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Lyrique: terminus pour Tosca & La Finta Giardiniera, de Bastille à Bobigny


Lyrique: terminus pour Tosca & La Finta Giardiniera, de Bastille à Bobigny
© Albert Facelly

Tosca, opéra de Giacomo Puccini, à Bastille à partir du 28 mars. La Finta Giardiniera, opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, à la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny les 27, 28, 31 mars et le 1er avril


Fin de parcours pour la cantatrice Floria Tosca sous les auspices du regretté Pierre Audi disparu subitement en mai dernier, et dont l’Opéra-Bastille reprenait, hommage posthume, la magnifique mise en scène millésimée 2014, déjà reprogrammée maintes fois : en 2016, 2019, 2021, 2022, et même encore l’automne dernier, dans une distribution vocale démultipliée à l’infini, de Saloa Hernandez à Sondra Radvanovski en passant par Elena Stikhina et la soprano californienne Angel Blue dans le rôle-titre ; des stars Alagna ou Kaufmann à Yusif Eyvazov en passant par Adam Smith et Freddie De Tommaso pour camper le malheureux Cavaradossi ; d’Alexey Markov à Grevorg Hakobyan en passant par Ludovic Tézier pour incarner l’immonde sicaire érotomane, cupide et retors, Scarpia, surpuissant régent de la police. Sommé d’un bout à l’autre d’un crucifix géant, massif, poutre épaisse comme coulée dans un bloc de béton armé, immobile, suspendu dans le ciel tel ce genre d’ovni menaçant qu’on voit planer  au-dessus de la terre dans le cinéma de science-fiction, le décor de Christof Hetzer souligne avec une discrète élégance, à mi-chemin entre réalisme et abstraction,  le contexte historique du chef d’œuvre puccinien, créé en 1900, comme chacun sait, d’après la pièce de Victorien Sardou : un siècle plus tôt, dans la Ville éternelle contrôlée par les Bourbons régnant alors sur le royaume de Naples, à l’heure où les troupes austro-italiennes affrontent les armées de Bonaparte (cf. la victoire de Marengo, en juin 1800)…  Acte 1 dans les murs grisâtres de l’église Sant’Andrea della Valle, acte 2 dans la pourpre opulente d’un salon du Palais Farnèse, acte 3 au faîte d’un Château Saint-Ange envahi d’herbes folles – tous lieux sur lesquels, de part en part, la pesanteur théâtrale du pouvoir catholique se fait palpable. Reste qu’au-delà de cet ancrage historique, l’intrigue de Tosca, d’une férocité glaçante, est d’une modernité absolue et, comme telle, transposable à toutes les époques. Ce qu’avait très bien compris un Robert Carsen, lequel, dans une scénographie toute différente mais tout aussi mémorable, avait choisi quant à lui d’inscrire l’action dans l’Italie fasciste. De fait, chasse à l’homme, torture, chantage, viol, assassinat, exécution, suicide – l’immortel melodramma puccinien, aux mélodies à vous tordre les tripes, ne laisse aucune place à la gracieuseté : Tosca, roc opératique, n’est pas prêt de vieillir ! Précipitez-vous, il reste encore sept représentations dans cette régie d’exception, et un ultime cast vocal à découvrir.

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Mémoire de la dictature communiste oblige, Bobigny n’a toujours pas songé à débaptiser son boulevard Lénine. Ce qui n’interdit pas néanmoins d’y jouer présentement le divin Mozart – jusqu’au 1er avril ! Le numéro 9 de cette artère quelque peu réfrigérante demeure une adresse fort prisée car elle abrite la MC93, précieuse institution à qui l’art théâtral doit, depuis les années 1980, ses plus belles heures de gloire. L’Opéra de Paris a l’excellente idée d’investir les lieux une fois par an, pour y dévoiler les jeunes talents musicaux de son Académie. Cette année, La Finta Giardiniera (la fausse jardinière), opera buffa, c’est-à-dire comédie, composée par Wolfgang alors âgé de 18 ans, commande pour le carnaval de Munich soit trois ans après ce joyau d’opera seria qu’est Lucio Silla. Autant le dire, La Finta Giardiniera n’a pas le génie des chefs d’œuvres lyriques ultérieurs. Passons sur l’intrigue, tout à la fois invraisemblable, niaise et compliquée au point qu’on n’y comprend goutte. En gros, sous l’identité de Sandrina, jardinière du Podestat de Lagoreno (le premier magistrat de la ville) se dissimule la marquise Violante Onesti. Elle a survécu à une agression de son amant jaloux, le comte Belfiore. Roberto, son serviteur, est déguisé en jardinier, sous le nom de Nardo. Le Podestat aime Sandrina, mais Serpetta, sa servante, en pinçait pour le patron. Quant à Nardo, il est tombé sous le charme de Serpetta, alors que Belfiore s’apprête à épouser Arminda, nièce du Podestat, elle-même fiancée de Ramiro, garçon au service de ce dernier. Bref, après toutes sortes de péripéties défiant la logique et la psychologie, l’opéra s’achève sur trois mariages : Belfiore et Violante, Ramiro et Arminda, Roberto et Sandrina.  Rien ne tient debout dans ce livret, mais peu importe. De toute beauté, le duo final vous réconciliera avec le style galant le plus emberlificoté. Le spectacle est surtout l’occasion de découvrir, dans une régie soigneusement épurée signée Julie Delille et à travers une double distribution en alternance, les voix et les musiciens en apprentissage dans le cadre de l’Académie. Votre serviteur adresse des louanges toutes particulières à la soprano Isobel Anthony (Sandrina/Violante) et au ténor américano-norvégien Bergsvein Toverud (Belfiore)… Attention, dernière représentation le 1er avril – ce n’est pas le poisson du mois.

La Finta giardiniera 25-26 (C) Vincent Lappartient / Studio j’adore ce que vous faites

Tosca. Opéra de Giacomo Puccini. Mise en scène : Pierre Audi.  Direction Jader Bignamini. Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Angel Blue/ Sondra Radvanovsky, Freddie de Tommaso/Yusif Eyvazov, Alexey Markov/Gevorg Hakobyan, Vartan Gabriellan, Carlo Bosi, André Heyboer, Florent Mbia, Fabio Bellenghi.

Opéra-Bastille. Les 28, 31 mars, 3, 9, 15, 18 avril à 19h30, les 6 et 12 avril à 14h30.

Durée : 2h50


La Finta Giardiniera. Opéra de Wolfgang Amadeus Mozart. Mise en scène : Julie Delille. Direction : Chloé Dufresne. Scénographie : Chantal de La Coste-Messelière. Orchestre en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris. Musiciens de l’Orchestre Ostinato.

Durée : 2h50.

MC 93. Les 27, 28, 31 mars et 1er avril à 20h.   




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