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Cambridge: la chute d’une université

De nouvelles révélations entachent la réputation de la prestigieuse institution


Cambridge: la chute d’une université
Jason Arday et Farah Ahmed. Open AI.

Après le scandale grotesque et tragique du plagiaire et mythomane Jason Arday, un autre scandale, tout simplement sinistre, vient de nouveau secouer la faculté d’Éducation de l’université de Cambridge et montre combien ce type d’institution est la porte d’entrée de l’islamisme au Royaume Uni et – par répercussion – en Europe. Jeremy Stubbs raconte.


L’université de Cambridge a été fondée en 1209 par des transfuges de l’université d’Oxford. Elle a été le berceau intellectuel de toute une série de grands esprits tels qu’Isaac Newton, au XVIIe siècle ; Charles Darwin au XIXe ; ou Ernest Rutherford, le père de la physique nucléaire, au XXe. Que penseraient ces gloires de la science, s’ils étaient au courant de ce qui se passe aujourd’hui dans leur alma mater, et plus précisément dans la faculté d’Éducation ? Cette institution est censée non seulement conduire des projets de recherche de haut niveau dans le domaine de la pédagogie, mais aussi former des milliers de professeurs d’école.

Les lecteurs de Causeur seront déjà au courant de l’histoire du professeur plagiaire et mythomane, Jason Arday, racontée dans l’excellent article de notre confrère Alain Destexhe. Mais à ce scandale se succède actuellement un autre qui met en cause la même institution et pour des raisons similaires. Il convient d’abord de faire le point sur l’affaire Arday avant de passer aux nouvelles révélations qui indiquent que, après des siècles de recherche et d’érudition, Cambridge est devenue, au moins dans sa faculté d’Éducation, la terre d’élection de l’imposture intellectuelle et le cheval de Troie d’une idéologie qui a pour objectif la destruction de la civilisation occidentale.

Jason Arday, persécuté persécuteur

Nommé professeur à l’université de Cambridge en 2023, détenteur d’une chaire en sociologie de l’éducation, Jason Arday a connu une ascension académique fulgurante. Diplômé d’une licence d’éducation physique à l’université de Surrey en 2008, à l’âge de 23 ans, ce jeune homme né à Londres de parents ghanéens commence à enseigner l’éducation physique à l’université de Leeds Beckett en 2014. L’année suivante, commence une transformation étonnante : il obtient un doctorat en sociologie à l’université de Liverpool John Moores et en moins de trois ans, il troque l’enseignement de l’éducation physique pour celui de la sociologie de l’éducation. De simple maître de conférences, il devient professeur, d’abord à l’université de Durham, ensuite, en 2022, à celle de Glasgow, grâce à la publication de quelques articles qui répètent des mantras simplistes : les programmes universitaires britanniques sont eurocentrés ; les Noirs et les Asiatiques sont sous-représentés parmi les doctorants. Enfin, il est nommé à Cambridge où il connaît la gloire médiatique, moins pour ses maigres publications universitaires, que pour le récit autobiographique qu’il construit, selon lequel il aurait surmonté toute une série de problèmes médicaux – autisme, surdité, dyscalculie, analphabétisme, le syndrome d’enfermement (après un prétendu accident de voiture), un cancer des testicules, l’épilepsie et une tumeur cérébrale.

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Ces épreuves, surmontée de manière quasi-miraculeuse, sont racontées dans un livre autobiographique, Great and Unfortunate Things (co-écrit avec Eve Claxton) dont la publication avait été annoncée par son éditeur, Simon and Schuster, pour le mois d’août. Étrangement, la maison d’édition a maintenu cette publication malgré le fait que, entre les mois de juillet et d’août, le château de cartes des plagiats et mensonges érigé par Jason Arday s’est effondré, suite à des révélations circonstanciées dans la presse nationale. Le 5 août, Cambridge – suivie par d’autres institutions – a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la procédure d’embauche de M. Arday. Le même jour, ce dernier démissionne de sa chaire. Le 14 août, il est retrouvé mort à son domicile londonien. Ce qui semble être un suicide tragique est en toute probabilité la conséquence de l’implosion du monde fantastique qu’il avait créé.

