Xavier Bertrand a précipité l’annonce de sa candidature pour 2022 cette semaine. Le président du conseil régional des Hauts-de-France, qui a quitté LR en 2017, peut-il espérer l’emporter? Et que va faire son ancienne famille politique? Les analyses de Philippe Bilger


Xavier Bertrand a décidé d’annoncer officiellement sa candidature à l’élection présidentielle. On voit bien pourquoi il était important pour lui de sortir du piège tendu par Emmanuel Macron, consistant à manipuler à sa guise la date des élections régionales prévues en juin et peut-être retardées. Xavier Bertrand aurait été prisonnier de son engagement, assurant qu’il ne serait candidat en 2022 qu’après sa victoire aux régionales. Il a échappé au guêpier. Ce n’est pas dire que l’avenir est forcément rose pour lui et plus généralement pour la droite. Xavier Bertrand se qualifie de « gaulliste social » mais cet adjectif, qui pourrait aujourd’hui ne pas le revendiquer ? Et son gaullisme mettant fortement l’accent sur la faillite régalienne du président n’est pas aux antipodes d’une droite consciente d’elle-même.

N’est pas de Gaulle qui veut

On a le droit, aussi estimable que soit cette personnalité qui sincèrement a jeté par-dessus bord la comédie politicienne, de s’interroger sur sa stratégie. J’entends bien sa volonté de nouer un dialogue direct avec les citoyens, mais n’est pas de Gaulle qui veut. Par ailleurs, si on a bien compris qu’il va « accélérer pour écraser le match » en ayant l’intention de multiplier ses interventions(1), imaginons qu’il ne parvienne pas à se rendre incontournable et soit contraint de réexaminer sa tactique. Certes il a affirmé qu’il ne participerait jamais à une « primaire » parce qu’il est persuadé que LR lui tiendra toujours rigueur de son départ. D’abord ce n’est pas exact et ensuite quelle solution de remplacement pour lui ?

À considérer l’évolution de la hiérarchie officielle de LR, il semble acquis que Xavier Bertrand, quoique à l’extérieur, est déjà mieux perçu et accepté que ceux qui, à l’intérieur, auraient l’adhésion majoritaire des militants, par exemple Bruno Retailleau.

A relire, Philippe Bilger: Les LR se satisferaient-ils d’être une annexe du macronisme?

Que Xavier Bertrand campe sur sa position de refus de la primaire ou du « départage » alors qu’enfin, sous l’égide du président Larcher, un système satisfaisant et efficace va être trouvé et que les oppositions à cet inévitable processus se réduisent jour après jour – Valérie Pécresse a souhaité récemment une primaire la plus large et ouverte possible -, on verrait mal quelle pourrait être la solution de repli pour lui.

Pour battre un président sortant plus de gauche que de droite, Bertrand ne peut pas faire fi de sa famille politique historique

Il serait d’autant plus dans une nasse – sauf à aspirer à un combat solitaire et désespéré – si la primaire apportait sa légitimité à un incontestable vainqueur. Comment concevoir que Xavier Bertrand, conscient de l’échec de sa stratégie personnelle, puisse ne pas tenir compte de l’aura de celui ou de celle qui l’aura emporté lors du départage ? Il se retirerait de la course et le plus probable alors est que lucide et solidaire, il se battrait pour faire gagner la cause de son camp. Dans l’hypothèse contraire qui conduirait LR a prendre acte de l’essor irrésistible de Xavier Bertrand, nul doute qu’une telle configuration rebattrait les cartes de la primaire ou la rendrait même inutile. En définitive, Xavier Bertrand ne pourra faire fi, s’il ne progresse pas, d’une primaire totalement réussie. Et LR devra tenir compte de sa position de force s’il domine le jeu de la droite avant 2022.

Quel que soit le visage de l’avenir, au regard de mes préférences de citoyen, une déperdition serait désastreuse qui ne verrait pas Xavier Bertrand soutenir Bruno Retailleau ou ce dernier ne pas apporter son concours et son influence à Xavier Bertrand. Je n’ai aucun scrupule à les réunir car d’une certaine manière ils le sont déjà, pâtissant d’une hostilité et d’une condescendance communes. On les juge sur une apparence qui ne serait soi-disant pas charismatique. Tant mieux. Rien de plus stimulant pour des ambitieux intelligents que d’être traités comme de « Petit Chose »: cela donne de l’élan et égare les adversaires. L’un et l’autre ne sont pas appréciés par Nicolas Sarkozy et par Christian Jacob qu’il convient de créditer de cette incongruité rare : soutenir ceux qui ne sont pas candidats et entraver celui qui l’est, qui recueille un large assentiment mais ne plaît pas à la nomenklatura: Bruno Retailleau. Il y a là des similitudes, entre Xavier Bertrand et lui, qui ne sont pas insignifiantes. Et qui s’ajouteraient à leur volonté de ne pas vendre la droite au macronisme parce que, Bruno Retailleau l’a justement rappelé le 25 mars sur Sud Radio (vidéo ci-dessous), le président de la République est bien plus de gauche, et pas seulement sur le registre régalien, que de droite.

