Accueil Économie Comment gagner des milliards

Comment gagner des milliards


Comment gagner des milliards
La joueuse de tennis russe Mirra Andreeva à Paris, le 7 juin 2026 © Xavier Galiana/AP/SIPA

Quel scandale! Sous prétexte d’un hymne russe confisqué à Roland-Garros, notre chroniqueur en arrive à plaider pour une recomposition complète de la politique extérieure française. Mais de quoi se mêle-t-il?


J’ai longtemps joué au tennis — mais jamais très bien, j’avais commencé bien trop tard : il est rare que l’on excelle dans un sport débuté après 40 ans. N’empêche : j’y suis resté assez attaché pour m’intéresser aux finales de Roland-Garros.
Je ne reviendrai pas sur la victoire de Zverev, match au scénario palpitant, final plein d’émotion (il faut vraiment être taré comme les fadas post-MeToo pour huer un joueur sous prétexte qu’il a eu jadis des démêlés domestiques). Non : ce qui m’a passionné, ce sont les demi-finales et finales du tableau féminin.
Mirra Andreeva a donc successivement éliminé Marta Kostyuk, une Ukrainienne revendicative qui met en avant sa nationalité et son animosité au lieu de se concentrer sur son tennis — et qui s’est fait étriller —, puis la Polonaise Maja Chwalinska, sortie des qualifications, ravie d’être là, et bonne perdante.
À ce moment-là, dans les tribunes deux spectateurs ont sorti un drapeau russe — interdit par un absurde règlement destiné à faire plaisir à Ursula von der Leyen et à la Commission européenne à la solde des Américains. Des vigiles leur ont sauté dessus pour réprimer ce geste de solidarité nationaliste. Et Andreeva a été privée également d’hymne russe.

A lire aussi, Thomas Morales: Tennis: l’âge du métal

Je ne m’attarderai pas sur ce que signifie, sportivement parlant, une telle politique, qui importe la guerre sur les courts de tennis. Les grandes  consciences qui nous gouvernent sans nous demander notre avis l’ont également importée sur les plateaux d’opéra, en interdisant les scènes américaines à la géniale cantatrice russe Anna Netrebko : ça laisse de la place à des sopranos moins douées.

Tout cela paraît secondaire, mais ce boycott stupide est significatif d’une politique globale qui a permis aux Américains d’exporter leur gaz de schiste en Europe, à des tarifs insensés : nous payions le gaz russe 20 €/MWh, nous sommes désormais sommés d’acheter du gaz américain à 52 €/MWh.
D’autant que le gaz russe, depuis le sabotage du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, ne passe plus qu’au tiers de ce qu’il était en Europe — de plus de 40% en 2021 à environ 11% en 2024. La France se fournit désormais en Norvège et aux Etats-Unis. Même le GPL coûte désormais plus cher. Et le pétrole russe, lui, est immédiatement saisi, dans des opérations de piratage en eaux internationales dont Macron se réjouit. Dans boycott, il y a boy : ce sont des représailles pour cours de récréation.

Par un hasard miraculeux, le lancement des opérations de guerre américaines en Iran, en amenant un blocage du détroit d’Ormuz, produit en même temps un renchérissement considérable des combustibles fossiles, que le consommateur européen paie de sa poche. Les supertankers déjà en mer, qui mettent un certain temps à arriver en Occident, vendent désormais leur pétrole aux nouveaux tarifs, alors qu’ils l’ont chargé pour trois fois moins. Et des initiés ont réalisé au passage de jolis bénéfices à Wall Street : plusieurs centaines de millions de dollars, explique Nicolas Chapuis dans Le Monde le mois dernier. La guerre, ça coûte cher mais ça peut rapporter gros.
D’ici à conclure que quelques grandes sociétés ont planifié un joli coup en longueur depuis cinq ans, et s’en mettent plein les fouilles…

A lire aussi: Horreur bolloréale sur la Croisette

Je suis un peu surpris que des gens de gauche, élevés dans la vulgate marxiste, considèrent le conflit ukrainien avec des critères sentimentaux, au lieu de penser que, comme disait Karl M***, le facteur économique est déterminant en dernière instance. Les Américains ont équipé l’Ukraine en échangeant des armes contre des territoires riches en terres rares, essentielles à la transition énergétique. Pendant ce temps, les Européens financent à fonds perdus l’armée ukrainienne et les mafias installées autour de Zelenski. 90 milliards, en février dernier, pas perdus pour tout le monde. Et 3 milliards d’euros bien français d’équipements militaires en sus.
Sans contrepartie. Des prêts jamais remboursés. Pas de contrepartie. Les Américains sont les seuls à tirer bénéficie de ces opérations de guerre.

Les Russes pendant ce temps ont diversifié leurs clientèle, et ne se tirent pas si mal du blocus qu’on leur impose. La Chine se rapproche, du coup, de la Russie — un beau succès de la diplomatie occidentale, que nous allons payer cash quand Pékin lancera ses troupes à l’assaut de Taïwan, avec la bénédiction de Moscou. Certains piailleront comme d’habitude à l’ONU, ce sera d’autant moins efficaces que les Etats-Unis, et bien d’autres, n’ont jamais reconnu Taïwan. Seuls douze minuscules Etats l’ont fait. Le marché des semi-conducteurs, spécialité de l’île chinoise, est à prendre.
Mais je ne doute pas que de belles consciences — les mêmes que pour l’Ukraine — gémiront de voir la Chine lancer son offensive.

Le sentimentalisme appliqué à la politique est sympathiquement grotesque. Les délires journalistiques sur la possibilité d’une attaque russe sur l’Europe, et l’annonce de budgets militaires soudainement gonflés, sont tout aussi irrationnels — mais peut-être certains faiseurs d’opinion sont-ils financés par les grandes compagnies qui se remplissent les poches.

Que Poutine soit un dictateur, tout le monde en convient. Que les Russes aiment les dictateurs, on le sait depuis Ivan le Terrible. Le modèle démocratique, inventé en Grèce, est à usage occidental — et encore !

On n’a pas d’amis, en diplomatie. On a des intérêts. Trump s’occupe de ceux des Américains — et spécifiquement ceux de ses copains. Macron, face à son miroir, joue à la grande conscience et prend des poses ridicules. Et Ursula von der Leyen, imperturbable, sert les intérêts de Washington et de Berlin. On l’a placée là pour ça.
Pendant ce temps, en France, 70 millions de cocus. Et moi, et moi, et moi.

L'école sous emprise

Price: ---

0 used & new available from



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent La Bayadère: à l’Opéra, les splendeurs d’un Orient de légende
Article suivant Grève SNCF: quand les syndicalistes font les charognards
Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération