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Sortir des mensonges: pour une France adulte à l’heure de 2027

Les préconisations politiques de Frédéric Roussey, entrepreneur et chef d’entreprise


Sortir des mensonges: pour une France adulte à l’heure de 2027
L'ancien ministre Bruno Retailleau, candidat à l'élection présidentielle, échange avec les Bruno Retailleau sur le syndicat Les Jeunes Agriculteurs sur leur stand pendant le Salon de l'Agriculture, Paris, 24 février 2026 © ISA HARSIN/SIPA

La droite aura vraiment gagné les élections en France le jour où elle aura convaincu le peuple français, pourtant persuadé d’être un peuple très politique, d’en finir avec son immaturité et ses enfantillages.


La situation de la France est grave et peut-être même inédite. Le pays traverse à la fois une crise de l’autorité, une crise sociale, une crise territoriale et une crise identitaire. Les Français le perçoivent confusément, parfois avec colère, mais souvent avec lassitude et impuissance. L’État promet beaucoup, protège mal, sanctionne peu et laisse filer. Pendant ce temps, la société se fragmente de plus en plus, la défiance progresse et le sentiment de déclassement s’installe durablement. Ce qui a fait la force et la continuité de notre État à travers sa prestigieuse histoire est en train de se déliter.

L’élection présidentielle de 2027 approche. Elle ne peut pas se réduire à une simple alternance de visages ou à un recyclage de promesses déjà entendues, quels que soient les courants politiques. Elle doit être l’occasion d’un débat de fond, en particulier à droite, afin de permettre l’émergence d’un camp structuré, cohérent et capable de s’unir pour l’emporter. Si la droite veut gagner, elle doit d’abord se parler vrai, sortir des faux consensus et affronter les causes profondes du malaise français pour apporter des réponses claires aux Français. Il ne s’agit pas de flatter l’opinion, mais de proposer une ligne claire pour créer un véritable socle d’adhésion et élargir le cercle des Français à convaincre. Il ne s’agit pas de rassurer artificiellement, mais de tracer un chemin crédible pour le pays. La France a besoin d’une rupture assumée. Elle mérite mieux que les divisions et la polarisation du débat qui étouffent les réformes urgentes. La restauration de l’intérêt général doit redevenir la priorité, alors que la gauche a trop longtemps favorisé les intérêts particuliers et les logiques communautaires. Il faut en finir.

Réaffirmer la nation pour restaurer l’autorité républicaine

Depuis plus de trente ans, la France s’est engagée dans une succession de renoncements présentés comme des progrès et de choix idéologiques justifiés au nom d’une modernité abstraite. Trois erreurs majeures ont structuré cette dérive : la nation a été progressivement remplacée par une addition de communautés ; la responsabilité individuelle a été diluée dans une logique de protection permanente et de paternalisme destructeur ; le bon sens territorial a cédé la place à une accumulation de normes déconnectées du réel.

Les conséquences sont désormais visibles. La société est plus divisée que jamais et l’autorité de l’État est contestée comme rarement. Les citoyens ont le sentiment d’être traités comme des mineurs permanents, qu’il faudrait guider, surveiller et subventionner. Cette trajectoire n’est plus soutenable. Redonner du pouvoir et du libre arbitre aux citoyens est une condition essentielle du bon fonctionnement démocratique.

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La France a trop longtemps toléré, parfois encouragé, des logiques communautaires en laissant s’installer l’idée selon laquelle l’identité nationale serait un problème plutôt qu’une solution. Or une démocratie ne peut fonctionner comme un marché de revendications identitaires. Elle repose avant tout sur une communauté de citoyens égaux devant la loi. En France, il n’existe pas de communautés politiques légitimes. Il existe une nation. La République n’est pas la juxtaposition de groupes aux intérêts concurrents, mais un projet commun fondé sur la langue française, l’école, la laïcité, l’égalité des droits et la primauté de la loi commune.

La ligne politique doit donc être claire et sans ambiguïté. Aucune politique publique ne doit être fondée sur l’origine ou l’appartenance. La laïcité doit être réaffirmée sans compromis, tout comme l’universalisme républicain doit retrouver sa primauté. L’intégration doit reposer sur l’école, le travail et la citoyenneté. Cela implique la fin des financements publics pour les structures promouvant une logique communautaire, le conditionnement strict des aides associatives au respect des principes républicains, le renforcement de l’enseignement civique et historique, ainsi qu’une exigence linguistique accrue pour l’accès à la citoyenneté. Restaurer l’autorité républicaine n’est pas un retour en arrière. C’est une condition indispensable à la cohésion nationale.

Une écologie réaliste, pas l’écologisme !

