« Si les Ricains n’étaient pas là… », On mangerait des curry-wurst à Paris en saluant n’importe qui- n’importe comment.
On connaît la chanson, qui consiste à voir dans le débarquement en Normandie des GI’s l’acte le plus chevaleresque et désintéressé de toute l’histoire de l’humanité, quand des saints venus d’outre-Atlantique, sourire Colgate et Lucky Strike pleins les poches,  vinrent nous libérer de la bête immonde.
Alors que dans les années 90, après la guerre dans les Balkans où la communauté internationale reconnut  le viol  comme un crime de masse, les études universitaires se concentraient sur les viols de masse commis par l’Armée Rouge sur le front de l’est en 1945, les Américains restaient encore vierges de tout soupçon. L’histoire traditionnelle mit alors en place les clichés d’un soviétique violeur et sanguinaire, d’un Anglais gentleman et poli, d’un Américain souriant et amical distribuant des chewing-gum et du chocolat en échange d’un sourire ou de pommes made in Normandy.
Mais une étude universitaire vient de sortir aux Etats-Unis, qui remet en question cette vision idyllique du GI-Joe sympathique. Dans Ce que font les soldats : Sexe et GI américains pendant la Seconde Guerre mondiale en France, l’historienne Mary Louise Roberts, spécialiste de l’histoire de France, en s’appuyant sur les archives locales (du Havre notamment) et de la propagande militaire, tire un tout autre constat de cette époque. Derrière les baisers reconnaissants des jeunes filles libérées immortalisés par les photographes, se cache une réalité bien moins reluisante : viols et abus sexuels, bordels géants, outrages aux bonnes mœurs bref, « un régime de terreur imposé par des bandits en uniforme », selon les mots excédés d’un habitant du Havre écrivant à son maire.
La thèse de l’historienne est la suivante : la Libération de la France fut « vendue » aux soldats américains, non pas comme une bataille pour la liberté, mais comme une aventure érotique chez des françaises nymphomanes. Dans Stars and Stripes,  journal à tirage plurimillionnaire à destination des troupes, on apprend à dire en français “You are very pretty” and “Are your parents at home?” Le magazine Life, pas en reste, décrit aux boys la France comme « un énorme bordel habité par 40 millions d’hédonistes ».
De quoi donner l’envie de traverser l’Atlantique à la nage.

*Photo : « Voilà ce pour quoi nous combattons », Stars and Stripes, 9 septembre 1944

NB : N’ayant pas lu le livre qui n’est pas encore sorti dans les bonnes librairies de l’Hexagone, mais seulement un article détaillé de l’excellent New-York Times,  il n’est pas à exclure que l’ouvrage soit imprégné de puritanisme américain qu’il soit ou non teinté de féminisme.

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