Sébastien Lecornu a déclaré la guerre au joint et fait de la lutte contre les stupéfiants une « priorité ». Il faudra un jour dresser l’inventaire complet des « priorités » du macronisme.
Enfin une bonne nouvelle. Par les temps que nous traversons, ne boudons pas une éclaircie. Savourons l’irruption, devenue si rare, d’une information positive. Je devine pourtant votre scepticisme. Vous avez les yeux rivés sur la hausse du chômage, sur une dette publique dont la charge atteindra 78 milliards d’euros en 2026 et pourrait dépasser les 120 milliards en 2030. Vous observez une société qui peine à retrouver un horizon, un récit collectif. Ne doutez plus.
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Nous sommes sur la bonne voie puisque nous venons d’apprendre que le Premier ministre ne se drogue pas ! Dans le cadre d’une campagne de dépistages aléatoires, Sébastien Lecornu s’est soumis au test. Résultat : négatif. Idem pour les membres de son cabinet qui ont suivi l’exemple. Nous voilà rassurés.
Le général de Gaulle a lancé l’appel du 18 juin. Sébastien Lecornu a déclaré la guerre au joint et fait de la lutte contre les stupéfiants une « priorité ». Il faudra un jour dresser l’inventaire complet des « priorités » du macronisme. Mais le sujet est sérieux.
La drogue, un sport national
La France compte près de cinq millions de consommateurs de cannabis et plus d’un million d’adeptes de la cocaïne. Cette dernière, selon le Premier ministre, serait devenue une forme de « sport national ». En cinq ans, la consommation de stupéfiants a doublé. Le narcotrafic irrigue des territoires entiers, des quartiers populaires aux centres-villes, des métropoles aux campagnes. Son chiffre d’affaires est estimé à plus de 7 milliards d’euros.
Le gouvernement présente un plan de 50 mesures censées marquer un « changement d’échelle ». Le Code pénal sera renforcé. Les élus locaux, les agents publics et certains acteurs privés qui « cautionneraient » ou « dissimuleraient » des trafics pourront être rappelés à leurs obligations au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale. Comme si le principal obstacle à la lutte contre le narcotrafic résidait dans le manque de signalements. Comme si nos quelque 2 000 procureurs manquaient de dossiers. On marche sur la tête sans avoir besoin de substances hallucinogènes.
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Il faut toujours se méfier de sa première impression. C’est souvent la bonne. À la lecture de ce plan, je n’ai rien trouvé sur la reine des batailles : le financement. Ce plan va laisser tranquilles les plus puissants, les plus invisibles, les plus protégés. Ceux qui organisent les flux financiers, recyclent l’argent sale, investissent dans l’économie légale et transforment le crime en rente.
Suivez l’argent
Lorsqu’il est question de concurrence féroce entre organisations, d’innovation logistique, de diversification des produits, de mondialisation des échanges et de blanchiment de revenus, peut-on parler d’un capitalisme qui fait une overdose ? Un système où tout devient marchandise, y compris ce qui détruit des vies, fracture des territoires et tue des enfants.
Pendant ce temps-là, la communication politique continue.
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J’imagine volontiers l’ouverture d’un conseil municipal à Orthez, charmante commune du Béarn. Les gendarmes font leur entrée, kits de dépistage à la main. Majorité et opposition se prêtent à l’exercice sous le regard attentif du public. Chacun souffle dans l’appareil, exhibe son résultat et retrouve sa place. La République est sauvée.
Pour célébrer cette victoire contre le narcotrafic, tout le monde partage des flacons de Jurançon. Et pas toujours avec modération.




