Dans un portrait que lui consacre le week-end dernier La Tribune Dimanche, la Première dame révèle qu’après neuf ans à l’Élysée, il lui est désormais parfois difficile de voir le ciel bleu et qu’elle connaît désormais des « moments de pessimisme » qu’elle n’avait pas auparavant. Sans doute en raison de l’antimacronisme ambiant, Brigitte Macron reçoit finalement assez peu de soutiens pour les accusations infamantes dont elle est victime.

L’exigence de parité, que pour ma part je juge absurde dans son extrémisme, quel que soit le sexe dominant, n’empêche pas d’éprouver un malaise quand on s’attache, même avec une totale délicatesse et bonne foi, à écrire sur l’épouse du président de la République. En l’occurrence, à la suite du portrait remarquable que lui a consacré Pauline Delassus1 dans La Tribune Dimanche.
Liberté de ton
Revenir sur les péripéties singulières et précoces qui ont permis l’amour du couple présidentiel n’aurait plus aucun sens de même qu’il serait nauséabond de seulement évoquer les ignobles polémiques dont Brigitte Macron a été victime et qu’elle continue à subir.
Ce qui frappe d’abord dans les propos de Mme Macron est sa liberté de ton absolue et le contraste éclatant et en partie douloureux qu’elle décrit entre sa première vie – » une vie normale, des enfants, un job, des hauts et des bas, comme tout le monde… » et son existence d’épouse de président -« … dix années passées si vite, tellement intenses, j’ai vu la noirceur du monde, la bêtise, la méchanceté ».
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Elle ne cherche pas à apitoyer. D’ailleurs, si jamais elle en avait eu envie, on aurait pu lui rétorquer qu’elle n’avait pas été pour rien dans la conquête de l’Elysée par Emmanuel Macron et qu’elle était suffisamment lucide pour ne pas croire seulement à un chemin de roses…
L’analyse de sa personnalité par cette journaliste sort de l’ordinaire parce qu’elle n’hésite pas à évoquer, avec objectivité, des éléments et des critiques qui ont concerné Brigitte Macron, émanant de citoyens sans malignité perverse.
Quand Pauline Delassus lui prête une dilection pour les « bad boys », sans doute a-t-elle raison et sur ce plan, Emmanuel Macron n’est pas en reste. Cette fascination est difficilement supportable et rien n’exaspère plus le commun des Français que cette mythification de gens douteux et transgressifs par les élites, à commencer par le chef de l’Etat et son épouse.
Sur le plan amical, il est clair que Brigitte Macron se souciait comme d’une guigne de tomber dans des choix erratiques, en tout cas mal compris, et qu’il était prévisible que les privilèges octroyés à une Mimi Marchand auraient tôt ou tard des conséquences dangereuses.
Choix discutables
Dans le registre politique, même si Brigitte Macron s’en est beaucoup défendu, elle a inspiré le choix de certains ministres et ses préférences comme son influence n’ont pas toujours été des plus heureuses. Il ne suffisait pas que Mme Macron éprouvât de l’empathie pour tel ou telle pour que d’emblée la compétence ministérielle fût décrétée et admise. Quand, avant Gabriel Attal, trop fugitif, mais excellent, ministre de l’Education nationale réparant les dégâts, elle avait suggéré la nomination catastrophique de Pap Ndiaye, elle avait accompli une mauvaise action au détriment de l’école lui tenant pourtant tellement à cœur et du peuple français.
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Cette propension à mal conseiller a été portée à son comble quand, pour l’avoir vu au théâtre, elle a glissé à son époux, jamais en retard d’une provocation ou d’une incongruité, le nom de Dupond-Moretti pour la place Vendôme. Ce qui révélait pour le moins, de sa part, une indifférence totale à l’égard des critères techniques – avocat, il détestait la magistrature !- et démocratiques.
Dans ce registre également, une similitude réunit le couple. Emmanuel Macron n’a pas été le premier président à opérer des sélections discutables mais il est devenu maître, pour le pire, dans l’art de se tromper à coup sûr. De loin, il a été le plus mauvais DRH de la politique nationale. Parce qu’il n’a jamais récompensé en priorité la compétence ou les succès mais l’attraction qu’il éprouvait ou l’inconditionnalité qu’on lui offrait.
Derrière ces erreurs, il y a probablement l’autarcie amoureuse d’un couple qui se stimulant l’un l’autre a cru avoir raison contre les intuitions basiques du peuple français. Entre ombres et lumières, sincérité et fidélité – Brigitte Macron n’a jamais dévié d’un pouce dans la défense argumentée du président -, intelligence et émotion, elle se sera construit une place à part dans l’espace public, dans l’imaginaire national. Pour et dans l’Histoire, ce n’est pas rien.
- la fille de Laurent Joffrin NDLR ↩︎