Son décès a été immédiatement suivi d’une tentative, de la part de militants antiracistes et de politiques et commentateurs de gauche, de sauver les apparences en s’efforçant de présenter Arday comme un martyr, un nouveau George Floyd, la victime d’une campagne de calomnie orchestrée par une presse xénophobe d’extrême-droite. Un des problèmes avec cette hypothèse, c’est que la presse progressiste – le Guardian en tête – a fait écho aux preuves évidentes des fraudes commises par M. Arday. Depuis, au moins deux journalistes d’extrême-gauche ont été obligés de poster des vidéos – dignes de quelque procès de Moscou – où ils s’excusent de la manière la plus abjecte d’avoir dit des méchancetés au sujet du professeur plagiaire. L’autre problème, à part la nature grotesque et incontestable des mensonges en question, c’est qu’il n’est que trop évident que les vrais responsables du sort d’Arday sont ceux qui l’ont encouragé, qui l’ont conforté dans ses illusions et ses prétentions, et qui finalement l’ont propulsé jusque dans une stratosphère intellectuelle pour laquelle il n’était pas du tout qualifié.

L’image que certains voudraient maintenant propager de l’ex-vedette est celle d’un homme fragile – certes, sur le plan psychologique – naïf et de bonne volonté. Pourtant, il n’a pas hésité à recourir aux moyens forts pour museler ceux qui risquaient de l’exposer. A une étudiante qui, peu impressionnée par ses cours où il échafaudait quelques vagues considérations sur le racisme à partir des paroles de chansons populaires, lui a demandé de justifier la note qu’il lui avait donnée, le professeur a riposté en l’accusant de chercher à profiter de son « privilège blanc ». On sait quelles peuvent être les conséquences pour un Blanc d’être accusé de racisme. En 2023, un professeur émérite de l’université de Plymouth contacte M. Arday à propos de certaines similarités entre un article de ce dernier datant de 2018 dans la revue Social Sciences et un autre, publié antérieurement dans la revue médicale numérique, BMJ Open. Arday a répondu en accusant son correspondant d’intimidation et de harcèlement. Un autre professeur émérite, cette fois de l’Open University, écrit à Cambridge pour évoquer ce qui lui semblait un cas significatif de plagiat chez Arday. Réponse ? L’intéressé le dénonce auprès de la police pour harcèlement. Enfin, en septembre 2025, un journaliste de l’hebdomadaire spécialisé, Times Higher Education, ayant compilé un rapport de 63 pages sur des plagiats supposés d’Arday, le contacte pour avoir sa réaction. Illico presto, il reçoit une lettre menaçante du plus grand cabinet d’avocats spécialisé en diffamation. Par conséquent, la revue décide de ne rien publier. En prime, Arday dénonce le journaliste à la police qui intime à ce dernier de ne plus contacter le professeur car cela mettrait en péril sa santé mentale. Présageant l’écroulement de son univers fictif, Arday a donné en avril 2026 une conférence devant la British Sociological Association, où il accuse de vagues militants d’extrême-droite de vouloir discréditer des chercheurs noirs – comme Claudine Gay, l’ancienne présidente de Harvard – en les accusant de plagiat. Il dénonce cette soi-disant campagne comme un « cancer » qu’il appelle sinistrement « à éradiquer ». La leçon à retenir ici, c’est que le système qui promeut, non seulement des professeurs peu qualifiés comme Arday, mais les idéologies destructives qu’ils portent, est le résultat, non seulement de la naïveté de certains hauts responsables du monde de l’enseignement supérieur, mais aussi d’une forme de terreur qu’ils installent afin d’imposer la conformité à tous leurs collègues et d’exclure toute critique. Outre-Manche, les exigences par exemple de la diversité à l’embauche font partie intégrante du programme d’évaluation des différentes universités qui influe directement sur le niveau de financement de chacune d’entre elles. Les conséquences pour la société de cette mainmise seront dévastatrices.

Plus fort qu’Ulysse ?

