurs.
Si cette issue diplomatique constitue un succès relatif pour Pékin, qui échappe ainsi à une condamnation collective, elle révèle surtout les divisions persistantes au sein de l’ASEAN entre les pays directement confrontés aux revendications chinoises, comme les Philippines et le Vietnam, et ceux qui souhaitent préserver leurs liens économiques avec la Chine. De quoi réjouir Pékin et sa diplomatie, qui considèrent le monde comme un vaste jeu d’échecs où seule la puissance permet de l’emporter face à ses rivaux.