La transition écologique a trop souvent été conçue contre la société et non avec elle. Il faut en finir avec ce que l’on appelle l’écologie punitive. Des normes coûteuses et incohérentes ont été imposées sans tenir compte des réalités des territoires ruraux, des classes populaires, des capacités industrielles ni des contraintes géographiques. Cette approche a produit l’effet inverse de celui recherché. Elle a nourri un sentiment d’injustice, renforcé le rejet des politiques écologiques et accentué la fracture entre les métropoles et la France périphérique.

Il n’y aura pas de transition écologique durable sans transition sociale. L’écologie ne peut être ni punitive ni idéologique. Elle doit accompagner les citoyens avec eux et non contre eux. Elle doit être pragmatique, progressive et juste. Cela suppose de revoir des calendriers français et européens devenus irréalistes, d’évaluer systématiquement l’impact social des normes, de privilégier l’innovation à l’interdiction et de soutenir les solutions locales plutôt que des dogmes uniformes. Protéger l’environnement ne doit jamais signifier mépriser ceux qui vivent et travaillent sur les territoires.

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La France est aujourd’hui divisée entre deux réalités. D’un côté, une France métropolitaine, connectée, mobile et relativement protégée. De l’autre, une France périphérique qui subit les normes, les coûts et le déclassement. Cette fracture n’est plus seulement économique. Elle devient culturelle et politique. Il est nécessaire de refonder un pacte territorial fondé sur l’égalité réelle entre les territoires. Cela passe par un accès effectif aux services publics, aux infrastructures, au numérique et à la mobilité. Cela implique également de mettre fin au tout uniforme décidé depuis Paris, de donner une véritable liberté d’expérimentation locale, d’adapter la fiscalité aux réalités territoriales, de prioriser les infrastructures hors métropoles et de garantir des services publics de proximité. L’État doit redevenir un stratège et un acteur protecteur, plutôt qu’une autorité centralisatrice et aveugle aux contraintes du terrain.

Une France adulte : responsabilité, travail et sécurité

La France a progressivement basculé vers une logique infantilisante à l’égard de ses citoyens. L’État prétend tout décider, tout encadrer et tout expliquer, mais échoue trop souvent à remplir ses missions essentielles. Cette dérive a produit une déresponsabilisation massive et une colère légitime face à un pouvoir perçu comme omniprésent et inefficace.

Une France adulte repose sur un principe simple : à chaque liberté doit correspondre une responsabilité, et à chaque responsabilité, des conséquences clairement établies. Moins de tutelle administrative implique plus de responsabilité individuelle. Cela suppose des règles claires, compréhensibles et appliquées fermement. Il n’existe pas de protection sociale durable sans travail productif. Il n’existe pas de liberté sans sécurité. Il n’existe pas de souveraineté sans défense. Le modèle social français coûte très cher et protège mal ceux qui en ont le plus besoin. Trop souvent, il enferme au lieu d’élever. Il est temps de passer d’une logique de guichets à une véritable politique de transition. C’est une urgence vitale.

Cela implique la mise en place d’un revenu de transition conditionné à l’activité ou à la formation, une orientation automatique vers l’emploi qualifié, un ciblage strict des aides vers les publics réellement fragiles et une politique de formation centrée sur les métiers productifs et essentiels. La lutte contre la fraude doit être totale, avec des contrôles renforcés, des procédures rapides et des sanctions effectives. La justice des cotisations passe par une simplification massive et par une incitation claire au travail.

La sécurité constitue la première des justices. Un pays qui tolère l’impunité affaiblit l’idée même de justice. Les peines doivent être exécutées, les sanctions doivent être rapides et la présence policière réelle sur l’ensemble du territoire. La lutte contre les trafics doit être déterminée, notamment par des saisies patrimoniales systématiques et par la publication d’indicateurs publics de résultats.

Une France responsable est une France qui cesse d’être divisée en communautés pour redevenir une nation. Une France qui protège son environnement sans sacrifier ses classes populaires. Une France qui respecte ses agriculteurs au lieu de les étouffer sous les normes. Une France qui fait confiance à ses citoyens au lieu de les infantiliser. L’Europe ne doit plus servir d’excuse à l’impuissance nationale. L’État doit cesser de décider de tout pour tout le monde. À l’approche de 2027, le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est temps de sortir des mensonges et de choisir le sursaut pour une France adulte.



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Frédéric Roussey est un dirigeant et conseiller international franco-sénégalais. Il accompagne depuis de nombreuses années l’action politique et diplomatique au plus haut niveau. Fondateur et président du groupe 1809 aux États-Unis, il conseille États, institutions et grandes entreprises sur les enjeux stratégiques et de gestion des crises. Ancien journaliste indépendant, il a couvert de nombreux terrains géopolitiques à travers le monde. Il est officier de l’Ordre national du Lion du Sénégal.

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