A huit mois de la présidentielle, la course est bel et bien lancée : au Medef, les prétendants au trône se sont affrontés cette semaine, tandis que les sondages continuent de dessiner un paysage peu réjouissant pour le « bloc central ». À force de confondre gestion et politique, ceux qui prétendent incarner l’alternative au RN et aux « extrêmes » pourraient bien avoir déjà perdu la bataille essentielle : celle des idées. Et si la campagne présidentielle était déjà pliée ?
En cause, une pitoyable confusion des genres. Là où la nation attend une vision, un projet de société ou, mieux encore, un projet de civilisation, capable d’enflammer les esprits et les cœurs, nous devrons une fois encore nous contenter de la platitude de programmes qui tiennent autant de la liste des commissions de la ménagère ménopausée (ou pas) que de l’inventaire à la Prévert. En panne de vision – parce que tout simplement en panne de réelle conviction –, « le bloc central » se trouve d’ores et déjà enferré dans ce piège de la médiocrité et du vide. Ses candidats – il nous en tombe ces jours-ci presque autant que les feuilles des marronniers en ce précoce automne – n’ont apparemment rien retenu des résultats de la précédente élection présidentielle.
Si Madame Pécresse, pour LR, et Madame Hidalgo, pour le PS, ne se sont retrouvées qu’avec, respectivement, quelque chose comme 4,7 % pour la première et 1,7 % pour la seconde (le pittoresque Jean Lassalle fait deux fois mieux !), autrement dit une misère, ce n’est pas – en tout cas pas seulement – parce qu’elles n’auraient pas été de bonnes candidates, mais surtout et avant tout parce qu’elles portaient le fardeau de l’indigence politique et idéologique de leurs formations, de leurs mouvements d’origine. Elles étaient les candidates du vide, du rien, brandissant comme un étendard, ou pire encore comme les Tables de la Loi, leur catalogue de recettes éculées, inspirées non pas par une vision de ce que doit être la Nation, la France, la civilisation française à l’horizon des vingt ou trente ans qui viennent, mais uniquement dictées par la soumission à la loi non dite du clientélisme.
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Comme hier, ce que proposent les candidats de ce « bloc central », allant des LR dits fréquentables aux sociaux-démocrates bien tempérés du PS, en passant par la très flasque pâte à modeler des officines centristes, s’avère, là encore, d’une indigence effarante. Rien d’autre à mettre sur la table que des annonces catégorielles, fortement gauchies de démagogie, rien de plus qu’un fatras archi-mâché de faux remèdes, façon cautère sur une jambe de bois, ou de baratin en mode bonimenteur de foire vantant les mérites supposés du fil à couper le beurre génération 2.0. Cela manque de souffle tout simplement parce que cela n’a pas d’âme.
Au bout du bout – nous le constaterons une fois encore –, ils n’auront plus qu’une ligne, qu’une oriflamme, qu’un slogan à nous jeter à la figure : « Nous ou le chaos des extrêmes », incapables qu’ils sont de se rendre à la cruelle évidence que ces extrêmes qu’ils conchient avec tant de gourmandise malsaine ne font que prospérer sur leur médiocrité, sur le vide de ce qu’ils sont devenus et de ce qu’ils traînent avec eux. Triste spectacle, en effet, que ces arrogants qui osent se faire forts de redresser demain le pays des ruines sous lesquelles ils l’ont eux-mêmes enfoui hier.
Il reste huit mois. Huit mois pour s’acheter une âme, se doter d’un souffle enthousiasmant : ça paraît bien court. En farfouillant avec ardeur sur Le Bon Coin ou en faisant les vide-greniers de la France profonde, peut-être pourraient-ils dénicher un petit quelque chose qui fasse illusion ? Peu probable. Car là également se niche une des leçons qu’ils devraient tirer de la dernière tournée présidentielle. De cela aussi – faire illusion –, ils sont devenus incapables.
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