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Purdey et les autres

La chronique du dimanche de Thomas Morales


Purdey et les autres
The New Avengers , Joanna Lumley, 1976 © REX FEATURES/SIPA

Pour célébrer l’amitié franco-anglaise et les 50 ans de la série Chapeau Melon, The New Avengers, Monsieur Nostalgie nous dit pourquoi Purdey (Joanna Lumley qui fêtera ses 80 ans en mai prochain) est supérieure aux Drôles de dames américaines…


Écartons tout de suite l’épineux débat entre Emma Peel et Purdey, laquelle des deux incarne le degré de l’érotisme chaste le plus élevé des îles britanniques ? Question abyssale qui taraude les Hommes depuis l’arrivée d’Internet. Des experts réunis à Bath n’ont pu se prononcer. Chaque camp avait apporté des arguments convaincants. Les visionnages ont été longs, épuisants et délicieux. À la fin, il fut impossible de les départager. Un gentleman agreement a tout de même scellé ce colloque international et une réponse de normand a fini par se dégager. On conclut qu’Emma Peel (Diana Rigg, disparue en 2020) conservait, haut la main, son titre de sujette de sa Majesté la plus charismatique des années 1960, son air mutin et ses longues jambes sont, d’après les spécialistes, ce que le royaume a créé de plus émouvant et de piquant durant la décennie. Chez Mrs Peel, on a considéré que son féminisme suave, presque indolent, tout à fait déroutant, a été une avancée majeure pour l’égalité des sexes. Mrs Peel restera l’égérie intouchable d’une émancipation en marche. Certains affirmèrent, non sans une certaine audace, que Mrs Peel, c’était Mary Quant + la reine + le Swinging London + Sergent Pepper.

Etude comparative

Purdey ne fut pas mis sur la touche pour autant. Elle avait ses fans qui apportèrent des éléments nouveaux au dossier. Selon eux, il fallait observer et analyser la figure de Purdey à l’aune des années 1970 et des crises naissantes. Sa coupe au bol et ses robes mouvantes en taffetas à fleurs devraient être réévaluées au rang de joyau de la couronne ; ils sont une réponse à la glaciation économique de l’Angleterre. Le témoignage d’une irradiation puissante qui, sans y remédier, apaisa un temps la misère ouvrière et les destructions d’emplois industriels. Certains évoquèrent même la possibilité d’étudier à l’Université cette onde qui permit aux ménages anglais et surtout aux enfants nés au début des années 1970 de croire, malgré tout, en un avenir radieux. Chacun put ainsi repartir de Bath, le cœur en joie et la mémoire tranquille. Tous s’accordèrent à dire que ces deux héroïnes télévisuelles avaient profondément modifié la perception de la femme anglaise à leur époque respective.

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Ce symposium autocentré sur des figures anglaises n’a pu faire une étude comparative avec la concurrence notamment américaine qui débarquait sur les écrans européens à la même période. Profitons du cinquantième anniversaire de la diffusion des New Avengers avec Steed, Gambit (il s’appelait Mike) et Purdey qui, durant deux saisons entre 1976 et 1979, remit l’Union Jack en lévitation dans les salons. Dès les premiers épisodes, Purdey se montra taquine, spirituelle, athlétique et d’une drôlerie, tout en esquive et coups de griffe – la marque de fabrique des belles tiges anglaises difficiles à rattacher précisément à une classe sociale. Purdey est à la fois, aristocratique et cassante, mais aussi d’ascendance populaire et affranchie. L’une de ses premières répliques est en soi un programme politique ambitieux : « Je dois dormir pour être belle ».

Poulette anglaise

Purdey ne se départ jamais d’un flegme ravageur. Dans un gymkhana sauvage, alors que Gambit conduit sa Jaguar XJS rouge à la poursuite d’une Aston Martin DBS crème, Purdey, distante et désirable, imperturbable, mange des quartiers d’orange et philosophe sur la vie, entre dérapages et accélérations. Purdey est la femme fatale de la deuxième moitié des années 1970. Elle annihile la concurrence venue d’Amérique.

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Pour les puristes, les nostalgiques du monde d’avant, je vous conseille « Le lion et la licorne » tourné à Paris où Purdey vêtue outrageusement de vert et de jaune partage le générique avec quelques acteurs français tels que Raymond Bussières et Henri Czarniak, l’inspecteur Cassard de « Tendre Poulet ». Au même moment, à quelques jours d’intervalles, débutait une autre série « Drôles de dames » (1976-1981) avec cette phrase énigmatique : « Il était une fois trois jeunes femmes qui allèrent à l’école de police ». Dans l’épisode pilote diffusé en mars 1976, on voit donc apparaître sous la lumière saturée de la Californie, trois enquêtrices de charme brushées et ripolinées : Kate Jackson en cavalière, Farrah Fawcett-Majors sur un court de tennis exécutant un revers à deux mains et Jaclyn Smith jaillissant dans un maillot deux pièces ruisselant d’une piscine. L’image est belle, léchée, séduisante à l’œil mais ne peut rivaliser avec Joanna Lumley, la fille d’un major de l’Armée indienne britannique, née au Jammu-et-Cachemire et élevée dans la grisaille d’Oxford Street.

Les tendresses de Zanzibar

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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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