Cinq ans et demi après la disparition de Delphine Jubillar, Cédric Jubillar a finalement reconnu sa responsabilité dans la mort de son épouse et conduit les enquêteurs jusqu’au lieu où son corps a été retrouvé. Alors que le procès en appel a été renvoyé au premier semestre 2027, les aveux tardifs du condamné et la médiatisation des témoignages continuent d’alimenter un feuilleton judiciaire dont la victime demeure trop souvent la grande absente.
Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’avant un procès criminel, en premier ressort ou en appel, j’éprouve un sentiment de malaise, une impression d’indécence. Dans certaines affaires, une sorte de mythification médiatique de l’accusé s’installe, dès le prononcé de la sanction. Comme si ce dernier méritait un quelconque respect au prétexte de son incarcération durable. Et si, de surcroît, on lui fait écrire un livre sur lui-même, son parcours et ses crimes, il est assuré d’obtenir de la publicité, de la lumière, au lieu de l’opprobre. Dans ce domaine, la déontologie des journalistes pèse peu face au désir obscène de satisfaire la curiosité et le voyeurisme du public.
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La mort de Delphine Jubillar a engendré d’autres turpitudes. La stratégie des deux avocats (père et fils) de Cédric Jubillar n’a pas produit les effets qu’ils en attendaient. Il est clair, en tout cas, que lors du procès en appel prévu au premier semestre 2027, ils ne tireront pas nécessairement profit de l’étrange retard, manifestement tactique, avec lequel leur client est passé aux aveux – à cause, selon lui, de la justice qui ne l’aurait ni bien traité ni compris – puis à indiquer l’endroit où se trouvait le corps de sa victime.
Un aveu n’efface pas cinq années
Il est peu probable que l’on rende grâce à Cédric Jubillar d’une sincérité qu’il aurait pu manifester dès l’origine et qu’il n’a pas eue pour des motifs peu convaincants. En définitive, de ce prétendu coup de théâtre judiciaire demeurent le constat d’une manipulation et, probablement, l’espérance déçue de ses deux conseils. Cette comédie, loin de favoriser la transparence, a contribué à épaissir l’atmosphère délétère qui entoure cette tragédie criminelle et n’a pas rendu justice à Delphine Jubillar. Mais la dignité qui lui était due a été encore davantage bafouée par l’entretien que son « amant de Montauban », Donat-Jean, a accordé au journaliste Ronan Folgoas, dans Le Parisien.
Comment cet homme, que l’on dit effondré, a-t-il pu accepter un tel exercice médiatique, fait de révélations inutiles et de supputations dangereuses, alors que, n’ayant évidemment pas été présent lors de la nuit fatale, il ne pouvait se livrer qu’à des hypothèses et à des affirmations fragiles ? Que pouvait-il savoir de ce qui s’est réellement passé, de la dispute au sein du couple Jubillar ? Comment pouvait-il être si certain que Delphine Jubillar, si adorable avec lui, n’avait pas montré un tout autre visage face à son mari, qu’elle n’avait pas eu les propos blessants que l’accusé prétend avoir entendus ?
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Même si l’on comprend bien l’intérêt qu’avait Cédric Jubillar à raconter son histoire selon une version présentant la victime sous un jour agressif, il n’est pas inconcevable que, dans le feu de l’affrontement, Delphine Jubillar se soit éloignée de l’image d’Épinal brossée par son amant. Celui-ci aurait dû refuser ce narcissisme médiatique et réserver son témoignage à la cour d’assises d’appel.
Si, après l’horreur et les calculs, venaient le silence, la dignité, l’attente et, ensuite, l’arrêt de la cour d’assises, alors justice serait faite.




