Depuis que l’horreur et le carnage se sont invités au bal des prétendants, il conviendrait donc que les politiques, même en pleine campagne électorale, se taisent ou ne s’expriment que pour faire part de leur émotion dans des discours terriblement stéréotypés.
L’ami Marc Cohen s’est d’ailleurs fait ici l’impitoyable procureur de ceux qui auraient mieux fait de la fermer. C’est-à-dire à peu près tout le monde : le FN parce que l’on voit trop qu’il cherche à se remettre en selle sur le cheval de l’islamophobie, et Bayrou ou la gauche parce qu’ils auraient osé laisser entendre de manière plus ou moins implicite que l’atroce épopée de Mohamed Merah serait le succédané d’une société française qui ne s’aime plus et d’une parole qui s’est parfois libérée de manière légèrement hyperbolique au sommet de l’Etat. Quand bien même personne n’aurait, dans ce camp-là, prétendu que c’était la cause unique de la folie de Merah, il semble que le simple fait d’oser se poser cette question, parmi d’autres, fasse de vous un abject partisan de la culture de l’excuse, comme on dit quand on veut disqualifier ceux qui veulent comprendre avant de juger, selon la célèbre devise de Simenon. Et comprendre, avant tout, pour éviter qu’il y ait d’autres Toulouse, car on sait qu’il existe un tragique de répétition.

J’avoue d’ailleurs que je ne sais pas quelle attitude décente adopter de la part d’un homme politique en course pour l’élection, toutes étant apparemment mauvaises et inconvenantes. Se rendre sur les lieux comme Hollande ? On dira qu’il cherche la récupération de l’unité nationale à son profit… Refuser de suspendre sa campagne comme Mélenchon ou Bayrou en expliquant que le tueur cherchait aussi à perturber le processus démocratique ? Dans ce cas, on hurle à l’indifférence, à l’insensibilité, au mépris. Bref, si tu bouges, t’es un salaud ; si tu ne bouges pas, t’es un salaud aussi.

Finalement, il vaut mieux être président de la République. On peut venir, on peut parler et personne n’aura l’indécence de vous faire remarquer que vous aussi, vous êtes candidat. Nicolas Sarkozy n’est évidemment pas responsable de ce statut ambigu, c’est la Constitution qui le veut.
En revanche, l’UMP n’a pas ces pudeurs, ces doutes, ces scrupules. C’est pourtant un parti comme les autres, un parti qui soutient un candidat… Et c’est ce qui m’a un peu gêné dans l’article de Marc. Sa liste de proscriptions oubliait la droite qui n’a pourtant pas été un modèle de décence et n’a cessé de cogner ses adversaires politiques avec des coups assez bas durant toute l’affreuse séquence qui vient d’avoir lieu.

Union nationale ? Vraiment ? Mercredi, alors que l’hommage officiel aux victimes était en cours, Valérie Rosso-Debord, une épée de la « cellule riposte » de la campagne UMP croit bon de vanter publiquement le bilan sécuritaire de Sarkozy (ce qui était douloureusement paradoxal après un tel massacre) et se moquait de l’ « angélisme » de la gauche en matière de terrorisme. En même temps, comme la gauche n’est plus aux affaires depuis 2002, ce qui fait tout de même dix longues années, je serais bien incapable de dire si elle est angélique ou machiavélique, irénique ou impitoyable ! Les propos de Valérie Rosso-Debord, rompaient donc le consensus que son parti ne cessait de demander mais relevaient de surcroît du pur procès d’intention.

Après Valérie Rosso-Debord, c’est Jean-François Copé, dont on a apprécié l’art de couper la parole lors du débat avec Hollande, qui la prend, cette parole, dans Le Figaro du même jour. Il déclare avec la délicatesse d’une mitrailleuse lourde : « J’invite François Hollande et ses alliés verts à garder la dignité qu’il convient. » Mais on avait encore rien dit, m’sieur ! Qu’importe, le PS, pour Copé, est coupable par essence puisque « il s’est opposé à la totalité des mesures de sécurité que nous avons votées !» Oui, d’ailleurs, ces mesures, caméras de surveillance, peines planchers, gardes à vue, criminalisation des schizophrènes, ont tellement été efficaces que l’UMP n’avait même pas fait de la sécurité, avant la tragédie, son cheval de bataille, sachant très bien que la plupart de ces lois n’ont obéi à aucune vision d’ensemble mais à la dictature de l’émotion, celle qui consiste après chaque fait divers atroce à faire voter dans l’urgence une nouvelle loi même si celle-ci existe déjà ! Qu’importe, Jean-François Copé ne recule devant rien et alors que le RAID venait de « loger » Merah, a cru bon de dire : « Des candidats n’ont pas respecté le temps du deuil. Je pense au double langage de François Hollande » coupable « d’attaquer de manière violente et insidieuse la personne du Président de la république. »

Evidemment, quand on est à la fois joueur et arbitre comme Jean-François Copé, les choses sont tout de suite plus simples : la gauche, c’est forcément la récupération politicienne, la droite, c’est forcément la dignité républicaine. Union nationale, qu’ils disaient…

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