N’est pas de Gaulle qui veut

On a le droit, aussi estimable que soit cette personnalité qui sincèrement a jeté par-dessus bord la comédie politicienne, de s’interroger sur sa stratégie. J’entends bien sa volonté de nouer un dialogue direct avec les citoyens, mais n’est pas de Gaulle qui veut. Par ailleurs, si on a bien compris qu’il va « accélérer pour écraser le match » en ayant l’intention de multiplier ses interventions(1), imaginons qu’il ne parvienne pas à se rendre incontournable et soit contraint de réexaminer sa tactique. Certes il a affirmé qu’il ne participerait jamais à une « primaire » parce qu’il est persuadé que LR lui tiendra toujours rigueur de son départ. D’abord ce n’est pas exact et ensuite quelle solution de remplacement pour lui ?

À considérer l’évolution de la hiérarchie officielle de LR, il semble acquis que Xavier Bertrand, quoique à l’extérieur, est déjà mieux perçu et accepté que ceux qui, à l’intérieur, auraient l’adhésion majoritaire des militants, par exemple Bruno Retailleau.

A relire, Philippe Bilger: Les LR se satisferaient-ils d’être une annexe du macronisme?

Que Xavier Bertrand campe sur sa position de refus de la primaire ou du « départage » alors qu’enfin, sous l’égide du président Larcher, un système satisfaisant et efficace va être trouvé et que les oppositions à cet inévitable processus se réduisent jour après jour – Valérie Pécresse a souhaité récemment une primaire la plus large et ouverte possible -, on verrait mal quelle pourrait être la solution de repli pour lui.

Pour battre un président sortant plus de gauche que de droite, Bertrand ne peut pas faire fi de sa famille politique historique

Il serait d’autant plus dans une nasse – sauf à aspirer à un combat solitaire et désespéré – si la primaire apportait sa légitimité à un incontestable vainqueur. Comment concevoir que Xavier Bertrand, conscient de l’échec de sa stratégie personnelle, puisse ne pas tenir compte de l’aura de celui ou de celle qui l’aura emporté lors du départage ? Il se retirerait de la course et le plus probable alors est que lucide et solidaire, il se battrait pour faire gagner la cause de son camp. Dans l’hypothèse contraire qui conduirait LR a prendre acte de l’essor irrésistible de Xavier Bertrand, nul doute qu’une telle configuration rebattrait les cartes de la primaire ou la rendrait même inutile. En définitive, Xavier Bertrand ne pourra faire fi, s’il ne progresse pas, d’une primaire totalement réussie. Et LR devra tenir compte de sa position de force s’il domine le jeu de la droite avant 2022.

Quel que soit le visage de l’avenir, au regard de mes préférences de citoyen, une déperdition serait désastreuse qui ne verrait pas Xavier Bertrand soutenir Bruno Retailleau ou ce dernier ne pas apporter son concours et son influence à Xavier Bertrand. Je n’ai aucun scrupule à les réunir car d’une certaine manière ils le sont déjà, pâtissant d’une hostilité et d’une condescendance communes. On les juge sur une apparence qui ne serait soi-disant pas charismatique. Tant mieux. Rien de plus stimulant pour des ambitieux intelligents que d’être traités comme de « Petit Chose »: cela donne de l’élan et égare les adversaires. L’un et l’autre ne sont pas appréciés par Nicolas Sarkozy et par Christian Jacob qu’il convient de créditer de cette incongruité rare : soutenir ceux qui ne sont pas candidats et entraver celui qui l’est, qui recueille un large assentiment mais ne plaît pas à la nomenklatura: Bruno Retailleau. Il y a là des similitudes, entre Xavier Bertrand et lui, qui ne sont pas insignifiantes. Et qui s’ajouteraient à leur volonté de ne pas vendre la droite au macronisme parce que, Bruno Retailleau l’a justement rappelé le 25 mars sur Sud Radio (vidéo ci-dessous), le président de la République est bien plus de gauche, et pas seulement sur le registre régalien, que de droite.

La droite n’est pas à plaindre. Elle n’est pas morte. Elle n’est même pas moribonde. La seule certitude dans l’immense incertitude politique à venir est que probablement le RN sera au second tour de l’élection présidentielle. La droite n’a pas à être traitée avec commisération, avec une sorte d’apitoiement comme si les autres camps regorgeaient de talents et de vainqueurs plausibles. Pas plus la gauche que l’extrême gauche ou les écologistes ne suscitent l’enthousiasme ! Ils ne sont pas pourvus en candidats sérieux. Quant au président de la République, s’il peut se représenter, le premier tour ne sera pas une partie de plaisir pour lui.

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Je persiste donc : la droite n’est pas à plaindre. Par exemple, Xavier Bertrand, Bruno Retailleau, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez ou David Lisnard offriraient un choix de qualité. Sans primaire, on jouerait le gagnant aux dés ? Certains m’opposeront qu’on n’imagine aucun de ceux-là président. Mais à observer ceux qui le sont devenus, l’espérance de la droite est-elle absurde ?

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