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Le curé de Châteaudun, le député et l’euthanasie

La messe est dite (et le député est vexé)


Le curé de Châteaudun, le député et l’euthanasie
Le curé Dunois a condamné la proposition de loi sur l’aide à mourir devant le député-maire, Philippe Vigier (ici photographié à l'Assemblée en octobre 2018), qui en est le rapporteur général © Jacques Witt/SIPA

Loi sur la fin de vie: le « non possumus » de l’Eglise et l’affaire de la messe à laquelle a assisté le député de Châteaudun interrogent notre époque…


Le diable, parait-il, se cache dans les détails… Deux évènements, en marge du vote de l’importante loi sur la fin de vie, disent beaucoup sur notre société actuelle, au-delà même du fond de ce sujet si sensible.

Tous privés de communion !

Le premier, le 5 juillet, à l’occasion de la messe de la 25e Foire aux laines de Châteaudun (28). Le curé rappelle durant l’office la position de l’Eglise catholique quant à ce que l’on appelle « l’aide à mourir ». Dans l’assistance se trouve notamment le député de la circonscription qui n’est autre que le rapporteur du texte à l’Assemblée nationale, Philippe Vigier (Démocrates) : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort » rappelle le prêtre1… Il n’en fallait pas plus à l’édile pour se fendre d’une prise de bec avec celui-ci au motif qu’il n’avait pas pu répondre pendant la messe ! Et le parlementaire de doubler son intervention par un courrier en bonne et due forme à l’Evêque de Chartres afin de réclamer des excuses et un rappel à l’ordre de l’impétrant…

Autre salle, même ambiance : le 7 juillet, l’évêque de Bayonne (64) s’interroge dans l’hebdomadaire France Catholique sur le cas des parlementaires catholiques qui voteraient la loi sur la fin de vie. Celui-ci évoque alors la possibilité de les priver de communion, quand d’autres envisagent d’étendre la sanction à l’ensemble des sacrements délivrés par l’Eglise. La réponse de deux députés socialistes du diocèse ne s’est pas faite attendre : dans une lettre ouverte au prélat, ils font part de leur « profonde réprobation » convoquant tour à tour le principe de laïcité, la menace d’ingérence de l’Eglise dans les affaires de l’Etat et la figure tutélaire de Victor Hugo… une excommunication laïque en quelque sorte ! « Dans notre République, chacun doit rester dans son ordre : l’Eglise éclaire les consciences ; le parlement fait la loi » peut-on notamment lire dans la missive des deux parlementaires !

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Etrange conception en réalité que celle de ces élus qui confondent l’Eglise catholique et un club mondain animé par un éclaireur de conscience adepte du quinoa et autres plats à base de tofu. Des législateurs qui invoquent une République laïque sans en connaître le sens : car la laïcité c’est d’abord le respect de la liberté des cultes et donc le droit de l’Eglise à s’administrer librement, c’est à dire conformément à son magistère. Rappelons que nul n’oblige un parlementaire à venir draguer des électeurs dans les allés des bancs d’églises s’il ne peut souffrir les paroles du prêtre ; nul n’oblige non plus des députés à voter conformément aux préceptes de l’Eglise, s’ils n’entendent pas vivre en communion avec elle.

Dans notre République laïque, l’Eglise doit évidemment se conformer aux lois votées par la représentation nationale, ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle doive s’y convertir !

Comme si…

Là se trouve sans doute le véritable vice de notre époque que révèlent ces déclarations: penser que l’Eglise pourrait « faire comme si ». Car la position de l’Eglise n’est pas un effet de mode ou l’expression d’une frilosité de circonstance… elle révèle au contraire une fidélité constante à une croyance. Ici, comme chaque fois qu’elle se prononce sur des sujets ô combien sensibles, l’Eglise rappelle son attachement à l’idée d’une valeur intrinsèque, fondamentale et irréfragable de la vie humaine, aussi diminuée et amoindrie soit-elle. La vie, de tous et jusqu’à son terme naturel, comme participant à l’œuvre de Dieu.

Chacun a le droit d’y croire ou de ne pas y croire. Chacun a le droit d’y adhérer ou de ne pas y adhérer. Mais nul ne peut demander à l’Eglise de renoncer à ce qu’elle croit, à ce qu’elle défend et à ce qu’elle est, au prétexte des circonstances du moment. L’Eglise n’a pas vocation à être à la mode. C’est sans doute pour cela d’ailleurs que, quoique l’on veuille bien en dire, elle ne se démode pas depuis deux mille ans.

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Face au progressisme de notre temps l’Eglise oppose un « non possumus » qui doit tous nous interroger – que nous soyons catholiques ou non. Cette expression latine, devenue fameuse car souvent reprise par l’Eglise au cours de son histoire, rappelle qu’elle ne peut aller contre son dogme et sa Foi… « Nous ne pouvons, car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » avaient dit les apôtres Pierre et Jean. Depuis lors l’Eglise est fidèle à cette mission de témoignage à une certaine conception de l’Homme et de la Vie.

Le débat sur la fin de vie, fut-il long, n’aura pas su éviter son écueil principal : celui de la caricature. Celui d’un progressisme compatissant, triomphant et offrant un « prêt-à-penser » commode, opposé à un conservatisme présenté comme désuet, rigoriste et étriqué. Pourtant, face à ce que Chesterton appelait « la dégradante obligation d’être de son temps », il est sain que des résistances existent, nous interpellent et nous interrogent sur ce qui, en nous, à vocation à demeurer, à ne pas céder aux injonctions du moment. Car le moment passera, lui aussi…

« Quels que soient les dangers, les crises, les drames que nous avons à traverser, par-dessus tout et toujours, nous savons où nous allons, nous allons, même quand nous mourrons, vers la Vie » rappelait un jour le général de Gaulle.


  1. https://www.lechorepublicain.fr/chateaudun-28200/actualites/le-cure-de-chateaudun-condamne-la-proposition-de-loi-sur-laide-a-mourir-devant-le-depute-maire-philippe-vigier-qui-en-est-le-rapporteur-general_15019409 ↩︎


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