Le film de Vincent Garenq reconstitue précisément les derniers jours du Samuel Paty, mort décapité par un islamiste en 2020 après une cabale mêlant élèves musulmans, parents et réseaux sociaux.

« L’Abandon » est un magnifique film tragique sur les dix jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty. Il est d’une honnêteté scrupuleuse et, lorsqu’on a fini de le voir, on est glacé et effrayé. Glacé par cette horreur criminelle du 16 octobre 2020, qui a vu ce professeur d’histoire-géographie exemplaire être décapité par un terroriste tchétchène. Effrayé parce qu’on pressent les terrifiantes menaces qui pèsent sur l’avenir. En ce sens, l’assassinat de Samuel Paty est bien plus que cette monstruosité venant clore dix jours d’incompréhension, d’irresponsabilité, de lâcheté, d’impuissance et de mise en danger mortelle. Comme on mesure bien, après ce film, l’admirable et si justifié entêtement de la sœur de la victime, Mickaëlle Paty ; comme on perçoit à quel point elle n’a cessé d’avoir raison en sollicitant les pouvoirs publics, en les alertant sur le fait que les leçons nécessaires n’avaient pas été tirées à la suite de cette atroce tragédie et qu’on avait trop vite conclu, l’indignation passée, à une normalité restaurée. « L’Abandon » est un film capital non seulement par le récit d’un assassinat programmé, mais aussi par la lumière implacable qu’il jette sur la France d’aujourd’hui : ses carences, ses faillites, ses rigidités, ses impuissances à tous les niveaux. Au point que, derrière l’atrocité de ce crime, on est contraint de se demander ce qui se déroulerait demain avec les mêmes mécanismes, la même structure éducative et professorale, le même maquis administratif et policier, la même lâcheté, la même indifférence ou la même partialité de certains, la même organisation dont on est fondé à questionner l’utilité. Le paradoxe est que cette multitude de services et de personnages officiels paraît être en place non pour résoudre les crises dans l’urgence et avec courage, mais pour empêcher qu’elles soient résolues. Comment aurait-il été possible de sauver Samuel Paty dans un univers de l’Éducation nationale si frileux, si tétanisé, si bloqué dans sa vitesse d’exécution, si peu armé pour répondre à des menaces mortifères ?
A lire aussi: Cannes: la reine Isabelle en son royaume
Cette description et cette analyse, même si elles n’ont heureusement pas toujours des conséquences aussi ignobles, peuvent s’appliquer à l’ensemble de la France officielle, administrative et institutionnelle, notamment politique, judiciaire et médiatique. Le moyen le plus sûr de répondre aux défis du réel consiste, dirait-on, à les engloutir dans une complexité inextricable, une bureaucratie proliférante et une telle accumulation d’obstacles que le succès finirait par relever du miracle.
L’assassinat de Samuel Paty n’est pas une fatalité. Il est le résultat du fonctionnement défaillant d’un pays qui, demain encore, risque de pâtir des mêmes errements. 2027 est désormais proche. Mais qui pourrait, dans une démocratie déjà imparfaite par temps calme, nous garantir la révolution salutaire qui remettrait notre pays en état de marche, en état ?
1H40
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