A cet égard, la faculté d’Éducation qui a accueilli M. Arday comme un véritable messie de l’antiracisme est exemplaire. Son chef est une professeure (elle exigerait au moins la forme féminine) qui s’appelle Hilary Cremin. Quand le scandale de la fraude éclate, une vidéo devient virale – pour son caractère désormais absurde – où on la voit dire à M. Arday, un sourire béat aux lèvres : « Vous êtes le meilleur du monde en ce qui concerne votre domaine de recherche ». C’est ainsi que, dans la foulée du scandale Arday, l’attention générale s’est focalisée sur cette chercheuse. La vision pédagogique qu’elle veut inculquer est exposée dans un livre publié l’année dernière sous le titre étrange de Rewilding Education. En anglais, le verbe « to rewild » veut dire retourner un animal domestiqué ou un site cultivé à l’état sauvage. Pour Mme Cremin, l’éducation actuelle pèche dans la mesure où elle reflète et renforce « les pires excès de la pensée des Lumières ». Comme exemples, elle cite la discipline, les connaissances et les tests. Elle se méfie de la notion de « vérité empirique » qui flatterait « une vision moderne, urbaine, libérale et occidentale du monde ». Elle oppose cette « épistémologie du Nord », comme elle l’appelle, à une « épistémologie du Sud » appelée à mettre fin à « la domination de la pensée eurocentrée ». Sa propre notion de l’épistémologie n’a rien à voir avec la recherche, surtout pas quantitative. Elle fait confiance plutôt à ses propres ruminations personnelles – voire à des poésies qu’elle a écrites (mais qui sont peu dignes de cette étiquette) – pour étayer ses opinions. Cette approche est dans la droite lignée d’une tendance en sociologie consistant à présenter de vagues souvenirs personnels comme le fruit d’une recherche. M. Arday lui-même a justifié ses conclusions sur le racisme par des réflexions dites « auto-ethnographiques » qui ne sont rien d’autres que du radotage subjectif.

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Conformément à cette vision anti-occidentale de la pédagogie, Mme Cremin a assuré la nomination à un poste de professeur de recherche une musulmane nommée Farah Ahmed. Dans le passé, cette dernière a été un soutien de Hizb-ut-Tahrir, une organisation appelant au retour du califat à travers le monde, interdite comme groupe terroriste au Royaume Uni dans la foulée de certaines manifestations pro-Hamas après le 7-Octobre. Dans un pamphlet édité en 2002 et réédité en 2017, celle qui est désormais professeure à Cambridge a condamné l’éducation occidentale comme représentant « une menace » pour les croyances et les valeurs des musulmans. Elle a dénoncé la manière dont les écoles britanniques enseignent que la polygamie et le mariage d’enfants de moins de 16 ans sont archaïques et discriminatoires pour les femmes. Et la tolérance religieuse serait à rejeter car elle permet que l’islam soit présenté comme une religion de plus, au même titre que le christianisme ou le bouddhisme – au lieu de LA religion. L’enseignement de la littérature anglaise, source de croyances irréligieuses et immorales, comme celui de l’évolution, serait à proscrire.

En 2010, Mme Ahmed a renié ses liens avec Hizb-ut-Tahrir et n’a pas approuvé la réédition du pamphlet en 2017. Mais elle semble bien propager des idées similaires, bien que de manière plus subtile, selon une série d’enquêtes conduites par le journaliste du Spectator, Andrew Gilligan. Elle collabore avec un projet qui s’intitule la « Islamic Educator Learning Community » (IELC), liée au Cambridge Teacher Research Exchange Centre, qui est rattaché au collège universitaire auquel Ahmed est affiliée. Avec souvent l’implication personnelle de Mme Ahmed, la IELC a organisé deux colloques en 2023 qui ont critiqué « le rôle de la science dans un projet plus large, moderniste et colonial » et appelant à abandonner « la formation conventionnelle des professeurs » en faveur d’une « formation pédagogique fondée sur l’islam ». Un papier publié par l’IELC met en doute la théorie de l’évolution formulée par Darwin : afin de contrer « l’hégémonie coloniale dans l’éducation scientifique proposée aux musulmans », il pourrait être nécessaire d’identifier des « lacunes dans la chronique de fossiles » de manière à ébranler l’idée que l’homme descend du singe. Ahmed elle-même serait le co-auteur d’un guide intitulé « How Islamic is my school ? » (Dans quel degré mon école est-elle islamique ?) où une éducation musulmane authentique serait incompatible avec l’acquisition de compétences comme la lecture, l’écriture et le calcul.

Décidément, à la faculté d’Éducation de Cambridge, le cheval de Troie est déjà en place. Dans l’Odyssée, les Troyens ont discuté : fallait-il détruire ou accepter ce trophée. A la fin, ils ont fait le mauvais choix. Et nous ?



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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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