Retailleau veut « renverser la table », Attal promet la rupture et Philippe découvre à son tour les vertus de la fermeté sur l’immigration. A huit mois de la présidentielle, les héritiers du macronisme et les prétendants de la droite rivalisent de mots forts pour répondre à une colère qu’ils ont longtemps ignorée. Mais peut-on vraiment changer de système sans changer de système ?

La France des oubliés n’a rien à attendre d’un régime sur la sellette, qui veut étouffer la colère des Français trahis. Ces derniers sont devenus, pour les rentiers du système, des ennemis intérieurs. Le 19 août, Le Monde a titré en une : «Constitution: les périls du référendum de Le Pen». Le projet du RN de consulter les citoyens sur l’immigration y est vu, par certains juristes, comme un « coup d’État ». La procédure souveraine viendrait à coup sûr ébranler le pouvoir des juges et un « État de droit » supranational qui a retiré au peuple la maîtrise de son destin. Cependant, le coup d’État permanent vient en l’occurrence d’une oligarchie qui, depuis un demi-siècle d’hégémonisme social-démocrate et de pensée obligée, empêche le déroulé normal de la démocratie.
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Tout ce qui se rapporte à la nation, à ses protections et à ses protecteurs est vu comme une dérive fasciste par l’idiocratie en place. Même Israël est nazifié pour refuser de disparaître. La sottise des intelligents s’observe à leurs moqueries des jugements communs. Le « bon sens paysan » horrifie les écologistes fanatisés qui interdisent des débroussaillements de sous-bois, des coupe-feu, des réserves d’eau : autant de facteurs qui ont favorisé la propagation des incendies de forêts lors des canicules de cet été. L’instauration d’une priorité nationale pour l’accès au logement, à des emplois ou aux aides sociales sont des hérésies pour ceux qui estiment que le « Français de souche » n’existe pas davantage que le monde rural, comme le dit Jean-Luc Mélenchon.
Le peuple que les élites ne voient plus
Le leader de La France insoumise, en meeting dimanche près de Valence (Drôme), se dit le représentant de la Nouvelle France « créolisée ». Or celle-ci était absente des militants très majoritairement blancs venus l’applaudir. Plus généralement, la classe politique déconnectée ne mesure pas la puissance de l’ancienne France encore majoritaire. Jusqu’à présent, cet électorat enraciné s’est rangé derrière le vote antisystème ou l’abstention, marquant l’indigence des discours coupés de la vie des gens. Mais bien des signes montrent la vitalité intacte des citoyens attachés à leurs traditions et à leur mode de vie. Un exemple parmi d’autres : la reprise de la comédie musicale Le Roi Soleil, sur la vie de Louis XIV, emplit en province des salles de milliers de spectateurs enthousiastes.
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Les professionnels de l’extrême centre n’éteindront pas la déflagration qu’ils perçoivent. Dans Le Parisien Dimanche, l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, admettait en spectateur: «Notre système est à bout de souffle». Édouard Philippe reconnaît, mais pour le seul département de Mayotte, que le droit du sol, le droit d’asile et le regroupement familial sont des problèmes. « Je veux renverser la table (…) », explique Gabriel Attal le 2 août) dans le JDD, après Bruno Retailleau, tandis que Raphaël Glucksmann, invité le 23 août sur TF1, veut « relever la France ». François Hollande, à nouveau candidat pour le PS, promettait déjà en 2012: «Le changement, c’est maintenant». Quant à la Révolution, promise par Emmanuel Macron dans un livre, elle n’a jamais débuté.
En réalité, tous ces acteurs ne changeront rien à un Ancien Régime qu’ils ont consolidé sur l’abandon du populo. Au peuple ordinaire de prendre sa revanche en 2027. Qui l’aime le suive.
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