Home Politique « Ni les hurlements du FN, ni le déni de la gauche »


« Ni les hurlements du FN, ni le déni de la gauche »

photo : UMP

Interview de Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP

Causeur : Le débat sur la laïcité a été très critiqué à gauche mais aussi à droite. Pensez-vous que maintenant, le climat va s’apaiser ?

Jean-François Copé : L’excellente tenue du débat va calmer ceux qui critiquaient notre démarche. Mais les réactions qu’il a suscitées sont révélatrices des postures des uns et des autres. La gauche et le Front National vont devoir prendre leurs responsabilités : nous, nous nous attaquons aux problèmes. L’extrême droite, elle, prétend que tout est dans la loi et qu’il est inutile de faire de nouvelles propositions.
La gauche, de son côté, ne va pas pouvoir continuer à nier que la laïcité est un sujet politique qui intéresse au plus haut point nos concitoyens et refuser en permanence la discussion. Le PS va devoir trancher entre les laïcs façon Glavany et ceux qui cèdent aux pressions communautaristes comme Martine Aubry. Il faut tout de même rappeler que, dans sa ville, elle avait accepté d’instaurer des créneaux séparés dans les piscines pour tenir compte des religieux qui refusent la mixité.

Causeur : Que le sujet intéresse les Français, soit. Fallait-il organiser à la va-vite une telle réunion sur des questions sensibles qui heurtent nombre de citoyens ?

JFC : Ce débat est le fruit d’un gros travail. Il nous permet surtout d’apporter des réponses concrètes aux problèmes concrets posés aujourd’hui par l’application d’une loi fondatrice, mais qui date de 1905. En juin, nous déposerons une proposition de résolution à l’Assemblée nationale. C’est le meilleur antidote aux hurlements du FN et au déni de la gauche.

Causeur : Vous allez donc toucher à la loi de 1905 ?

JFC : Non, il n’y a pas lieu de modifier la loi, ni de la remettre en cause. Nous allons simplement procéder à des ajustements pour qu’elle prenne en compte les comportements nouveaux qui posent des problèmes nouveaux dans les services publics, les écoles, les crèches, les entreprises ou les hôpitaux. Cette résolution parlementaire formera, à partir de nos 26 propositions, le point de départ d’un Code de la laïcité qui permettra de définir, clairement et pour tous, les bonnes pratiques.

Causeur : Pensez-vous qu’en aidant le financement des mosquées, on mettra fin aux prières de rue ?

JFC : Ce n’est pas lié mais il nous paraît important de trouver de nouveaux moyens de sécuriser et de faciliter le financement des lieux de culte. L’idée est simple, les représentants du CFCM (Conseil français du culte musulman) nous ont expliqué qu’ils n’avaient pas de difficultés pour recueillir le denier du culte auprès des fidèles, mais qu’ils ont besoin d’aide pour acheter les terrains et assurer les montages financiers de la construction de lieux de culte. À travers la souscription de baux emphytéotiques et l’ouverture de garanties d’emprunts par les collectivités locales, les projets devraient être plus simples à monter. De plus, en créant des associations, nous allons pouvoir assurer une meilleure traçabilité des fonds qui seront récoltés auprès des fidèles. Quant à la prière de rue en tant que telle, c’est un problème d’ordre public qui doit être résolu par le ministère de l’Intérieur. Cela dit, vous savez très bien que ce problème concerne trois rues et qu’on peut alimenter tous les fantasmes en en faisant un enjeu global.

Causeur : Ce n’est pas simplement un problème d’ordre public. L’islam de France que vous proposez, une partie des musulmans n’en veut pas comme à Epinay sur Seine ou à Drancy. Que fait-on dans ce cas-là ?

JFC : La laïcité, ça marche dans les deux sens. Ce n’est pas aux religieux d’organiser la vie de la Cité, mais ce n’est pas non plus aux politiques d’organiser les religions. Dans cette logique, l’organisation de l’islam de France dépend d’abord des musulmans eux-mêmes. C’est à eux de faire le travail pour s’assurer que l’exercice de leur culte respecte les règles de la République, par exemple l’égalité entre les hommes et les femmes ou la liberté de conscience, notamment le droit de ne pas pratiquer, de ne pas avoir de religion ou de changer de religion. Dans leur immense majorité, les Français de confession musulmane ont fait cet exercice : ils savent bien qu’on ne pratique pas de la même façon sa religion en Asie, au Maghreb, en Afrique noire ou en Europe. Des courants fondamentalistes s’opposent à ce mouvement en mélangeant ce qui relève de la religion, de la société et du pouvoir politique. Ma responsabilité n’est pas de les contester sur le terrain religieux ou théologique, il est de faire respecter la loi de la République avec justice et sérénité, et de la clarifier quand cela est nécessaire. Nous l’avons fait concernant le port du voile intégral. Et nous allons le faire à la suite de ce débat qui nous a permis de formuler 26 propositions concrètes.

Causeur : Vous pensez donc qu’il y a plus de motifs de se réjouir que de s’inquiéter ?

JFC : À l’encontre des visions catastrophistes, je suis assez serein sur l’évolution des choses. Il est normal que ce travail prenne un peu de temps pour l’islam de France comme il a pris du temps pour d’autres religions dans l’histoire de notre pays. La seule condition pour que cela marche, c’est que le politique ne tremble pas face aux extrémistes et qu’il reste ferme sur le respect des valeurs de la République, même quand il y a des tensions ou des provocations. Voilà pourquoi je regrette tant les ambiguïtés ou les lâchetés de certains responsables politiques.

Causeur : Toutes ces mesures vont-elles apaiser les dignitaires religieux qui se sont élevés il y a peu de temps dans une tribune commune contre ce débat ?

JFC : Les communautés ne craignent pas la discussion, elles craignent la stigmatisation. Et notamment celle des fidèles musulmans, puisque tout le poids pèse sur eux. Il faut éviter les caricatures, c’est dans cet esprit que j’ai écrit, à la demande d’un hebdomadaire, ma « lettre à un ami musulman », pour expliquer notre démarche et éviter qu’elle soit déformée. Un certain nombre de personnalités politiques sont tombées dans ce piège de la stigmatisation et ont tout fait pour nous interdire de discuter. Mais à droite, les choses se calment. Car nous sommes tous d’accord pour lutter contre tous ceux qui, de part et d’autre, veulent à tout prix instrumentaliser la religion et la laïcité à des à des fins politiques. C’est tout le contraire du sens de notre action. Nous venons de le montrer.


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