Dominique de Villepin revient.

On pourra dire, on y était. Nous aussi on a entendu mugir dans nos campagnes jeudi matin la foule appelant au secours de ce vieux pays. Dominique de Villepin, l’ami tu te souviens ? L’ennemi qu’il fallait abattre par Clearstream, l’ancien Premier ministre, le secrétaire général honni de l’Elysée, auteur de la dissolution de 1997 ? Lui même, et un autre. Depuis hier le troisième homme celui que la droite, mais au-delà la France, la Nation, au-dessus des partis attendait pour refaire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre.

Au cas où vous seriez resté dans un terrier, une grotte ou un endroit civilisé, c’est à dire loin des journaux gratuits ou écrits par des écrivaillons en mal de découverte de la vie, il se trouve qu’hier, DDV, présentait son analyse de la défaite de l’UMP aux régionales, de la crise et annonçait la création de son parti pour le – tiens-toi bien – le 19 juin prochain. Le gaulliste a compris un truc : pour avoir une chance à deux ans de l’échéance (majuscule obligatoire) il faut endosser le cheval de bataille républicain-bonnet phrygien. Evidemment, sur certains points, nous n’avons pas de doute sur la conviction du DDV : l’Afghanistan, le commandement intégré de l’OTAN, la voix de la France dans le monde et tous ces trucs, il n’a sans doute pas de preuve à donner de son attachement à sa version gaullienne de la France. Pour le reste, mystère : l’économie, le libéralisme, la sécu, la sécurité, les salaires, le mieux-vivre-ensemble, il en pense quoi exactement ?

Hier, il l’a dit : il pense qu’il ne faut plus martyriser la France, qu’on ne doit plus confondre réduction des déficits et accroissement des inégalités, que seul l’Etat peut assurer la protection des plus faibles, et que c’est là le seul bouclier dont notre pays ait besoin aujourd’hui. Le tout pouvant se résumer dans la formule magique du jour : « Il faut revenir au fondement de la France, de la nation, de l’Etat. Notre mot d’ordre, c’est une république solidaire. » France, nation, Etat, République, tout est dit voire redit quatre fois pour les mal-comprenants. Au passage, on notera que l’Europe est absente de cette tétralogie fondatrice, et on se dira qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’une faute d’étourderie. On irait même jusqu’à se demander, si on ne les savait retenus ailleurs, si Guaino ou Gallo n’ont pas tenu la plume de Dominique. Bref, on a aimé, beaucoup aimé, et d’autant plus aimé, que l’irruption du Villepin nouveau était assortie d’une descente en flamme du Villepin d’antan, celui du CPE et de l’autisme social. L’autocritique  politique, le droit d’auto-inventaire au scalpel sont des exercices trop inédits en France pour être sans valeur…

En conséquence de quoi, on a presque envie d’y croire, et on n’est pas seuls. Y’a un public pour le retour du Général, et pas seulement chez les lecteurs de l’excellent Benoît Duteurtre. Et un public en déshérence, vu que Chevènement est aux oubliettes de Solférino et que Dupont-Aignan est déjà mort faute d’avoir jamais su exister.

De quoi séduire 5, 10, 15 % des électeurs. Who knows ? Mais, en tout cas, bien assez pour que Sarkozy ait de quoi être très inquiet… Et sans doute Marine Le Pen aussi.